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Quand le MINTP s’auto-congratule au SAGO face au calvaire des usagers

INFRASTRUCTURES ROUTIERES

Depuis le lundi 8 juin 2026, l’esplanade de l'hôtel de ville de Yaoundé de la capitale abrite la 15ème édition du Salon de l’Action Gouvernementale. Pour le Ministère des Travaux Publics (MINTP), l’occasion fait le larron. Entre murs d’images rutilants, écrans plats diffusant en boucle des rubans d’asphalte immaculés et experts en costume-cravate prompts à brandir des graphiques ascendants, le stand du MINTP se veut la vitrine d’un Cameroun en chantier. Une véritable opération de séduction. Une opération d’esbroufe, susurrent les observateurs plus lucides.



Le 11 juin 2026, face à un aréopage de journalistes, d’usagers et de curieux, Emmanuel Nganou Djoumessi, aux commandes du département ministériel des Travaux Publics voici près de onze ans, a donné une grande conférence publique au Salon de l’Action Gouvernementale (SAGO). Le thème, le prétendu qui portait cette grande messe portait sur le « relèvement du réseau routier national » dans le cadre de la Stratégie Nationale de Développement (SND30). L’entrepreneur du gouvernement s’est satisfait des chiffres : le linéaire de routes bitumées serait passé de 8 498 kilomètres en 2020 à 10 939,92 kilomètres au 31 décembre 2025. Soit, selon ses calculs, une progression moyenne de 488 kilomètres par an, et un bilan à mi-parcours de la SND30 affichant 2 442 kilomètres asphaltés et 833 kilomètres réhabilités. Mais derrière la couche de vernis du Salon de l’Action Gouvernementale (SAGO), la réalité du terrain national est une descente aux enfers pour les automobilistes. Pendant que le Ministre égrène ses kilomètres comme des perles, les principaux poumons économiques du pays agonisent dans une décrépitude abyssale. Le mythique triangle national Douala – Yaoundé – Bafoussam - Douala et la Route Nationale N°1 (Ngaoundéré – Garoua - Maroua) sont devenus de véritables parcours du combattant, pour ne pas dire des mouroirs à ciel ouvert.

 

Les mirages du bitume :

Sur ces axes, les fameux « entretiens confortatifs » si chers au budget de l’État n'ont affiché qu'une résistance éphémère. Des investissements engloutis qui n’ont tenu que le temps d’une cigarette, laissant poindre à nouveau des cratères lunaires à la première ondée. L’axe Douala – Bafang - Bafoussam brille par son caractère hautement accidentogène, tout comme les liaisons Douala - Limbe et Douala-Tiko-Buea dans un Sud-Ouest pourtant névralgique. À l’observation, on en vient à se demander si certaines localités sont frappées d'une malédiction mystique ou si elles font l'objet d'un ostracisme cartographique savamment orchestré. Comment expliquer le piétinement chronique du chantier Douala (PK 14) – Bonepoupa - Yabassi, léthargique depuis son lancement en 2018 ? À cause de ces rendez-vous manqués, les départements de la région du Littoral ne sont pas connectés par des voies bitumées dignes de ce nom. Le Ministre parcourt les chantiers, certes, mais l'efficacité reste confinée dans les dossiers de Yaoundé. Le silence du MINTP est parfois plus bavard que ses discours. Prenez le chantier de l’entrée Est de la capitale économique Douala (Phase 2). Au 31 mai 2026, la communication officielle se félicite timidement que le béton bitumineux recouvre enfin 4 000 mètres linéaires de la voie de transit.



