Tempête dans le sucrier national avec un possible départ de Somdia
- Mathieu Nathanael NJOG

- il y a 4 heures
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SOSUCAM
Le géant français Somdia plie définitivement bagage, abandonnant un colosse sucrier aux pieds d’argile après avoir déjà bradé ses farines au Groupe Cadyst. En coulisses, le financier William Nkontchou tente un hold-up patriotique face à l’ogre nigérian Dangote. Entre secrets d’État, calculettes en surchauffe et certifications de façade, plongée dans les secrets de la guerre du sucre..

C’est le grand désamour, ou plutôt le grand débarras. Après des décennies à traire les matières premières locales et à sucrer les bénéfices en direction de Paris, le Groupe français Somdia (vigoureuse filiale du mastodonte Castel) a décidé de vider définitivement les lieux. Pour les observateurs avertis, ce n'est même plus une surprise : le sort de la filière sucre s'inscrit dans une stratégie de repli déjà bien entamée. Le 6 août 2025, après d'âpres négociations menées entre Olivier Parent, le PDG de Somdia, et Célestin Tawamba, l'inoxydable patron de Cadyst Group, les autorités réglementaires actaient un premier séisme. Somdia abandonnait purement et simplement ses activités de meunerie en cédant la Société des Grands Moulins du Cameroun (SGMC) et la Société des Grands Moulins du Phénix (SGMP) au Congo à l'ogre local Tawamba. La farine étant pliée, Paris passe désormais au morceau de choix, le plus lourd, le plus politique : les 82 % des actions de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam).
Au Ministère de l'Économie, à Yaoundé, les téléphones chauffent. Qui va ramasser la mise après Cadyst ? Un nom circule avec insistance dans les salons feutrés de la capitale : William Nkontchou. L’homme est un pur produit de la haute finance, un « fils de » issu d'une lignée d'hommes d'affaires respectés, aujourd’hui à la tête de la plateforme d'investissement Afiip. Son pitch ? Réitérer le coup de Celestin Tawamba par patriotisme économique. En ramenant le sucre national sous le drapeau vert-rouge-jaune et laver l'affront de la dépendance. Un coup historique pour la souveraineté, sur le papier du moins. Car dans l'ombre des plantations de Mbandjock et de Nkoteng, un autre prédateur rôde, et il n'a pas l'habitude de se contenter des miettes. Aliko Dangote, le roi incontesté du ciment et du sucre en Afrique de l'Ouest, lorgne sur le gâteau camerounais. Le milliardaire nigérian, armé d’un carnet de chèques capable de faire trembler n'importe quelle multinationale, attend son heure.

Le grand gouffre des chiffres
Pour Nkontchou, l'affaire n’est plus seulement financière, elle est devenue un duel homérique pour prouver que le patronat local peut faire aussi bien que Dangote ou Tawamba. Pourtant, celui qui héritera du trône de la Sosucam n'aura pas le temps de sabrer le champagne. La réalité du marché camerounais ressemble à un film d'horreur pour comptable. Jugez plutôt : chaque année, les Camerounais, grands amateurs de douceur, engloutissent 400 000 tonnes de sucre. Face à cette demande gargantuesque, l'appareil productif de la Sosucam fait peine à voir avec à peine 86 000 tonnes qui sortent de ses usines. Un déficit structurel abyssal qui oblige l'État à autoriser des importations massives à grands frais, enrichissant au passage les barons du négoce. Pour tenter de sauver les meubles, la direction sortante vient de claquer 2,5 milliards de FCFA dans une nouvelle unité de conditionnement de sucre en morceaux. Une goutte d'eau dans un océan de mélasse. D'autant que les coffres sont vides. La Sosucam sort d'une année noire, affichant une perte monumentale de 22 milliards de FCFA.
L'entreprise est littéralement asphyxiée par la contrebande, le marché noir transfrontalier et les circuits frauduleux qui cassent les prix homologués sur les marchés locaux, sans que les inspecteurs du Ministère du Commerce ne trouvent la parade. Sentant le vent du boulet et les critiques sur sa gestion chaotique, la Sosucam a sorti sa plus belle arme de communication : le chiffon de la conformité. Dans un communiqué grandiloquent teinté d'un lyrisme managérial qui frise le ridicule, l'entreprise célèbre la reconduction de ses certifications FSSC 22000 Version 6 pour ses usines de Nkoteng et de Mbandjock. On nous parle de « résilience », de « femmes et d'hommes engagés », et d'un « aliment sûr qui ne doit rien au hasard ». Une bien belle prose pour masquer le fait que l'entreprise est techniquement sous perfusion. À quoi sert un sucre certifié aux normes internationales si le citoyen de la Briqueterie à Yaoundé ou de New-Bell à Douala ne trouve pas un morceau à mettre dans sa bouillie le matin sans payer le double du prix officiel ? Cette communication de crise ressemble fort à un ravalement de façade destiné à faire monter les enchères avant le grand départ de Somdia.
L'écran de fumée des certifications
Devant ce vaudeville agro-industriel, l'État camerounais, actionnaire minoritaire mais gardien de la paix sociale, tente de reprendre la main. Pas question de revivre les émeutes de la faim à cause d'une transition ratée. À la Primature, Joseph Dion Ngute a déjà posé ses conditions : les équipes françaises de Somdia ont interdiction de déserter immédiatement. Elles devront assurer la transition technique et managériale jusqu'en 2027 pour éviter le spectre de la pénurie générale dans les boutiques. Le gouvernement se retrouve au milieu du gué. Faut-il céder aux sirènes du panafricanisme économique en soutenant l'option locale incarnée par William Nkontchou (imitant ainsi le précédent Cadyst sur la farine), quitte à porter à bout de bras une structure financièrement exsangue ? Ou alors capituler en rase campagne et ouvrir les portes de la forteresse au rouleau compresseur Dangote, au risque de perdre tout contrôle sur une filière stratégique ? Les calculettes s'affolent, les réseaux s'activent dans les Ministères. Une seule certitude : après avoir lâché ses moulins, Somdia abandonne son sucrier. Et l'avenir de la Sosucam ne tient plus qu'à un fil... qui n'a vraiment plus rien de très doux. À suivre.
Mathieu Nathanaël NJOG



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