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Les secrets d'un « dépoussiérage » diplomatique à 13 ans d’âge de Blaise Moussa et Ramón Ynaraja

Dernière mise à jour : il y a 14 heures


COOPERATION CAMWATER - BEI

Derrière les sourires de façade et la rhétorique huilée de la « redynamisation » affichée le 13 juillet 2026 à Douala entre Blaise Moussa le DG de CAMWATER et Ramón Ynaraja le représentant de la Banque Européenne d’Investissement, se cache un véritable service après-vente des casseroles financières héritées des magistères précédents. Décryptage d’une opération de sauvetage d’un projet lancé en 2013, toujours pas totalement livré, et dont on cherche aujourd’hui à enterrer proprement les fantômes administratifs.


Le 13 juillet 2026, dans les salons feutrés de la Direction Générale de la CAMWATER à Douala, Blaise Moussa, DG recevait Ramón Ynaraja, le Chef de la Représentation régionale pour l’Afrique centrale de la BEI. À l’ordre du jour : la « redynamisation de leur coopération ». Mais en langage diplomatique et financier, il s'agissait surtout de passer la serpillière sur un dossier vieux de treize ans qui commençait sérieusement à sentir la poussière et les opportunités manquées. Pour comprendre l’urgence de cette rencontre, il faut remonter le temps. Nous sommes en 2013. Le Cameroun, grand bâtisseur de chantiers souvent interminables, lance en grande pompe le Projet d’Amélioration de la Desserte en Eau Potable de Yaoundé et de trois villes secondaires (Édéa, Bertoua et Ngaoundéré). À l’époque, à la tête de la CAMWATER, se succèdent les figures de l’establishment : Jean-William Sollo, puis Alphonse Roger Ondoua Akoa, et enfin Gervais Bolenga. À chaque changement de tête, les mêmes promesses de robinets coulants à flots. Pourtant, treize ans plus tard, si la station de la Mefou a pu apporter un léger souffle d'air à Yaoundé, les populations de Bertoua, d’Édéa et de Ngaoundéré attendent toujours que le miracle de l’or bleu se concrétise pleinement. Les financements de la BEI et de l'AFD, bien que décaissés pour l'essentiel, se sont heurtés aux lourdeurs bureaucratiques nationales, aux litiges fonciers mal ficelés et à une gestion de projet qui tenait plus de la navigation à vue que du pilotage de haute précision.

 

Trois DG plus tard, on cherche encore l’eau

Le morceau de choix de la rencontre du 13 juillet tient en deux mots techniques glissés discrètement dans le communiqué officiel : « apurement » et « clôture » de la composante C du projet. En clair : la Banque Européenne d’Investissement (BEI) veut fermer les comptes de ce projet qui traîne comme un boulet dans ses bilans annuels. Au siège de Luxembourg, on n’aime pas particulièrement voir des lignes de crédit de 2013 rester ouvertes en 2026 sans que les procès-verbaux de réception définitive ne soient signés. Pour le DG Blaise Moussa, Inspecteur d'État rigoureux converti au management de l'eau, l'enjeu est double. Il s'agit d'une part de liquider proprement les engagements juridiques et financiers des anciens Directeurs généraux pour éviter que la signature du Cameroun ne soit décrédibilisée auprès des bailleurs de fonds européens. D’autre part, il faut impérativement solder ce passé encombrant pour pouvoir prétendre à de « nouveaux financements ». Car l’argent de l'eau est comme l’eau elle-même : s'il ne circule pas, il croupit. Depuis sa nomination en 2022, Blaise Moussa s’attèle à une tâche titanesque : restructurer une entreprise publique habituée aux subventions faciles mais peu encline à la culture du résultat. Face à Ramón Ynaraja, le DG de la CAMWATER a dû jouer les démineurs. Sa stratégie ? Assumer les « diligences techniques et administratives » pour le compte de l’État, tout en montrant patte blanche sur le plan de la gouvernance.


L’art d’« apurer » pour ne pas être blacklisté

Le communiqué insiste lourdement sur la « transparence » et la « conformité des actions ». Un aveu à peine voilé des dérives qui ont pu caractériser la gestion de ce projet par le passé. Les partenaires européens, échaudés par des années de rapports d’audit parfois alarmants sur les marchés publics au Cameroun, exigent désormais des garanties strictes avant de débloquer le moindre euro supplémentaire. La communication de la CAMWATER a d’ailleurs pris soin d’ajouter une précision de taille en fin de note : ce vieux projet de 2013 ne doit en aucun cas être confondu avec le rutilant et tout nouveau projet de reconfiguration du système d’alimentation en eau potable de la ville de Yaoundé, dont la première pierre a été posée le 25 juin 2026. On comprend le souci de distinction : pas question de mélanger les choux de la nouveauté triomphante avec les carottes avariées des retards historiques. Le nouveau méga-projet doit garder sa virginité politique et financière, loin des miasmes de la « composante C » moribonde. Pendant que les deux délégations se félicitaient de cette « excellente qualité du partenariat », le consommateur camerounais, lui, continue d'acheter des fûts d'eau ou de s'en remettre aux forages privés dont la qualité microbiologique reste à désirer. À Bertoua ou à Ngaoundéré, l'annonce de la « clôture administrative » de la composante C risque de faire doucement sourire (jaune), tant la réalité du réseau de distribution reste squelettique. La redynamisation de la coopération est une excellente chose sur le papier glacé des dossiers de presse. Mais sur le terrain, les Camerounais attendent simplement que, lorsqu'ils tournent le robinet, il en sorte autre chose qu'un sifflement d'air comprimé. Blaise Moussa a désormais la lourde charge de prouver que la CAMWATER version 2026 sait non seulement nettoyer les écuries d’Augias de ses prédécesseurs, mais aussi étancher la soif d'un peuple fatigué des promesses décennales.

Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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