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Une opération financièrement suspecte de la révision du POS révisé en fin de mandat

24 juil.
4 min de lecture

​ COMMUNAUTE URBAINE DE DOUALA

Le mercredi 22 juillet 2026, la climatisation du Cercle municipal de Bonanjo tournait à plein régime pour rafraîchir une assistance triée sur le volet. Autour de la table, sous la présidence du Dr Geremi Solle, premier Adjoint au Maire de la ville de Douala, le décorum habituel des grandes messes administratives était soigneusement dressé. Partenaires institutionnels de la Communauté urbaine de Douala, hauts cadres du Ministère de l’Habitat et du Développement urbain et experts en aménagement urbain s’étaient tous donné rendez-vous. Elle faisait suite à une large consultation qui avait eu lieu en début d’année. Résultat des courses, la transformation structurelle n’est toujours pas visible.


Au menu de cette rencontre officielle : la présentation de l’état d’avancement des études du Plan d’Occupation des Sols (POS) révisé pour la période 2025-2036. Un exercice de communication institutionnelle rodé, assorti d'une analyse comparative entre le document approuvé en 2015 et le nouveau document de 2025. L’objectif affiché par la CUD se veut ambitieux et moderniste : intégrer les grands projets structurants, valoriser les emprises fluviales du Wouri et de la Dibamba pour des activités récréatives, juguler l’urbanisation anarchique et doter la capitale économique d’un outil de planification « dynamique, durable et inclusif ». Mais derrière ce discours lisse, saupoudré d'innovations technocratiques et d'envolées lyriques sur la « modernité urbaine », une question lancinante s’impose à tout observateur averti : à quoi sert réellement cette nouvelle frénésie de révision documentée, si ce n’est à alimenter un puits sans fond financier à quelques mois seulement de la fin du mandat de l’exécutif communautaire actuel ? L’histoire de la planification urbaine à Douala ressemble à un éternel recommencement où seuls les chèques libellés changent de bénéficiaires. On se souvient encore des grands orgues médiatiques qui avaient accompagné, sous l’exécutif précédent, dirigé par Dr Fritz Ntonè Ntonè l'élaboration et la validation du Plan de Développement Urbain (PDU) couplé au Plan d’Occupation des Sols (POS) de 2015. À cette époque, des centaines de millions de francs CFA issus du contribuable avaient été englouties pour accoucher d'un document présenté comme une panacée révolutionnaire, capable de transformer la métropole économique en une cité modèle.

Pourtant, avant même que les effets concrets de ce texte de 2015 ne soient ressentis ou évalués sur le terrain, l’équipe dirigeante actuelle du Dr Roger Mbassa Ndine a jugé utile de relancer la machine financière. Dès la rédaction d’un prétendu Plan d’Occupation des Sols « 2025 », des enveloppes colossales ont à nouveau été débloquées pour rémunérer cabinets d’études, consultants, séminaires et comités de validation. Et aujourd'hui, alors que le mandat touche à sa fin, la CUD réinvestit de nouveaux millions de FCFA sous le prétexte fallacieux d'une « révision » indispensable du document à peine finalisé. À se demander froidement : Ne sommes-nous pas face à une entreprise méthodique de dilapidation des ressources publiques ? La planification urbaine est-elle devenue un prétexte commode pour faire tourner des réseaux d’intérêts budgétaires au détriment des priorités de développement de la cité ? La chronologie interroge. Répartir des financements aussi massifs pour corriger des orientations déjà validées il y a peu, le tout à l’approche des consultations électorales et de la fin d’un mandat municipal, laisse planer un doute persistant. Si l'exécutif actuel venait à ne pas être reconduit, que fera la prochaine équipe dirigeante ? Assisterons-nous, comme le veut désormais la sinistre tradition managériale locale, à une annulation pure et simple de ce travail, suivie de la commande d’un tout nouveau POS à coup de millions supplémentaires ?

 

Consultations publiques : Le grand malentendu avec la population

Pendant que dans les réunions tenues au Cercle municipal et à la Salle de Fête d’Akwa on ergote sur le positionnement d’une virgule, la modification d’un chiffre ou l'ajustement d'un zonage entre les versions de 2015 et de 2025, la réalité quotidienne du citadin de Douala demeure tragiquement inchangée. Entre le 7 janvier et le 8 février 2026, la CUD avait pourtant orchestré une campagne d’ateliers et de consultations publiques à travers les différentes Mairies d’Arrondissement (de Douala 1er à Douala 6è) pour inciter les habitants à « construire Douala avec et pour ses citoyens ». Les communiqués triomphalistes ont vanté une « participation massive ». En réalité, sur le terrain, le fossé n’a jamais été aussi profond. Les citoyens, étranglés par des défis quotidiens autrement plus pressants que les routes défoncées, inondations récurrentes, insalubrité chronique et absence d'éclairage public, ne comprennent strictement rien à ces documents d'urbanisme aussi abscons que répétitifs. Pour l’habitant de Logbaba, de Mabanda ou de Makepe Missoke, le POS n'est qu'une abstraction administrative de plus. On attendait des autorités administratives qu'elles fassent un véritable travail de vulgarisation, d'application stricte du cadastre existant et de matérialisation des infrastructures promises. À la place, les populations apprennent simplement par voie de presse qu'une succession de réunions budgétivores est organisée pour retoucher des textes qui ne s'appliquent jamais concrètement dans leur quartier.

On ne saurait contester la nécessité pour une métropole de plus de trois millions d’âmes de disposer de documents de planification stratégiques et prospectifs. Mais l'urbanisme ne saurait se réduire à un cycle perpétuel d'études et de révisions rémunératrices qui ne débouchent sur aucune transformation structurelle lisible. Il est temps de sortir de cette illusion technocratique où le simple fait de payer des rapports d'experts tient lieu de politique de la ville. Les ressources financières de la Communauté Urbaine de Douala (CUD) doivent cesser d’être captées par des opérations de réécriture permanente d'outils de planification. Si la ville de Douala veut réellement se projeter vers l'avenir et offrir un cadre résilient à ses habitants à l'horizon 2036, ce n'est pas en dépensant des millions pour changer la syntaxe d'un POS qu'elle y parviendra. C'est en faisant preuve de rigueur budgétaire, de transparence dans l'allocation des deniers publics et, surtout, d'une réelle volonté politique d'appliquer enfin sur le terrain les règles qu'elle passe son temps à faire rédiger. Tout le reste n'est que divertissement financier sur le dos des contribuables.

Mathieu Nathanaël NJOG

Grand Reporter / Anaglyphe & Analyse Stratégique


 

       CHRONOLOGIE D'UNE EXPENSIFICATION PERMANENTE

2015 

POS/PUD "Révolutionnaire" (Ancien exécutif)

Millions de FCFA

2025 

Rédaction du nouveau POS  (Exécutif CUD)   

Millions de FCFA

2026

« Révision » du POS 2025    (Exécutif CUD)   

encore des Millions de FCFA

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