Radiographie d'un siphonage d'État et de la faillite programmée des stocks stratégiques à la DGSN
SCANDALE GESTION DES ESSENCIERS
Sous les ors et le mutisme complice des bureaux feutrés de la Délégation Générale à la Sûreté Nationale (DGSN), un scandale d’une ampleur inédite vient d’éclater, ébranlant les fondements de la sécurité nationale et des finances publiques. Entre siphonage méthodique de carburants, ordonnancements de milliards demeurés impayés, dilapidation totale des stocks stratégiques de sécurité de la République et présentations disciplinaires devant le Tribunal Criminel Spécial (TCS), la gestion des essenciers de la police nationale révèle une pieuvre financière aux tentacules voraces. Analyse fouillée, révélations documentées et coulisses d'une asphyxie d'État à plus de 40 milliards de FCFA.

I. Le braquage des stocks de sécurité : quand la police assèche la réserve stratégique de la Nation
Il est des documents administratifs dont la tiédeur du ton n’arrive plus à dissimuler l’extrême gravité du péril. La correspondance confidentielle signée le 06 octobre 2026 par le Ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, adressée au Ministre d’État, Secrétaire Général de la Présidence de la République (SG/PR), résonne comme le tocsin d’un naufrage institutionnel. Le diagnostic est brutal, net, dénué de fard : les stocks de sécurité en produits pétroliers de la République du Cameroun sont entièrement épuisés. La cause essentielle de cet assèchement dangereux pour la souveraineté nationale ? Les prélèvements incontrôlés, boulimiques et répétés effectués par la Délégation Générale à la Sûreté Nationale (DGSN). À la même date du 06 octobre 2026, la Directrice Générale de la Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers (SCDP), Véronique Manzoua épse Moampea Mbio, scellait l’acte de décès des livraisons de carburant à la police nationale à travers un pli confidentiel au Délégué Général à la Sûreté Nationale. Les chiffres donnés par la patronne de la SCDP font froid dans le dos. À fin juillet 2026, les prélèvements cumulés par les services de la DGSN sur les réserves stratégiques du pays s’élevaient à : -11 543 613 litres de Super ; et - 11 221 664 litres de Gasoil. Soit une orgie pétrolière dépassant les 22,7 millions de litres tirés directement sur la substance même des réserves de secours du pays. « A date, la SCDP n’est plus en mesure d’effectuer les prélèvements sus mentionnés du fait de l'épuisement total des stocks de sécurité », assène sèchement Mme Moampea Mbio, DG de la SCDP. Mieux encore, ou plutôt pire encore, l'asphyxie ne touche pas seulement les réserves de l'État : les prélèvements sauvages du corps policier ont fini par entamer les stocks de réserve appartenant à des marketers privés opérant sur le territoire national. Ces derniers exigent désormais de la SCDP le remplacement immédiat de leurs produits, plaçant l'entreprise publique sous un couperet juridique et financier sans précédent.
II. Le mirage Neptune Oil : 4,8 milliards de FCFA engagés, zéro franc versé et un gouffre de 21 milliards de FCFA
Pour comprendre l’engrenage fatal de cette machination, il faut remonter le fil du labyrinthe administratif et budgétaire de la République. Le 14 juin 2024, par correspondance n° B153/SG/PR, le Secrétaire Général de la Présidence de la République répercutait les « Hautes Instructions » du Chef de l'État prescrivant au Ministre des Finances (MINFI) d’engager d’urgence un marketer privé pour approvisionner la DGSN et reconstituer les stocks de sécurité dévorés par la police. C’est ainsi qu’une convention sur mesure fut formalisée entre le MINFI et la société Neptune Oil S.A. Objectif : remplacer 5 860 m³ de carburants déjà consommés à l'époque par les services de la DGSN entre 2022 et 2023. Montant de la facture réclamée à l’État : 4 875 520 000 FCFA. Mais dans les dédales des finances publiques du Cameroun, entre les engagements de papier et la réalité des caisses de l’État, le fossé est un abîme. Bien que la somme de 4,875 milliards FCFA ait été régulièrement engagée, liquidée et ordonnancée au profit de Neptune Oil S.A., la dette demeure à ce jour impayée, rongée par les tensions chroniques de trésorerie du Trésor Public. Pendant que les dossiers poussiéreux s’entassent sur les bureaux de la paierie, le rouleau compresseur de la consommation policière, lui, ne s'est jamais arrêté. En l'espace de trois ans, le volume global englouti par la DGSN est passé de 5 860 m³ à 22 765 m³ au 06 octobre 2026. L’addition est monumentale, vertigineuse : 21 061 896 338 FCFA (Vingt-un milliards soixante et un millions huit cent quatre-vingt-seize mille trois cent trente-huit francs CFA). À cette ardoise colossale s’ajoute l'impayé des frais de passage contractuels dus à la SCDP. À raison d’un tarif de 9 FCFA par litre hors TVA, la DGSN cumule une dette commerciale directe de 204 887 493 FCFA auprès de l'entreposeur national. Dans sa correspondance au SG/PR, le Ministre Eloundou Essomba jette une pierre dans le jardin des décideurs : le mécanisme de prise en charge de la police par un marketer privé est « structurellement inopérant ». Soumis à la rigueur des lignes de crédit bancaire à court terme, les marketers étouffent face aux promesses non tenues de l'État, tandis que la police continue d'épuiser les stocks comme un puits sans fond.
