Mines de rien, le grand coup de balai est salvateur dans un secteur en Or
- Mathieu Nathanael NJOG

- il y a 15 heures
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EXPLOITATION MINIERE
Il était temps ! Le Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique a.i, le Pr Fuh Calistus Gentry, a enfin décidé de chausser ses bottes de sept lieues pour aller nettoyer les écuries d’Augias de l’exploitation minière au Cameroun. Entre les pilleurs de l’ombre, les fossoyeurs de l’environnement et les champions de l’évasion fiscale, l’opération d’assainissement lancée par le gouvernement ressemble à un traitement de choc. Objectif affiché : faire cracher au sous-sol ce qu’il doit à l’État, et non plus seulement aux poches de quelques VIP de la broussaille.

Ce n'est plus un secret, le secteur minier artisanal et semi-mécanisé au Cameroun ressemblait jusqu'ici au Far West. Mais le shérif est en ville, et les premières retombées de cette thérapie de choc se font déjà sentir : - La fermeture des sites illégaux a permis de baisser les rideaux pour les clandestins qui creusaient au nez et à la barbe de la République. – L’arrêt progressif des activités non conformes met fin au sursis pour ceux qui confondaient « permis de recherche » et « open bar » géologique. – La sécurisation et les contrôles renforcés des Forces de Maintien de l’Ordre (FMO) et les inspecteurs vont permettre de quadriller désormais les zones d’exploitation. Finie la récréation. -La régularisation en cours a conduit a affirmé la fermeté administrative, corolaire, plusieurs sociétés, hier encore amnésiques face à la loi, se bousculent aujourd’hui au portillon pour se conformer aux exigences de la réglementation en vigueur. Pour les opérateurs qui pensaient s’en tirer avec un simple sermon, le gouvernement a sorti la calculette. Désormais, pour espérer revoir la couleur du précieux métal jaune, il faudra montrer patte blanche et… portefeuille bien garni.
Les conditions pour une reprise des activités se déclinent en un catéchisme strict que nul ne saurait transgresser. Cela passe par le versement de la caution environnementale. C’est le premier filtre, et il fait grincer des dents. Pour réparer les cicatrices béantes laissées dans nos forêts et nos cours d'eau, chaque société doit poser sur la table la bagatelle de 63 000 000 F CFA. Une preuve de bonne foi écologique qui commence à porter ses fruits : une vingtaine de sociétés, visiblement saisies par une soudaine fibre verte (ou plutôt par la peur du chômage technique), sont déjà passées à la caisse. Et cela se poursuit par l'interdiction du forage sans fin. Désormais, on ne creusera plus jusqu'au centre de la terre au mépris des vies humaines et des nappes phréatiques. Les limites de profondeur sont désormais gravées dans le marbre de la réglementation : - 10 m maximum pour l’exploitation artisanale classique. Au-delà, c'est de l'insubordination. - 30 m maximum pour l’exploitation artisanale semi-mécanisée. Les pelleteuses sont prévenues, le sous-sol a des frontières. Tout dépassement sera sanctionné.

Rendre à César ce qui appartient au Cameroun
Pendant des années, l’or camerounais a brillé partout, sauf dans les caisses du Trésor public. L’opération d'assainissement vient siffler la fin du match pour les champions de la fraude fiscale et parafiscale. Pour travailler, il faudra s’acquitter d'un triptyque douanier et minier sans pitié : - L’impôt synthétique minier libératoire qui est fixé à 25 %. Ainsi un quart de la production doit revenir à l'État de manière claire et transparente. - La taxe à l’exportation de 5 % sur chaque gramme qui quitte le territoire national. On ne vide plus nos richesses gratuitement. - Le Fonds de développement de la politique minière : Une contribution obligatoire de 1 % pour financer l'avenir du secteur. - L'exigence des 5 kg consistera de prier les « petits joueurs » de circuler. En effet, cette dernière est l’une des mesures les plus audacieuses de cette réforme. Le gouvernement exige désormais une production minimale de 5 kg d’or par mois pour les structures semi-mécanisées. Objectif : éliminer les sociétés écrans qui ne servent qu'à blanchir de petites quantités ou à dissimuler le vrai volume de leurs récoltes. À ce jour, 22 sociétés ont déjà signé leur engagement de performance. Les autres savent ce qu'il leur reste à faire : produire ou plier bagage.
Enfin, l'assainissement ne se limite pas à remplir les caisses de l'État, il s'attaque aussi à la modernisation des méthodes de traitement, souvent archaïques et hautement toxiques pour nos populations rurales. Le gouvernement impose une migration obligatoire vers un système de traitement du gravier minéralisé en vase clos. Les entreprises ont un sursis de six (06) mois d’exploitation pour s'arrimer à cette technologie propre. Passé ce délai, les usines de traitement à ciel ouvert qui empoisonnent nos rivières seront purement et simplement démantelées. En clair, l'or du Cameroun doit enfin servir le Camerounais. L'opération d'assainissement est lancée, les règles sont sur la table, et les premiers millions tombent dans les caisses. Reste maintenant à s'assurer que les contrôleurs sur le terrain ne se laisseront pas, eux aussi, éblouir par l'éclat des pépites… On verra bien si les fruits refléteront la promesse des fleurs. Affaire à suivre de très près au Canard Libéré 237 !
Mathieu Nathanaël NJOG



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