174,6 milliards de FCFA pour métamorphoser le tronçon Édéa-Douala à l'heure du grand charme sahélien
CORRIDOR DOUALA-BANGUI
Une mission conjointe de l’Agence Française de Développement, de la Banque Européenne d’Investissement et de l’Union Européenne a restitué, ce 2 novembre 2026 à Yaoundé, les conclusions d’une intense session de négociations et de préparation technique. Au cœur des échanges avec le Ministre des Travaux Publics, Emmanuel Nganou Djoumessi : un engagement financier massif de 266,2 millions d’euros (environ 174,6 milliards de FCFA) dédié à la reconstruction intégrale de la Nationale N°3 entre Édéa et Douala, à la construction d’un second pont sur la Dibamba et à la modernisation structurelle des infrastructures connexes.

Le Ministre des Travaux Publics (MINTP), Emmanuel Nganou Djoumessi, l’a rappelé à maintes reprises avec l'insistance qui caractérise la gestion des grands projets de souveraineté : l’axe Édéa-Douala n’est pas une simple route. C’est la veine jugulaire du commerce sous-régional, l'artère centrale du corridor international Douala-Bangui par laquelle transite l’essentiel des marchandises approvisionnant l’hinterland national et la République Centrafricaine. Pourtant, le constat quotidien des usagers et des transporteurs imposait un constat sans nuance. Chaussée éprouvée par des décennies d’usure intensive, goulets d'étranglement aux accès de la capitale économique, vulnérabilité accrue face aux dérèglements climatiques : la section Édéa-Douala nécessitait une intervention chirurgicale et globale. C’est désormais chose arrêtée. Reçu en audience ce lundi 2 novembre 2026 à Yaoundé, la Mission conjointe conduite par Adrien Véron-Okamoto, Spécialiste principal des Transports au siège parisien de l’Agence Française de Développement (AFD), en présence du Directeur pays de l’AFD, Jérôme Notebaert, est venue apporter la confirmation formelle des engagements internationaux. À l’issue de trois jours d’inspections de terrain et d’arbitrages techniques menés du 28 au 30 octobre 2026, le schéma directeur de l'opération est arrêté. Le plan financier s'élève à 266,2 millions d’euros (environ 174,6 milliards de FCFA). Une enveloppe souveraine qui réunit l’AFD (125 millions d’euros), la Banque Européenne d’Investissement (100 millions d’euros) et une subvention de l’Union Européenne à hauteur de 39,2 millions d’euros, le tout complété par la contribution décisive du Fonds Routier du Cameroun.
Une refonte technique majeure : ingénierie, sécurité et résilience climatique
Ce projet dépasse le cadre habituel d'un simple resurfaçage routier. Il s'agit d'une requalification architecturale et structurelle complète, conçue pour absorber l'augmentation constante du trafic des poids lourds tout en anticipant l'étalement urbain de la métropole économique. Le volet routier intègre la reconstruction intégrale du tronçon avec recyclage des matériaux de la chaussée existante, une méthode moderne visant à concilier durabilité, résistance aux charges lourdes et responsabilité environnementale. Pour fluidifier la circulation interurbaine et réduire la sinistralité historiquement élevée sur cette section, quatre créneaux de dépassement en 2x2 voies, totalisant 6,6 km, seront aménagés le long du parcours. Aux portes de Douala, là où la pression foncière et les embouteillages paralysent quotidiennement le transit, le projet prévoit le prolongement du boulevard urbain sur 6 km en 2x2 voies, à partir de la sortie du pont sur la Dibamba vers Édéa. Cette infrastructure permettra de séparer nettement les flux de desserte locale des flux de grand transit sous-régional. L’ouvrage d'art emblématique de ce tronçon fait également l’objet d’une réponse dimensionnée : un second pont sera construit sur la Dibamba avec ses voies d'accès dédiées, tandis que le pont historique existant bénéficiera d'une réhabilitation lourde. Plus loin sur le tracé, les travaux intégreront l’aménagement complet du carrefour Édéa-Kribi ainsi qu’une extension des opérations sur environ 700 mètres en direction du cœur de Douala. Face à la dégradation précoce des infrastructures sous l’effet des pluies diluviennes, une attention particulière est portée à l'adaptation aux changements climatiques. Le projet prévoit le remplacement systématique des ouvrages hydrauliques sous-dimensionnés ou vétustes par des structures renforcées, garantissant la pérennité de l'axe quelles que soient les contraintes météorologiques.

