Sous le vernis de l'unanimité retrouvée, le parfum amer des promesses non tenues de la fusion
- Mathieu Nathanael NJOG

- il y a 6 heures
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GECAM
C'est dans l'antre feutré du siège de l'organisation à Douala que le Groupement des Entreprises du Cameroun a tenu, ce mardi 23 juin 2026, son Assemblée Générale Ordinaire. Si la grand-messe statutaire a pris des airs de triomphe managérial avec l’onction unanime des comptes et l'annonce tonitruante de 42 nouvelles adhésions, l'observateur averti ne peut s’empêcher de gratter le vernis des sourires de façade. Décryptage d'une transition économique en trompe-l'œil.

Démarrage des travaux à l'heure précise de 9h59, une ponctualité helvétique qui tranche singulièrement avec les us et coutumes de notre République, l’Assemblée Générale Ordinaire du GECAM s’est voulue un moment de démonstration de force institutionnelle. Le quorum vérifié, le grand ordonnateur du capital national, le Président Célestin Tawamba, est monté au pupitre pour livrer son traditionnel rapport moral. Une homélie de près de 45 minutes durant laquelle le patron des patrons a, comme à son habitude, manié le verbe avec une lucidité chirurgicale, dressant un tableau sans concession d’un environnement des affaires morose en 2025. Il faut dire que la conjoncture ne prête guère à l’euphorie. L'appareil productif camerounais s'est englué dans une léthargie structurelle, marquée notamment par la contraction violente du secteur pétrolier, dont la branche des hydrocarbures s’est effondrée de 6,9% en 2025, prolongeant le plongeon de 9,7% déjà enregistré en 2024. Le coton, jadis fleuron de notre agriculture septentrionale, n'a produit que 286 000 tonnes, bien loin des prophéties gouvernementales des 400 000 tonnes, entraînant un effondrement des valeurs d’exportation de 29,8%.
L’illusion optique des 42 adhésions
Face à cette Bérézina, Célestin Tawamba a cru bon de réaffirmer la doctrine de l’indépendance : « Notre rôle n'est pas et ne sera jamais d'applaudir lorsque tout va bien et de se taire lorsque les difficultés apparaissent. Notre responsabilité est plus exigeante. Elle consiste à dire les choses telles qu'elles sont, avec objectivité, avec loyauté envers les Institutions de la République, mais également avec la franchise que nous impose notre devoir de représentation des entreprises camerounaises. » Une déclaration qui résonne certes comme un engagement solennel, mais qui peine à dissimuler le désarroi d'un secteur privé acculé par la pression fiscale suffocante et le coût exorbitant de l'énergie. C'est pourtant l'intervention de la Directrice Exécutive, Madame Aline Valérie Mbono, qui a fourni aux analystes le véritable thermomètre de la santé politique du patronat. L'annonce triomphale de l'intégration de 42 nouveaux membres entre juin 2025 et juin 2026 a été saluée par des applaudissements nourris, présentés comme le gage d'une « attractivité retrouvée » et d'une confiance grandissante. Mais ne nous y trompons pas : quiconque sait lire entre les lignes du registre saura qu'une cohorte non négligeable de ces « nouveaux » membres est constituée de retours au bercail.
Des capitaines d'industrie et des PME de poids qui avaient fracassé la porte au lendemain de la fusion tant décriée entre le GICAM et ECAM. Ce ballet de retours, loin de prouver le succès initial de la fusion, vient plutôt acter la violence de la déflagration passée. Rappelons-nous, dans les colonnes du « Le Canard Libéré 237 » à l'époque des faits : nous redoutions que cette fusion, vendue comme une synergie historique pour un patronat plus fort, ne soit en réalité qu’une opération d'ingénierie hégémonique produisant une fracture stérile. Le temps, ce juge impartial, a rendu son verdict. La fusion n'a pas porté les fruits des promesses des fleurs. L'illusion d'une polarisation accrue de la voix des créateurs de richesses s’est fracassée sur le mur de la balkanisation corporatiste. Ces 42 adhésions ne sont pas des conquêtes territoriales économiques, mais une laborieuse et coûteuse entreprise de recollage des morceaux d'un vase que l’on a imprudemment brisé. En clair, on reconstruit le troupeau que l'on avait soi-même dispersé. Sur le plan de la gouvernance interne, la présentation du rapport de gestion et le quitus accordé au Commissaire aux Comptes ont validé la bonne santé financière de la structure.

Rigueur comptable contre impuissance politique
Les comptes sont propres, la gestion est rigoureuse, et l'appareil administratif tourne à plein régime. Les échanges intenses entre les adhérents et le Conseil d'Administration confirment que le GECAM reste un espace de dialogue dynamique. Les entrepreneurs y ont déversé leur trop-plein de colère face aux tracasseries logistiques et au scanning arbitraire au Port de Douala. Cependant, cette belle mécanique comptable suffit-elle à masquer le déficit d'influence politique ? Si le GECAM se targue d'être une « communauté d'entrepreneurs qui co-construisent », sa marge de manœuvre face aux oukases de la loi de finances reste de plus en plus congrue. La voix est peut-être forte, mais elle prêche trop souvent dans le désert d'une administration sourde aux doléances de l'appareil productif national. Pour projeter l'organisation vers l'avenir et tenter de faire oublier les divisions intestines, le Conseil d'Administration a abattu sa carte maîtresse : l'annonce officielle de la 2ème édition des Rencontres des Entreprises du Cameroun (REC), programmée pour les 17 et 18 février 2027 à Yaoundé.
En déplaçant le centre de gravité de l'événement de Douala, la capitale économique frondeuse où se tenait la Cameroon Business Forum (CBF) vers Yaoundé que les REC ont subtilement remplacé, vers Yaoundé, le siège du pouvoir politique, le GECAM tente un positionnement stratégique évident. Il s'agit de forcer le dialogue direct avec l'exécutif, là où se nouent et se dénouent les arbitrages économiques. La traditionnelle photo de famille, immortalisée sur le perron du siège sous un soleil de plomb, a mis un terme à ces assises dans une convivialité de bon aloi. Les sourires étaient de sortie, les poignées de mains vigoureuses. C'est le triomphe de la mise en scène. Mais pour le journaliste économique, le constat demeure : le GECAM a survécu à sa crise de croissance post-fusion, mais il est encore loin d'incarner ce patronat unique, unifié et hégémonique dont on nous chantait les louanges en 2023. Les fleurs ont séché, et les fruits se font désespérément attendre. Le rendez-vous est pris pour 2027.
Mathieu Nathanaël NJOG



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