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Adoption du Programme de travail stratégique 2026-2028 sous fond d’aveu de vulnérabilité

CSBA 2026

L’air climatisé de l’Hôtel Hilton de Yaoundé n'a pas suffi à refroidir les esprits. Derrière le ballet feutré des costumes sombres de sortis et le protocole rigide des institutions monétaires, les 21 banques centrales du continent, réunies sous la bannière de la Communauté des Superviseurs Bancaires Africains (CSBA), ont joué une partition cruciale pour l’avenir de nos portefeuilles. Entre les lignes des communiqués officiels lissés à l’extrême, c'est un véritable aveu de vulnérabilité qui s’est dessiné.



Co-organisée par le Groupe Technique de l’Association des Banques Centrales Africaines (ABCA) et le très sélect Institut de Stabilité Financière (ISF) de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), le gendarme des gendarmes financiers basé à Bâle, cette grand-messe avait pour parrains locaux la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) et la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC). Autrement dit, le gratin de la régulation. Dès la cérémonie d’ouverture, le ton a été donné par le maître des céans, Yvon Sana Bangui. Cumulant les casquettes de Gouverneur de la BEAC, Président de l’ABCA et patron de la COBAC, l’homme sait que la sous-région darde ses yeux sur lui. À ses côtés, Patricia Danielle Manon, Secrétaire Général Adjoint de la COBAC et Présidente en exercice de la CSBA, n'a pas usé de la langue de bois habituelle. « L'innovation financière avance à la vitesse d'un algorithme, pendant que nos réglementations se déplacent encore au rythme de l'administration papier », confie un cadre de la COBAC, sous anonymat dans les couloirs du Hilton. Le constat partagé par le duo exécutif est implacable : face à l’explosion des Fintechs, à la menace fantôme de la cybercriminalité et au tsunami annoncé de l'Intelligence Artificielle (IA), les superviseurs africains sont condamnés à coopérer ou à périr. Ce n’est plus une option diplomatique, c’est une question de survie systémique.



Stablecoins et IA : Les nouveaux maux de tête des régulateurs

Pendant deux jours, les débats ont tourné autour de concepts qui font frémir les banquiers centraux de l'ancienne école. En tête de liste : les stablecoins (ces crypto-actifs adossés à des monnaies réelles) et l’IA. Pour un continent où le taux de bancarisation formelle peine à décoller mais où le Mobile Money dicte sa loi, ces technologies sont à double tranchant. Elles incluent les exclus du système, certes, mais elles ouvrent aussi des boulevards au blanchiment d’argent et aux attaques cybernétiques transfrontalières. La question de la « proportionnalité de la réglementation », a fait l'objet d'âpres discussions. Comment serrer la vis pour éviter les faillites sans pour autant étouffer les jeunes pousses technologiques africaines ? Un équilibre de funambule que la CSBA tente de théoriser. De plus, la surveillance des groupes bancaires transfrontaliers, ces mastodontes nigérians, marocains ou sud-africains qui opèrent partout sur le continent restent le talon d'Achille de la régulation. Un krach à Lagos ou à Casablanca, et c’est tout le château de cartes d'Afrique Centrale ou de l'Ouest qui menace de s'effondrer. Les mécanismes actuels de partage d'informations entre gouverneurs se sont avérés, jusqu'ici, trop lents, souvent bloqués par des réflexes de souveraineté nationale d'un autre âge. Au soir du 5 juin, alors que les rideaux tombaient sur les assises, la CSBA a accouché de son programme de travail pour la période 2026-2028.



Le plan 2026-2028 : Un bouclier ou un simple vœu pieux ?

Le document promet une supervision plus « moderne, résiliente et adaptée aux réalités du continent ». Un jargon d’experts qui cache mal l’urgence opérationnelle. Les 21 délégations sont reparties avec une feuille de route lourde : harmoniser les textes de loi sur la cybersécurité et forcer les banques commerciales à muscler leurs systèmes de défense. Car le constat est là, amer : les banques africaines sont devenues les cibles privilégiées des hackers mondiaux, conscients des failles de nos infrastructures. Pour la BEAC et la COBAC, l’accueil de ces assises à Yaoundé est une victoire politique indéniable. Elle repositionne la capitale camerounaise comme un hub de la réflexion monétaire africaine, au moment même où la zone CEMAC traverse des remous économiques liés à la diversification difficile de ses ressources. Mais au-delà du satisfecit général et des poignées de main chaleureuses immortalisées par les photographes d'apparat, le Canard reste lucide. La réussite de ce sommet ne se mesurera pas au nombre de résolutions consignées dans les rapports finaux, mais bien à la capacité des banques centrales à anticiper la prochaine crise. L'intégration financière de l'Afrique ne se fera pas à coup de colloques, mais par une volonté politique de fer pour abattre les frontières monétaires et informationnelles. Les superviseurs ont parlé. Les algorithmes, eux, continuent de tourner. Rendez-vous sur le terrain des opérations pour voir si les digues construites à Yaoundé tiendront face à la prochaine tempête financière.




Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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