Les femmes brisent l’étau politique pour investir le terrain aux prochaines échéances électorales
ARMEMENT A LA CITOYENNETE
Dans la salle de conférence baignée par la chaleur moite de la cité économique, les voix ne tremblent plus. Ce 9 octobre 2026, l’atelier de renforcement des capacités sur l’engagement et la participation politique des femmes ne s’est pas contenté de débiter des théories académiques. Il a pris les allures d'un tribunal d'instance citoyenne et d'une école de conquête du pouvoir. Entre le diagnostic sans complaisance des inégalités de genre et l'appel viscéral à l'action immédiate, les participantes, venues de tous les horizons de la société civile, ont posé les jalons d'une mutation démocratique inéluctable. L'heure n'est plus à la figuration, mais à la conquête.

C’est Mme Esther Omam, Coordinatrice de l’ONG Reach Out et une des figures de proue de la société civile, qui a ouvert le bal des interventions techniques en disséquant l’ossature juridique entourant la citoyenneté féminine. L'exposé, d’une précision d’horloger, a rappelé que l'arsenal législatif tant international que national ne manque pas de substance. De la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948 à la Convention sur l'Elimination de toutes les Formes de Discrimination à l'Egard des Femmes (CEDEF) de 1979, jusqu’à la charnière Résolution 1325 du Conseil de Sécurité de l'ONU, les droits sont gravés dans le marbre. Au plan national, le préambule de la Constitution de 1996, la loi sur la Liberté d'Association de 1990 et le Code général des collectivités territoriales décentralisées de 2019 offrent des leviers d'action explicites. Mieux encore, l'article 246 du Code électoral camerounais impose la prise en compte du genre dans la constitution des listes. Cependant, le constat dressé par l'intervenante reste incisif : le droit positif peine à miner les pesanteurs sociologiques. La norme juridique est un bouclier, mais elle ne saurait tenir lieu de stratégie de combat sans un leadership affirmé.
Le spectre des chiffres et la réalité du terrain
Les données statistiques présentées lors de la rencontre traduisent une démocratie à deux vitesses. Si les femmes composent plus de 51 % de la population totale du Cameroun, leur présence dans les instances décisionnelles relève encore du compte-gouttes, singulièrement au niveau des exécutifs. Si le Parlement frôle la barre symbolique du tiers grâce aux mécanismes d'intégration imposés par le Code Electoral aux partis politiques, le pouvoir exécutif local et central demeure une citadelle masculine. Moins de 10 % des Mairies sont dirigées par des femmes et moins de 5 % des 369 partis politiques légalisés ont à leur tête une présidente. Le diagnostic est sans appel : les femmes occupent majoritairement des positions secondaires, cantonnées aux rôles d’adjointes ou de mobilisatrices de troupes lors des campagnes.
De la spectatrice à l’actrice : Déconstruire le conditionnement psychologique
Prenant la parole à sa suite, Philippe Nanga, Coordonnateur de l’ONG Un Monde Avenir, a recentré le débat sur la philosophie démocratique et l'appropriation du statut de citoyenne. « La démocratie est indissolublement liée à la liberté et à l’égalité. Le débat doit être constant entre les citoyens et les élus », a-t-il martelé. Revisitant l'histoire du suffrage, de la monarchie censitaire française de 1791 à la conquête du droit de vote par les femmes en 1944, l'acteur de la société civile a rappelé que la citoyenneté n'est jamais un présent octroyé, mais le résultat d'une conquête permanente. Pour Philippe Nanga, le passage du statut de spectatrice passive à celui d’actrice de la transformation sociale exige une rupture d'attitude. La femme citoyenne ne doit plus s'en remettre aux hommes pour déterminer son destin commun. Les échanges qui ont suivi ont mis à nu les véritables verrous : le manque de ressources financières, le harcèlement, la peur de la menace à l'autorité masculine, mais surtout un auto-conditionnement culturel. Comme l'a souligné une participante, « ce n'est pas un problème d'homme ou de femme, c'est un problème culturel et de conditionnement psychologique où la femme s'assigne elle-même le second rôle ».

L’onde de choc des pionnières : L’audace comme seul mot d’ordre
L’un des moments forts de ces travaux aura été la séquence de témoignages, marquée par le passage vibrant de Me Alice Nkom, doyenne des Avocats au Barreau du Cameroun et figure emblématique de la défense des Droits Humains. Évoquant le parcours de pionnières à l'instar de la Maire de Bakassi, pur produit de cet accompagnement capacitaire, les intervenantes ont insisté sur la nécessité du mentorat, du coaching et de la solidarité transpartisane. Les ateliers pratiques organisés en fin de journée ont permis de sceller une feuille de route offensive en vue des prochaines échéances électorales (Municipales, et Législatives). Les participantes se sont engagées à exploiter pleinement leurs atouts majeurs : la puissance du nombre (51 % de l'électorat), un ancrage associatif et communautaire inégalé à travers les tontines et réseaux de proximité, ainsi qu'une expertise technique désormais avérée. Dépasser les clivages politiques, briser le plafond de verre et investir massivement les bureaux de vote comme candidates et électrices : le cap est fixé. À Douala, l'éveil des consciences a fait place à l'impératif de victoire.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé et des Enjeux et Questions des Droits Humain
REPRÉSENTATION FÉMININE PAR INSTANCE (%)
Instance décisionnelle / Élective | Pourcentage de femmes | Détails des effectifs |
Assemblée Nationale | 33,9 % | 61 femmes / 180 députés |
Sénat | 33,0 % | 33 femmes / 100 |
Conseils Régionaux | 00% | 00 femme/10 Présidents |
Mairies (Maires titulaires) | 9,7 % | 35 femmes / 360 Mairies |
Adjoints au Maire | 33,82 % | 324 femmes / 958 Adjoints |
Gouvernement | 12,7 % | 8 femmes / 63 membres |



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