Alors que la justice enfonce le clou, la multinationale est aux abois à Douala
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 2 jours
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AFFAIRE SYNTIC CONTRE ORANGE CAMEROUN
C’est le roman noir d'un capitalisme à double vitesse qui se joue depuis plus d'une décennie dans les salons feutrés et les tribunaux de la capitale économique camerounaise. D’un côté, une multinationale française, Orange Cameroun SA, fleuron de la téléphonie qui brasse des milliards de FCFA sur le dos d’une clientèle locale captive. De l’autre, des pères et des mères de famille, réunis sous la bannière du Syndicat National Autonome des Travailleurs des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, floués, spoliés, mais debout.
L’affaire vient de connaître une accélération phénoménale. Le document exclusif, frappé du sceau du secret et dont la rédaction a obtenu copie, sonne comme un violent coup de semonce. Daté du 25 mai 2026, sous le numéro 2026-1283/PG/DLA, le réquisitoire du Ministère public près la Chambre d'arbitrage de la Cour d'Appel du Littoral est un camouflet magistral pour la Direction générale d'Orange Cameroun et son conseil, Me Charles Olivier Boum Bissai. Là où la multinationale, drapée dans sa suffisance habituelle, tentait de faire croire à la terre entière que les textes invoqués par les employés n'étaient pas applicables, le Parquet Général a tranché net. L'action du SYNTIC est déclarée non seulement recevable en la forme, mais totalement fondée au fond. En clair : la justice camerounaise demande à Orange Cameroun SA de plier l'échine et de respecter scrupuleusement les stipulations de la convention collective qu’elle foule aux pieds depuis des lustres. Pour comprendre la genèse de ce hold-up en bande organisée, il faut remonter à la création même du Syndicat National Autonome des Travailleurs des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (SYNTIC). Nés des cendres des radiations arbitraires du Syndicat Nationale de la communiction (SYNACOM), les salariés d'Orange Cameroun ont décidé de prendre leur destin en main en faisant légaliser leur syndicat le 9 avril 2013, sous la bénédiction et les conseils du regretté Camarade Louis Sombès, alors Président Confédéral de la CSAC. Une légalisation acquise au forceps, conformément aux Conventions internationales N°87 et 98 de l'Organisation Internationale du Travail (OIT).
Le dilatoire comme stratégie de survie
Dès cet instant, le Président national du syndicat, Koungou Ndengué Corneille, adossé à l’expertise de fer du redoutable Me Augustin Nguefack, va actionner tous les leviers du dialogue social interne. Mais face à eux se dresse un mur d'arrogance. Une surdité managériale qui va pousser le syndicat à appeler à la rescousse le Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale (MINTSS), Grégoire Owona, dès le 14 février 2017. Ce que les archives de ce conflit social révèlent est une insulte permanente aux institutions de la République. En juillet 2017, alors que le Directeur des Relations Professionnelles du MINTSS convoque une réunion cruciale pour mettre en place un comité ad-hoc afin de régler ce contentieux, le fauteuil du CEO d'Orange Cameroun reste désespérément vide. Ni Directeur général, ni représentant. À la place, un message désobligeant et méprisant du patron de la filiale est lu aux syndicalistes stupéfaits. Scandalisé par cette attitude de flibustier, le SYNTIC saisit d'abord Stéphane Richard, alors patron du Groupe Orange à Paris, avant d'adresser un mémorandum au Président de la République du Cameroun, S.E. Paul BIYA, alors en séjour à New York pour l’Assemblée Générale de l’ONU. L'intervention d'Etoudi ne se fait pas attendre : sur très hautes instructions du Chef de l'État, le Ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République écrit au MINTSS pour sommer Orange de réparer le préjudice causé. Résultat ? Une fin de non-recevoir. Orange refuse de s'exécuter.