Mais le MINTP se garde bien de faire du bruit sur ce projet qui traîne en longueur et qui insulte le cahier des charges initial. Faut-il rappeler que ce projet avait suscité une levée de boucliers mémorable au sein de l'opinion publique en raison de son coût faramineux, estimé à près de 9 milliards de FCFA le kilomètre ? Aujourd'hui, alors que les rapports officiels prétendent que l’avancement des travaux frôle les 98 %, l'usager cherche encore désespérément du regard l'échangeur promis à hauteur de Tradex Yassa. Où sont passés les milliards ? Pour sauver les meubles à la frontière septentrionale, il faut l’œil du gendarme financier international. Reçue le 10 juin 2026 par Emmanuel Nganou Djoumessi, Anne-Cécile Souhaid, Directrice de la Division Région Afrique de l’Ouest et du Centre de la Banque Mondiale, est venue acter le démarrage des travaux de reconstruction sur l’axe Tchakamari-Waza-Kousseri (route Mora-Dabanga-Kousseri). Si la section Mora-Tchakamari (22 km) affiche 86 % de réalisation pour une livraison fin juillet, le reste de l’itinéraire en est encore à l’installation des bases-vies et au colmatage préventif des voies de contournement avant les grandes pluies. Pour maintenir le Projet pour l’Amélioration de la Connectivité, la Résilience et l’Inclusion (PACRI) en vie dans l'Extrême-Nord, l’institution de Bretton Woods a dû injecter une rallonge de 81 millions de dollars américains. Sur la RN12, entre Magada et Guidiguis (68,30 km), l'entreprise s'active autour de 89 ouvrages hydrauliques pour élargir une chaussée fatiguée, tandis que sur Guidiguis-Yagoua (68,70 km), le terrassement pousse péniblement ses bulldozers jusqu’au PK 62. Plus à l’Est, le corridor Douala-Bangui attend son heure. Le Cameroun a finalisé son dossier de préparation le 18 mai dernier pour solliciter une enveloppe de 400 millions de dollars auprès de la Banque Mondiale pour les sections Yaoundé-Edéa (164 km) et l’entretien de l’axe Yaoundé-Ayos-Bonis-Garoua-Boulaï (575 km). Le grand oral devant le Conseil d'administration de la Banque est calé pour ce 12 juin. Les Centrafricains, eux, attendent 90 millions de dollars pour leur part du contrat d'intégration.

 

Au-delà de la communication, le poids des réalités

Ailleurs, sur le réseau national, la performance économique se décline au rythme des notes de conjoncture ministérielles et des retards contractuels : - Pénétrante Nord de Yaoundé (22 km d'Olembé à Obala) : Il aura fallu une énième remontrance du ministre pour qu’enfin, le 3 juin 2026, l’entreprise réalise une planche d’essai de revêtement au PK 19+600. Un signal que l’on dit « encourageant » pour masquer des cadences jusqu’ici soporifiques. - Axe Sangmélima–Nkolotou’otou (20,5 km) dans le Sud : Le Maître d’ouvrage appelle à un « suivi rigoureux ». Traduction en jargon de terrain : l'entreprise Union Enterprise affiche un dépassement de délais hallucinant de 132,60 % pour un taux d'exécution physique global d'à peine 23,40 %. La couche de roulement en béton bitumineux n’est exécutée qu’à 52,04 % de cette portion. - Le désenclavement du Nord-Ouest : Sur la Ring Road, l’entreprise Buns tente de prendre de vitesse la saison des pluies sur le lot Kumbo-Ndu (39 km). L’avancement est de 55,33 % au 6 juin 2026, et une planche d’essai de grave bitume vient d’être posée dans la traversée de Ndu. Sur l'axe Nkambe-Misaje, le groupement Bofas/Super Confort a gratté une prolongation de délai de 6 mois et demi, affichant un maigre 36,32 % d’exécution. Pendant ce temps, à Bamenda, le boulevard urbain en construction affiche 40,01 % de réalisation au 7 juin 2026. - L'axe Ngaoundéré-Garoua en miettes : Sur la section Ouro André-Pont sur la Bénoué (56 km), l’entreprise CWE affiche un encéphalogramme presque plat de 3,28 % d’avancement au 6 juin 2026. On en est encore à chercher le certificat de conformité environnementale pour le concasseur. Sur les cinq sections de cet axe vital, les entreprises passent le plus clair de leur temps à faire de la gestion d'urgence pour désembourber les gros porteurs, comme ce fut le cas au PK 18+500 le 31 mai dernier.




Devant les organisateurs du SAGO, Emmanuel Nganou Djoumessi a confessé du bout des lèvres les maux qui minent son action : insécurité résiduelle, lourdeurs bureaucratiques dans la mobilisation des fonds, goulots d’étranglement dans la passation des marchés, crises de trésorerie des PME locales et modicité des lignes budgétaires allouées au Fonds Routier pour la maintenance. L'expertise espagnole de la société Centunion S.A., reçue en audience le 3 juin dernier pour la promesse de fourniture de quatre ponts modulaires en acier financés via la Deutsche Bank Espagne, suffira-t-elle à masquer le déficit structurel de notre ingénierie lourde ? Rien n'est moins sûr. Au demeurant, le SAGO 2026 fermera ses portes, les belles hôtesses rangeront les dépliants sur papier glacé et le MINTP retournera à ses statistiques lénifiantes. Mais sur le goudron déchiqueté du Cameroun réel, loin des projecteurs de l'Hôtel de Ville, le peuple continuera de slalomer entre les nids-de-poule, payant au prix fort de sa vie et de ses amortisseurs l'écart tragique entre l'autosatisfaction bureaucratique et l'exigence du développement.



Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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