Un grand oral institutionnel sous haute surveillance macroéconomique et à l'épreuve d'une dette publique de 15 416 milliards FCFA
Dernière mise à jour : il y a 18 heures
CAMEROUN–FMI
Sous le prétexte institutionnel des consultations annuelles au titre de l’Article IV des Statuts du Fonds Monétaire International, une équipe d’experts menée par Christine Dietrich passe au crible les agrégats économiques du Cameroun. Si les signaux globaux d'activité affichent une apparente résilience, la dégradation sensible des équilibres de trésorerie et la soutenabilité du service de la dette publique imposent aux argentiers nationaux un examen critique sans complaisance.

L’hôtel des Finances de Yaoundé a servi de cadre, ce 17 septembre 2026, à l’ouverture officielle des travaux de la mission d’évaluation du Fonds Monétaire International (FMI). Conduite par Christine Dietrich, Chef de mission pour le Cameroun, la Délégation d’experts de la rue de Monteau a été reçue en audience solennelle par le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze. Pour ce grand oral économique, l’argentier de l’Etat était entouré du Ministre délégué auprès du Ministre des Finances, Yaouba Abdoulaye, de ses plus proches collaborateurs techniques, ainsi que des éminents Cadres du Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT). Officiellement inscrit dans le calendrier de la surveillance multilatérale au titre de l’article IV des Statuts de l’institution financière internationale, ce séjour de deux semaines ne constitue nullement une table de négociation pour un nouvel accord financier direct. Il s’agit d’un exercice de contrôle, d’auscultation et d’évaluation rétrospective et prospective des trajectoires de croissance du pays. L'objectif affiché est d'établir un diagnostic rigoureux de la conjoncture, de quantifier les vulnérabilités structurelles et d'analyser la cohérence des politiques publiques mises en œuvre par le gouvernement camerounais face aux chocs extérieurs.
Résilience apparente de la croissance et décalages d'exécution budgétaire
Au cœur des premières séances de travail figure l’analyse approfondie de l’évolution récente des agrégats macroéconomiques et de l’exécution du budget de l’État. Les échanges préliminaires entre la mission du FMI et les autorités de tutelle ont mis en lumière un tableau contrasté. D’un côté, la dynamique de l’activité économique conserve une orientation positive, portée par la diversification progressive de la base productive et les investissements infrastructurels. De l’autre, les contraintes d’exécution de la loi de finances révèlent des écarts sensibles entre les prévisions de recettes et le rythme réel des dépenses. Face à la presse, au sortir de son entretien avec le Ministre des Finances, Christine Dietrich a tenu à rappeler le constat formulé dans les derniers rapports d’étape de l’institution : la position budgétaire globale du Cameroun demeure solide dans ses fondamentaux. Toutefois, la Cheffe de mission a immédiatement modéré ce satisfecit technique en pointant du doigt les tensions persistantes observées dans le circuit des paiements publics. La détérioration de la trésorerie de l’État, conjuguée aux retards de paiement cumulés vis-à-vis des prestataires privés, traduit une rigidité structurelle qui menace d'asphyxier le tissu économique local si des mesures correctives ne sont pas promptement arrêtées.

Une dette de 15 416 milliards sous le scalpel de la soutenabilité
C’est sans conteste le dossier le plus sensible du diagnostic en cours : l’évolution de la dette publique camerounaise. Selon les données arrêtées au 31 mars 2026, l’encours global de la dette du secteur public s’établit désormais à 15 416 milliards de FCFA. Exprimé en proportion de la richesse nationale, ce passif représente environ 44,3 % du Produit Intérieur brut (PIB). À première vue, ce ratio préserve le Cameroun d’un risque de surendettement immédiat au regard du critère de convergence communautaire de la CEMAC, dont le plafond est fixé à 70 % du PIB. Mais l'analyse stricte des analystes financiers ne s’arrête pas à la somme des encours. La mission du FMI entend disséquer la structure intime de cette dette, son profil d’amortissement, le niveau moyen des taux d'intérêt contractés et l'impact direct du service de la dette sur les marges de manœuvre budgétaires. Le calendrier de remboursement des obligations souveraines et des emprunts bancaires extérieurs impose une charge financière de plus en plus lourde sur les recettes fiscales nettes. C'est cette contrainte d'assainissement, associée au coût parfois prohibitif des refinancements sur les marchés financiers régionaux et internationaux, qui suscite les réserves des experts de Washington. Prudente, Christine Dietrich a précisé qu’aucune conclusion hâtive ne saurait être tirée avant l'achèvement de l’ensemble des simulations chiffrées prévues sur la période d'évaluation.
Au-delà du diagnostic : les exigences impératives de la rigueur budgétaire
Pendant deux semaines, les limiers du FMI vont multiplier les revues sectorielles avec la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), la Direction Générale des Douanes, la Direction Générale des Impôts, la Direction Générale du Budget et le Conseil National du Crédit. Chaque ligne de compte, chaque engagement hors-bilan, ainsi que les risques budgétaires liés aux entreprises publiques déficitaires et aux subventions aux carburants seront passés au crible d’une méthodologie stricte. L'enjeu crucial pour Yaoundé ne réside pas seulement dans la conformité aux exigences formelles du FMI, mais dans sa capacité réelle à rétablir la sincérité du circuit des dépenses et la liquidité du Trésor public. L'accumulation des restes à payer et le recours récurrent aux avances bancaires d'urgence dégradent la signature financière de l'État et pénalisent l’investissement privé. Pour les autorités camerounaises, les recommandations qui découleront de cette mission au titre de l'article IV serviront de boussole impérative. Face aux incertitudes des marchés mondiaux et à la volatilité des cours des matières premières, le Cameroun est plus que jamais condamné à l'orthodoxie budgétaire, à la transparence des comptes et à une discipline sans faille dans la gestion de ses deniers publics.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste spécialisé des Questions Économiques



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