III. Trafic de bons, réseaux de garage et bordereaux fictifs : le modus operandi du siphonage
Où sont donc passés ces dizaines de millions de litres de carburant ? Ont-ils réellement servi à faire rouler les patrouilles de police, les camions à eau chaude des équipes de maintien de l'ordre ou les véhicules de service des Commissariats de sécurité publique de nos villes et campagnes ? Ceux qui connaissent les arcanes de la DGSN et les pratiques des essenciers du corps savent pertinemment que la réponse est non. Derrière l'argument commode de la « sécurité nationale » et des « urgences opérationnelles » se cache un système de captation frauduleuse parfaitement huilé. Selon des sources concordantes introduites au cœur de l'enquête, le mécanisme repose sur une chaîne de faux en écriture publique et de complicités administratives : - La création de flottes automobiles fantômes : Des centaines de véhicules réformés, en panne sèche dans les garages de la police depuis des années, voire totalement détruits, continuaient d'aligner mensuellement des quotas hebdomadaires de carburant d'une générosité suspecte. - Le circuit parallèle des bons d'essence : Des milliers de bons de carburant, émis au nom d'unités de terrain inexistantes ou surévaluées, étaient liquidés non pas auprès de la SCDP ou des stations agréées, mais rachetés au rabais contre de l'argent liquide auprès de gérants de stations-services véreux ou de revendeurs clandestins. - Le détournement direct par camions-citernes : Au niveau des dépôts de la SCDP, certains personnels d'enlèvement formellement accrédités par la DGSN faisaient prélever des camions-citernes entiers sous le sceau du « motif impérieux de défense ». Ces citernes n'atteignaient jamais les cuves de la police : elles étaient détournées en plein jour vers des marchés noirs régionaux ou revendues à des entreprises privées du BTP sous le manteau. Ce n'est donc pas un hasard si, dans sa correspondance du 06 octobre 2026, la patronne de la SCDP exige formellement du Délégué Général « la désignation formelle des personnels habilités à signer les documents d'enlèvement des produits pétroliers dans nos dépôts ». Un aveu à peine voilé du désordre qualitatif, du flou artistique et de la mascarade qui entouraient jusqu'ici l'identité de ceux qui venaient puiser dans les stocks d'État.

