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À Libreville, la CEMAC abat sa carte maîtresse contre les ténèbres économiques

il y a 1 jour
3 min de lecture

INTEGRATION ENERGETIQUE DANS LA CEMAC

Au cœur d’une Afrique centrale paradoxalement riche en ressources mais plongée dans un inconfortable obscurantisme statistique, la Commission de la CEMAC sonne le rappel des troupes à Libreville. Du 21 au 25 septembre 2026, la capitale gabonaise sert de théâtre à une grande manœuvre institutionnelle visant à doter l’espace communautaire d’un Système d’Information Énergétique Régional (SIE-CEMAC). Entre sous-exploitation chronique des gisements hydrauliques et pétroliers, précarité des données fondamentales et urgence de l'industrialisation, le président Baltasar Engonga Edjo’o joue une carte maîtresse : transformer la donnée brute en boussole de la gouvernance et levier d'attraction des financements stratégiques.


Comment planifier le développement industriel d’un sous-continent qui ignore, à quelques mégawatts près, la consistance exacte de sa propre production énergétique ? La question, presque provocatrice, résume à elle seule la fracture structurelle de la zone CEMAC. Baignée par des bassins hydrographiques d’une générosité exceptionnelle et assise sur des réserves d'hydrocarbures colossales, l'Afrique centrale continue de boiter lourdement sur le chemin de l’interconnexion et de la couverture électrique. Cette impuissance économique prend racine dans un déficit chronique : la maîtrise de la donnée. Sans statistiques fiables, harmonisées et actualisées, les projets d'infrastructures relèvent trop souvent de la navigation à vue ou de l'incantation budgétaire. C'est pour briser ce cercle vicieux que la Commission de la CEMAC a orchestré la réunion de Libreville, posant l’opérationnalisation des Systèmes d'Information Énergétique Nationaux (SIEN) comme préalable absolu à toute émergence.

L'ingénierie financière et statistique du projet HUSWACA

L'événement qui rassemble à Libreville ministres de l’Énergie, experts du secteur, représentants de l’Union Africaine et de l’AFREC (Commission Africaine de l'Énergie) s’inscrit dans une dynamique transversale ambitieuse. Il s'appuie sur le projet d’Harmonisation et d’Amélioration des Statistiques en Afrique de l’Ouest et du Centre (HUSWACA), dont le rôle de catalyseur financier et technique s'avère déterminant. Placé sous le leadership exécutif du Président de la Commission de la CEMAC, S.E. Baltasar Engonga Edjo'o, le projet est piloté au quotidien par le Commissaire en charge du Département des Politiques Économique, Monétaire et Financière (DPEMF), en étroite synergie avec le Département des Infrastructures et du Développement Durable. Cette double tutelle traduit une réalité fondamentale : l'énergie n'est pas seulement un défi d'ingénieurs, c’est avant tout une variable d'ajustement macroéconomique.

 

Dans le secret des travaux préparatoires des experts

Avant le ballet diplomatique des ministres prévu en fin de semaine, la première ligne du combat technocratique s’est ouverte dès le lundi 21 septembre 2026. Réunis en conclave, les experts des six États membres (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Tchad) ont entamé un état des lieux sans complaisance des appareils statistiques nationaux. Les allocutions d'ouverture, portées par les représentants de l'AFREC, du Ministère gabonais de l'Énergie et du Commissaire du DPEMF ont dressé un diagnostic convergent : - Un ancrage institutionnel flou : dispersion des points focaux entre plusieurs ministères et agences régulatrices. - Une indigence budgétaire : dépendance quasi totale vis-à-vis des financements extérieurs pour la collecte de base. - Des méthodologies hétérogènes : impossibilité de consolider les bilans énergétiques nationaux à l'échelle régionale. Mardi 22 septembre, les travaux ont franchi un palier décisif avec l’examen et la validation technique du projet de règlement communautaire. Ce texte normatif fixe non seulement le cadre juridique de création du SIE-CEMAC, mais définit également les obligations de transmission des données par les États membres.

Du chiffre à la décision : l'impératif politique

Pour la Commission de la CEMAC, l’enjeu de cette grande messe gabonaise dépasse la simple architecture informatique. Il s'agit d'arracher l'engagement politique au plus haut niveau. Sans une allocation budgétaire pérenne et sanctuarisée par les Trésors publics nationaux, les bilans énergétiques risquent de rejoindre la longue liste des rapports prospectifs oubliés dans les tiroirs ministériels. L'adoption attendue du règlement le vendredi 26 septembre 2026 par le collège des ministres de l’Énergie doit marquer un tournant doctrine. En se dotant d'un outil d'analyse décisionnelle numérisé et partagé, la CEMAC entend rationaliser ses choix d’investissements, rassurer les bailleurs de fonds internationaux et piloter avec rigueur la transition énergétique de la sous-région. Libreville ne joue pas seulement une séquence de diplomatie technique : la capitale gabonaise pose les fondations du futur marché commun de l'électricité en Afrique centrale.

Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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