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Quand l’alerte avicole ravive la guerre de l’import-substitution et entraine l’ombre du doute sur l’assiette nationale

il y a 3 jours
4 min de lecture

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AVICULTURE CAMEROUNAISE

Dans le théâtre complexe des politiques publiques au Cameroun, la ligne de démarcation entre la protection légitime de la santé publique et les manœuvres d'ingénierie économique est parfois d'une porosité déconcertante. Le récent communiqué de presse (n° 011/DPA/SG/PE/LCC/2026) rendu public par la Ligue Camerounaise des Consommateurs (LCC) le 14 octobre 2026 en offre une illustration retentissante. En prenant ouvertement position face aux conclusions d'une étude scientifique sulfureuse divulguée le 16 septembre dernier, l'organisation de défense des droits des consommateurs ne se contente pas d'arbitrer une simple controverse sanitaire : elle pose le diagnostic brutal d'une tentative potentielle de déstabilisation de l'un des fleurons de la sou

veraineté alimentaire nationale.


Au cœur de cette tourmente médiatique et économique figure une étude dont les conclusions ont instantanément jeté un effroi feutré dans les ménages : une présence supposée de métaux lourds et d'agents toxiques dans les poulets et les œufs de table estampillés « Made in Cameroun ». Sur le papier, l'alerte a tout du cas d'école épidémiologique. Mais à la lecture froide de la méthode, les analystes de la LCC, emmenés par leur Département des Produits Alimentaires, soulèvent un lièvre méthodologique majeur. L'échantillon incriminé ? À peine 48 poulets et 180 œufs prélevés à la hâte dans trois petites régions sur les dix que compte le pays. Peut-on, sur la base d'un corpus aussi fragmentaire et géographiquement restreint, vouer aux gémonies l'ensemble d'un appareil de production national ? Pour la LCC, la réponse est un non catégorique. Sans nier la gravité potentielle des résultats si la présence de contaminants venait à être confirmée par une contre-expertise indépendante, le syndicat des consommateurs dénonce une extrapolation scientifiquement abusive et sociologiquement dangereuse. L'exigence de la LCC est claire : il faut ouvrir le grimoire de cette étude, en disséquer les méthodes de prélèvement, identifier les laboratoires accrédités, analyser les concentrations mesurées et passer au crible les seuils de référence appliqués. La santé publique exige la rigueur, non le sensationnalisme.

 

L’épopée d’une souveraineté conquise de haute lutte

Pour comprendre la férocité de la riposte de la LCC, il convient de replacer cette controverse dans la trajectoire historique de la filière avicole camerounaise. Entre 2011 et 2026, au prix de sacrifices colossaux consentis par les éleveurs, les investisseurs locaux et les pouvoirs publics, la production nationale de volailles a bondi de 68 millions à près de 102 millions d'unités. Durant la même période, la production annuelle d'œufs de consommation s'est envolée de 2,5 milliards à 2,9 milliards d'unités. Cette progression géométrique n’est pas un banal chiffre de synthèse statistique : elle incarne le triomphe de la politique d’import-substitution impulsée par l'État pour réguler une balance commerciale historiquement déficitaire. En coupant le cordon ombilical des importations massives de découpes de poulets congelés, véritables poisons économiques et sanitaires du début des années 2000, le Cameroun s’est forgé un secteur stratégique créateur de dizaines de milliers d'emplois directs et indirects. Fragiliser cette chaîne de valeur par des publications alarmistes et insuffisamment étayées, c'est sciemment prendre le risque de propulser des milliers de familles dans la précarité tout en assommant le pouvoir d'achat des ménages par une rareté artificielle.


Le spectre des guerres commerciales et l’instrumentalisation du risque sanitaire

Dans son réquisitoire, la Ligue Camerounaise des Consommateurs pointe du doigt une mécanique bien connue des observateurs des marchés internationaux : l'usage du prétexte sanitaire comme arme de déstabilisation économique. Sans accuser formellement les auteurs de l'étude, la LCC soulève des interrogations légitimes sur le timing de la publication, l'origine de ses financements et la synchronisation suspicieuse parfaite de son relais médiatique. Dans une économie mondiale où les marchés de surproduction cherchent continuellement des déversoirs en Afrique centrale, le discrédit jeté sur le poulet local prépare idéalement le terrain au retour des importations de seconde zone. « La santé publique ne se négocie pas, mais la rigueur scientifique non plus », rappelle avec fermeté l'organisation. La protection du consommateur ne saurait servir de cheval de Troie à une stigmatisation systémique de la production locale, ni être dévoyée pour étouffer les alertes sanitaires lorsqu'elles sont scientifiquement fondées. Le débat doit sortir des salons de la rumeur pour réintégrer l'arène de la contradiction scientifique et factuelle.

Le serment de Yaoundé : Transparence, vigilance et responsabilité

L'appel du 14 octobre 2026 sonne ainsi comme un rappel à l'ordre républicain adressé à l'ensemble des acteurs de la chaîne décisionnelle. Aux administrations de tutelle, Ministère de l'Élevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA), Ministère de la Santé Publique (MINSANTE), la LCC demande la systématisation de contrôles officiels indépendants et la publication régulière de bulletins sanitaires. Aux éleveurs et industriels du secteur, elle réclame une discipline de fer concernant la traçabilité des intrants, de l'alimentation animale et des normes d'hygiène. Aux médias, enfin, elle intime l'ordre éthique d'opérer une ligne de partage stricte entre hypothèses de travail, faits scientifiquement établis et campagnes de dénigrement commanditées. En réaffirmant haut et fort que « Le Consommateur doit être roi », la Ligue Camerounaise des Consommateurs rappelle une vérité fondamentale : la vraie protection du citoyen consiste à lui garantir une alimentation saine, à préserver son pouvoir d'achat et à défendre le tissu économique national qui le fait vivre. Sur l'échiquier de la souveraineté alimentaire, le poulet et l'œuf camerounais ne sont pas de simples commodités marchandes : ils sont les symboles d'une nation qui refuse de brader son destin agricole sur l'autel des manipulations d'officine.

André Som N.

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