« Monsieur le Directeur Général, votre gouvernance au Cameroun ne saurait s’affranchir des lois de la République qui vous accueille. En choisissant systématiquement le mépris du dialogue social, le dilatoire face aux inspections du travail, et en feignant l'indisponibilité lors des descentes de justice ordonnées par nos magistrats, vous posez un acte de défiance inacceptable. Ce ne sont pas des faveurs que les travailleurs réclament, mais le paiement intégral de leurs droits spoliés. L'époque où une multinationale pouvait traiter les cadres et ouvriers camerounais comme les sujets d'un comptoir colonial est définitivement révolue. Vous répondrez de cette tricherie comptable devant le Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo. » Cette déclaration de guerre juridique, portée par la citation directe du SYNTIC, cible directement le boss de la filiale camerounaise, Patrick Benon. Car le cœur du litige donne le tournis : depuis 2010, Orange Cameroun s’est illustrée dans une gymnastique comptable frauduleuse. Au lieu de calculer la prime d'ancienneté (4% du salaire de base après deux ans, puis 2% par an) sur le salaire réel de chaque employé, la firme française a préféré tricher en s'appuyant sur l'échelon salarial le plus bas de sa grille. Un hold-up social estimé à plus de 3 milliards de FCFA de préjudice pour 157 anciens salariés. Bien qu'Orange ait admis du bout des lèvres une « erreur d'appréciation » en 2017 avec un semblant de rappel partiel, le compte n'y est pas.

La descente aux enfers des machines comptables
Face à ce refus d'obtempérer, le Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo passe à la vitesse supérieure en engageant une procédure correctionnelle pour des motifs qui font froid dans le dos : abus de confiance spéciaux, entrave à la liberté du travail, coaction d’escroquerie et rétention sans droit de la chose d’autrui. Pour faire éclater la vérité, le tribunal a rendu un Avant-Dire-Droit (ADD) ordonnant un transport judiciaire. Le but ? Envoyer les magistrats et les experts fouiller directement dans « l’état des machines des comptables » au siège de l’entreprise, boulevard de la Liberté à Akwa. C'est ici que le vaudeville juridique prend des allures de déroute pour la multinationale. Prévue initialement en janvier, puis repoussée de renvoi en renvoi, cette perquisition comptable devait se tenir un mardi, jour traditionnel du Comité de Direction (CODIR). Lorsque les magistrats se présentent au siège d'Orange Cameroun, ils se heurtent à une indifférence totale, teintée de panique. Dans une correspondance désespérée du cabinet SCP Ngoulla Fotso & Associés, les avocats d'Orange ont supplié le Président du tribunal de reporter l'échéance, prétextant une « indisponibilité des responsables », subitement appelés hors de Douala. Une énième esquive qui démontre la peur panique de voir les experts poser les yeux sur les serveurs et les bilans cachés.
Cette politique des deux poids, deux mesures suinte la condescendance néocoloniale. Pendant que la maison-mère à Paris distribue généreusement des primes de partage de la valeur allant de 1 000 à 1 400 euros (près d'un million de FCFA) à ses salariés français, les collaborateurs africains sont priés de se contenter des miettes. Et ce, alors même que ce sont les filiales d'Afrique qui maintiennent le groupe à flot avec une croissance à deux chiffres. Les cris d'orfraies poussés par le Président français Emmanuel Macron sur le sentiment anti-français trouvent précisément leur origine dans ces frustrations accumulées. Le 16 juillet 2026, l'affaire a de nouveau été appelée au TPI de Douala. Fidèle à sa réputation, la défense a obtenu un renvoi au 17 septembre 2026 pour formuler ses observations sur le procès-verbal de transport judiciaire. Mais que Patrick Benon et ses conseils se le tiennent pour dit : le temps de l'omerta est terminé. Unis sous la devise du président Koungou Ndengué, « Unis, nous vaincrons. Divisés, nous mendions », les travailleurs du SYNTIC ne reculeront plus. La vérité scientifique des chiffres parlera, et ce jour-là, Orange devra payer jusqu'au dernier centime.
Mathieu Nathanaël NJOG



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