IV. La descente aux enfers : le Commissaire Elouna, l'ombre du TCS et la panique des 50 flics
Le scandale a fini par briser la loi du silence et franchir les portes feutrées de la justice pénale. L'onde de choc s'est concrétisée par la présentation devant les magistrats du Tribunal Criminel Spécial (TCS) du Commissaire Divisionnaire Henrick Walter Elouna. Super-cadre de la Sûreté Nationale, chevronné de la gestion logistique et financière, le haut officier de police est aujourd'hui sur la sellette. Il est au centre d'une instruction judiciaire tentaculaire visant un préjudice financier global estimé à 40 milliards de FCFA. Une somme pharaonique qui prend en compte non seulement les enlèvements non payés auprès de la SCDP et des marketers, mais également l'ensemble des détournements d'allocations budgétaires collatérales accumulées depuis plus de cinq ans. Mais le Commissaire Divisionnaire Elouna n'est que l'arbre qui cache une forêt touffue et ténébreuse. L'enquête judiciaire en cours à Yaoundé ne vise pas un homme isolé, mais une véritable organisation structurée en bande organisée au sein du corps. Pas moins d’une cinquantaine de fonctionnaires de police, allant d'officiers supérieurs des services de la logistique à des essenciers de dépôts, en passant par des gestionnaires de crédits et des commissaires centraux, sont actuellement dans le collimateur des enquêteurs du TCS et du Corps Spécial d'Inspection de la DGSN. Il apparaît en effet que la panique s'est emparée du haut commandement policier lorsque le Ministère des Finances a ressorti un vieux loup de mer des placards : la « dette flottante » de la police nationale. Dès la programmation budgétaire d'août 2022, reconduite en 2023, le MINFI avait exigé un rapprochement strict des comptes entre la Société Nationale de Raffinage (SONARA), la DGSN et la SCDP. Pendant quatre ans, les atermoiements, les refus de se prêter aux audits croisés et les manœuvres dilatoires ont permis aux prédateurs en tenue de maintenir l'illusion. Aujourd'hui, le verrou a sauté.
V. Le modèle Tradex/MINDEF : la seule porte de sortie pour sauver la police de l'immobilité
Devant le désastre financier et le risque imminent d'immobilisation générale de la flotte de la police nationale, dans un contexte sécuritaire vulnérable aux frontières comme dans les grandes métropoles, le gouvernement cherche en urgence une planche de salut. Dans son pli au Secrétaire Général de la Présidence, le Ministre Gaston Eloundou Essomba préconise l'abandon pur et simple des mécanismes d'approvisionnement sauvages et l'arrêt des conventions stériles avec les marketers privés. La solution suggérée « très humblement » par le MINEE consiste à arrimer la DGSN au mécanisme d'approvisionnement des corps de défense nationale opéré directement par la société publique TRADEX S.A. Ce modèle, éprouvé au sein du Ministère de la Défense (MINDEF) et récemment étendu avec un succès notable à la Garde Présidentielle, repose sur : - Un contrôle centralisé et numérisé des quotas d'enlèvement ; - Une traçabilité rigoureuse via des cartes à puces sécurisées et nominatives par véhicule ; - Un paiement direct de compensations inter-comptables géré sous la tutelle de l'État, éliminant les intermédiaires douteux et le marché noir des bons papiers. Mais avant de concrétiser cet arrimage salutaire à TRADEX S.A., la condition préalable fixée par la SCDP est implacable : la restitution des volumes consommés ou l'apurement de la dette de 21 milliards FCFA. Une exigence financière colossale qui intervient au moment même où les caisses de l'État subissent de violentes tensions de trésorerie. En attendant le dénouement judiciaire au Tribunal Criminel Spécial et l'arbitrage des « Hautes Instructions » du Chef de l'État, la police nationale camerounaise se retrouve confrontée à son propre miroir : celui d'un système où l'impunité d'une caste d'essenciers véreux a fini par asphyxier le budget de l'État et mettre à genoux les réserves de carburant de toute la Nation. La justice ira-t-elle jusqu'au bout du nettoyage des écuries d'Augias ? L'avenir des 40 milliards de FCFA siphonés en dépend.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé et des Enjeux et Questions Economiques
BILAN DES ENLÈVEMENTS DGSN (au mois de Juillet 2026)
Produit | Quantité prélevée (Litres) |
Super | 11 543 613 L |
Gasoil | 11 221 664 L |
TOTAL PRODUITS | 22 765 277 L (soit 22 765 m³) |
Valeur financière | FCFA 21 061 896 338 |
Frais de passage indu | FCFA 204 887 493 |
L'ENGRENAGE D'UN SCANDALE D'ÉTAT (2022-2026)
Août 2022 | MINFI identifie une « dette flottante » Sonara-DGSN |
Juin 2024 | Instructions PR (B153/SG/PR) pour mandater Neptune Oil |
Juin 2024 | Non-paiement des 4,87 mds FCFA et explosion du volume |
. 2026 | Prélèvements DGSN atteignent 22,7 millions de litres |
06 Oct. 2026 | Alerte MINEE/SCDP : Rupture Totale des Stocks de Sécurité |
Oct. 2026 | Audition TCS : Commissaire Elouna et 50 policiers visés |



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