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Quand le Tchad et le PAD coulent le béton d’une logistique sans couture


CONSEIL DES CHARGEURS DU TCHAD

Il y a des rendez-vous institutionnels qui, loin des salons feutrés et de la rhétorique lénifiante, portent en eux l’épaisseur des grands défis économiques sous-régionaux. La réunion du Comité Paritaire de Suivi-Evaluation du Protocole d’Accord entre le Conseil des Chargeurs du Tchad et le Port Autonome de Douala, qui s’est tenue ce lundi 13 juillet 2026 au siège de l’autorité portuaire camerounaise, appartient indéniablement à cette catégorie. À l’heure où la place portuaire de Douala cherche à consolider son statut de hub naturel pour l’hinterland centrafricain et tchadien, l’urgence opérationnelle a repris ses droits.

Présidée avec une fermeté bienveillante par le Directeur Général du Conseil des Chargeurs du Tchad (COC-Tchad), M. Hamid Djoumino, cette rencontre paritaire s’est voulue un exercice de vérité. Pas de place pour les faux-fuyants. Il s’agissait de passer au scanner l’état de mise en œuvre des engagements mutuels, de mesurer les écarts entre les déclarations d’intention et la réalité du terrain, et surtout, d’apporter des réponses concrètes aux goulots d’étranglement qui asphyxient les opérateurs économiques tchadiens. Dans ce jeu de miroir logistique, la synergie d’action n'est plus un slogan de séminaire, mais un impératif de survie commerciale. Face aux équipes techniques du Port Autonome de Douala (PAD), le Directeur Général du COC-Tchad n’a pas varié sa ligne de front. Porteur des doléances, parfois des colères sourdes, des chargeurs de son pays, M. Hamid Djoumino a résumé le cahier des charges transfrontalier autour de trois axes cardinaux. Trois piliers qui, s’ils sont consolidés, changeront radicalement la donne géo-économique entre Douala et N'Djamena.

Le premier pilier touche au portefeuille : la réduction drastique des coûts et des délais de passage portuaire. Pour un pays enclavé comme le Tchad, chaque jour passé par une marchandise sur les quais de Douala se traduit par des pénalités financières qui grèvent la compétitivité des entreprises à l'arrivée. Le temps, c’est de l'argent ; à Douala, le temps non maîtrisé est un impôt sur la distance. Le deuxième axe appelle à une révolution bureaucratique : la mise en place d'un processus simplifié et digitalisé pour les marchandises tchadiennes. La lourdeur des procédures administratives et douanières reste le principal vecteur des retards. Simplifier n’est pas dédouaner sans contrôle, c'est accélérer l’intelligence des flux. Enfin, le troisième pilier s'attaque à la géographie physique et humaine : la fluidification des corridors de transit. Quitter le port est une chose, rallier N’Djamena en est une autre. Entre les barrières routières indues, les tracasseries transfrontalières et les ruptures de charge, le corridor Douala-N’Djamena s'apparente parfois à un chemin de croix pour les conducteurs de camions.

 

Le Scandale des Conteneurs « Long Standing »

« Nous ne sommes pas venus pour constater le statu quo, mais pour acter le mouvement », confiait en substance un membre de la délégation tchadienne dans les couloirs du siège du PAD. Mais le véritable abcès de fixation de cette session paritaire aura été, sans conteste, le dossier noir des conteneurs en séjour prolongé, communément appelés long standing. Pour toucher du doigt la réalité de ce mal qui gangrène les capacités de stockage de la place portuaire, la délégation du COC-Tchad s'est déportée le jeudi suivant sur le terrain, au cœur des installations de la Régie du Terminal à Conteneurs (RTC) du PAD. Ce que M. Hamid Djoumino et ses collaborateurs ont constaté de visu tient de l'hérésie logistique. Sur les terre-pleins de la RTC, des gigantesques boîtes métalliques s'entassent, figées dans le temps. Certaines y prennent racine depuis… dix ans ! Une éternité, quand on sait que la réglementation et les standards d'efficacité fixent à 11 jours maximum la durée d’enlèvement des marchandises en transit.

Face à ce spectacle qu'il a qualifié sans détours de « déplorable », le Directeur Général du COC-Tchad est sorti de sa réserve diplomatique. Ces conteneurs ventouses ne font pas que saturer l’espace ; ils pénalisent l'ensemble de la chaîne, augmentent les coûts d’exploitation de la régie et privent le marché tchadien de biens essentiels. L'instruction a donc été donnée, sur le champ, aux services compétents du COC-Tchad de mener une offensive de concertation avec l’ensemble des acteurs de la chaîne d'import-export : le PAD, la RTC, les compagnies maritimes (armateurs) et les chargeurs eux-mêmes pour entrer en possession. Il convient de rappeler que ce cri d'alarme n'est pas une première. Déjà en mars 2026, le COC-Tchad avait pris à témoin l’opinion publique et les opérateurs économiques lors d’un point de presse retentissant. Cette sortie médiatique avait certes permis de secouer le cocotier, entraînant le retrait d’une centaine de conteneurs en souffrance. Mais la tumeur logistique reste profonde.

 

Le grand oral de Douala

C’est pourquoi N’Djamena, par la voix de la Direction Générale du COC-Tchad, lance un appel pressant et solennel à tous les propriétaires de cargaisons abandonnées. L’heure est à la négociation corrective. Les services du Conseil sont mobilisés pour offrir l’appui institutionnel nécessaire et faire bénéficier les opérateurs des facilités exceptionnelles et des remises gracieuses mises en place par les autorités portuaires pour libérer l’espace. Preuve que le Tchad diversifie intelligemment ses cartes et refuse de rester otage d'un seul corridor, la délégation du COC-Tchad a bouclé son séjour doualais par une séance de travail hautement stratégique avec la représentation du Port Autonome de Kribi (PAK). Les discussions ont tourné autour du renforcement de la coopération avec cette jeune plateforme portuaire en eau profonde qui affiche de grandes ambitions pour l'hinterland. À l’issue de ces intenses journées de concertation, M. Hamid Djoumino a salué les avancées notables obtenues grâce à la franchise des débats, tout en exhortant les membres du Comité Paritaire à troquer les costumes de diplomates contre les bleus de chauffe des techniciens. La bataille de la compétitivité logistique de l'Afrique Centrale ne fait que commencer, et Douala sait désormais qu'elle n'a plus le droit de s'endormir sur ses lauriers.

Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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