Modernisation des contrôles et impulsion socio-économique locale
Au-delà du génie civil lourd, l'accord intègre une stratégie de préservation du patrimoine routier et d'inclusion des acteurs économiques nationaux. Sur le plan de la régulation, la station de pesage de Yassa, dépassée et engluée dans l'expansion urbaine, sera supprimée et remplacée par une infrastructure de dernière génération implantée à Missolé 2. Cette nouvelle station de pesage moderne et entièrement digitalisée intégrera des équipements de pesage dynamique à haute vitesse, permettant de contrôler la charge des camions sans interrompre inutilement le flux routier, protégeant ainsi durablement la nouvelle chaussée contre les surcharges préjudiciables. Sur le plan social et territorial, la dimension inclusive du financement se traduit par une affectation stratégique : une provision de 5 % du coût global des travaux est réservée à l’amélioration de la connectivité des voies communales dans la zone d’influence de l’autoroute. Ces infrastructures de transport rural, incluant la création de pistes de désenclavement, d'espaces de stockage et d'infrastructures d'exposition des produits agricoles, seront confiées aux Petites et Moyennes Entreprises (PME) locales. Les travaux seront exécutés principalement selon l'approche Haute Intensité de Main-d'Œuvre (HIMO), garantissant la création d'emplois directs pour les jeunes des communautés riveraines et dynamisant le tissu économique local. Enfin, pour sortir des cycles répétitifs d'aménagements suivis d'abandon, le projet innove sur le plan contractuel : des contrats d’entretien de long terme, fondés sur des exigences strictes de niveaux de service, seront adossés à l'infrastructure modernisée.
Un enjeu géostratégique pour le Port Autonome de Douala
Il serait réducteur de ne voir dans la modernisation du tronçon Édéa-Douala qu'un simple projet d'infrastructure routière. L’opportunité de cet investissement prend tout son sens à l’aune de l'offensive diplomatique et commerciale d'envergure menée par le Port Autonome de Douala (PAD). Alors que la plateforme portuaire de la capitale économique déploie une opération de séduction agressive auprès des pays de l'hinterland sahélien, Tchad et République Centrafricaine en tête, mais aussi les acteurs économiques du Niger et du Mali, la fluidité de la Nationale N°3 s’impose comme le maillon fort indispensable à cette ambition maritime. Comment convaincre durablement les chargeurs et opérateurs tchadiens ou centrafricains de préférer la porte d'entrée camerounaise aux ports concurrents de la côte ouest-africaine si le premier kilomètre terrestre s'apparente à un parcours du combattant ? Le corridor Douala-Bangui et l'axe Douala-N'Djamena subissent depuis trop longtemps le goulot d’étranglement de la sortie de Douala. Les retards monstres aux accès de la ville, l'usure prématurée des véhicules et l'insécurité des transports grevaient jusqu'ici la compétitivité du transit camerounais. En injectant 174,6 milliards de FCFA pour offrir une chaussée moderne, un second pont sur la Dibamba et un système de pesage dynamique digitalisé à Missolé 2, le Cameroun transforme sa promesse portuaire en réalité logistique. Il s'agit de garantir une évacuation fluide, sécurisée et rapide des marchandises dès leur sortie des quais de Douala vers les marchés de l'intérieur. Pour Cyrus Ngo’o et les équipes du PAD, cet appui tripartite (AFD-BEI-UE) vient ainsi crédibiliser l'offre de service du port : Douala ne se contente plus d'offrir un quai de débarquement moderne, il garantit désormais une artère routière fluide et performante jusqu'aux frontières des pays enclavés du Sahel.
En route vers le chantier : l'exigence du calendrier
Au cours de l'audience de restitution, le Ministre des Travaux Publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, et la Délégation des bailleurs de fonds ont réaffirmé leur volonté commune d'accélérer le calendrier administratif et réglementaire. L'objectif partagé est clair : finaliser la maturation des dossiers de consultation et boucler les procédures d'attribution afin de permettre la pose de la première pierre et le démarrage effectif des engins sur le terrain entre juin et juillet 2027. En concrétisant ce soutien tripartite AFD-BEI-UE, le Cameroun ne reconstruit pas seulement 47 kilomètres de route entre Édéa et Douala : il consolide la viabilité de son réseau stratégique national, sécurise le transport des personnes et des biens, et réaffirme son rôle de carrefour logistique incontournable au sein de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC).
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d’Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux et Questions Economiques et de Développement



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