Deux Notaires tentent un hold-up judiciaire de 2,75 milliards de FCFA en bande organisée sur le dos des confrères retraités
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 3 jours
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Dernière mise à jour : il y a 1 jour
AFFAIRE SUCESSION SOPPO PRISO :
Plus de quinze ans après la mort du richissime homme d'affaires camerounais Paul Soppo Priso, l'ombre du scandale continue de planer sur un patrimoine colossal estimé à près de cent milliards de francs CFA. Mais ce qui s’apparente à une banale querelle d’héritage masque en réalité une vaste entreprise de spoliation d'une audace inouïe. Entre usurpation d’identité d'officiers ministériels à la retraite, manœuvres frauduleuses et prétentions financières astronomiques s'élevant à plus de 2,75 milliards de FCFA, la succession du magnat doualais est devenue le théâtre d'un naufrage éthique où le droit sert de paravent à la cupidité. Plongée au cœur d’une machination judiciaire qui éclabousse le monde judiciaire du Littoral.

Légende : Des Notaires à une cérémonie funéraire de l'un des leurs
Au Cameroun, la mort des grands hommes s'accompagne rarement du repos de leur âme. Elle marque plutôt le coup d'envoi d'une curée impitoyable où se croisent requins de la finance, auxiliaires de justice sans scrupules et réseaux d'influence tapis dans l'ombre. L'affaire de la succession de Paul Soppo Priso, monument de l'économie camerounaise, ne déroge pas à cette triste règle. Elle pousse même le vice jusqu'à repousser les frontières de l'indécence juridique. Tout commence le 21 avril 2026. Ce jour-là, un acte d'huissier est signifié aux cohéritiers du patriarche. L'objet ? Une assignation en paiement délivrée par Me Benjamin Longue Mouloko, à la requête de Mes Edmond Kwedi Ekambi et Ovoundi Maximilienne, agissant respectivement en qualité de notaires liquidateurs de la 20ème et de la 4ème charge du Tribunal de Première Instance de Douala. L'addition présentée aux ayants droit est salée, presque surréaliste : 2 752 272 220 francs CFA au titre d'émoluments réactualisés. Pour légitimer ce pactole, le tandem de notaires liquidateurs s'appuie sur un arrêté du Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Laurent Esso, daté de mai 2017, les désignant pour solder les comptes des études de Me Befolo Balbine (épouse Wo'o) et de la SCP Etoke Joël-Etoke et Etoke Marie Claude, les deux premiers admis à faire valoir leurs droits à la retraite, alors Marie Claude est décédée. S'improvisant créanciers d'une cause résolue depuis plus d'une décennie, ils ont entrepris de recalculer l'entièreté des émoluments sur la base de la valeur actuelle du patrimoine immobilier et mobilier de la succession, arbitrairement évalué à plus de 84 milliards de francs CFA.
Mais derrière cette arithmétique gourmande et ces références pompeuses au statut du notariat se cache une supercherie judiciaire redoutable : l'utilisation illégale et abusive du nom de notaires retraités pour dépouiller en toute impunité les ayants droit. Pour bien comprendre l'ampleur de la manipulation, il faut remonter le fil d'un feuilleton judiciaire minutieusement documenté. C'est en novembre 2010 que la Cour d'appel du Littoral confie la liquidation de la succession Soppo Priso à un collège formé de la SCP Etoke, de Me Befolo Balbine et de l'expert-comptable Jean Marc Bell Bell. Pendant des mois, ces professionnels accomplissent leur mission : inventaire, évaluation, perception des revenus et rédaction du projet de partage. Le travail est colossal, mais il arrive à son terme. Le 20 janvier 2012, la Cour d'appel du Littoral homologue le « projet de partage n°4 ». Cette décision fera l'objet d'un interminable marathon judiciaire jusqu'à son verrouillage définitif par un arrêt de la Cour suprême du Cameroun le 5 novembre 2020. À cette date précise, la mission de la SCP Etoke et de Me Befolo est juridiquement éteinte. Mieux encore : de leur vivant et avant leur départ à la retraite, les notaires titulaires avaient arrêté la note de leurs honoraires en accord avec la famille, pour des montants infiniment inférieurs aux chiffres fantasmagoriques avancés aujourd'hui. Ces honoraires avaient été liquidés conformément aux règles de l'art. Dès lors, quelle est cette magie noire juridique qui permet à des notaires liquidateurs d'offices, venus uniquement pour traiter les affaires courantes et fermer les registres d'une étude de réactiver un dossier clos, de ressusciter des prétentions éteintes et d'utiliser la signature, l'aura et le nom d'anciens notaires pour réclamer une fortune ?

Légende : Le miliardaire Paul Soppo Priso de son vivant
L'ombre de la spoliation et le grand silence des instances
En traînant les héritiers Soppo Priso devant le Tribunal de Grande Instance du Wouri le 13 juillet 2026, Mes Kwedi Ekambi et Ovoundi Maximilienne n'exécutent pas un devoir de charge. Ils opèrent une tentative de braquage légal. En utilisant le nom et le titre de leurs prédécesseurs sans droit ni titre pour des actes accomplis et validés par des décisions de justice souveraines, ils franchissent la ligne rouge qui sépare le droit d'auteur professionnel de la tentative d'escroquerie au jugement. Comment peut-on exiger un pourcentage sur la réévaluation immobilière d'un patrimoine en 2026 pour un travail d'inventaire achevé et homologué en 2012 ? C'est le triomphe de l'absurde. C'est surtout une insulte à la mémoire du défunt Paul Soppo Priso et une brimade intolérable infligée à ses ayants droit, réduits à devoir se défendre perpétuellement contre les appétits voraces de la faune judiciaire locale. Les héritiers dénoncent avec véhémence cette facture « exorbitante » et prédictive, élaborée sur le dos d'officiers ministériels retraités qui n'ont jamais sollicité un tel scandale. La question de fond pose un précédent terrifiant pour le monde des affaires et le droit des successions au Cameroun : un notaire successeur ou liquidateur d'étude a-t-il le droit de braquer un dossier patrimonial déjà jugé pour s'engraisser sur le dos des familles ?
L'affaire qui s'ouvre devant le Tribunal de Grande Instance du Wouri dépasse le simple cadre de la succession Soppo Priso. Elle met à nu les failles, les dérives et parfois la complicité passive d'un système où la robe noire sert trop souvent d'armure à des pillages en règle.Si la justice cède face à cette manœuvre grossière, elle ouvrira la boîte de Pandore. N'importe quel liquidateur d'étude pourra désormais exhumer des dossiers d'il y a vingt ans, utiliser le nom de notaires décédés ou à la retraite, réévaluer les biens à la hausse et envoyer des traites milliardaires aux familles endeuillées. En attendant le délibéré des juges de Douala, la succession Paul Soppo Priso demeure le symbole sanglant d'un Cameroun où les morts ne reposent jamais en paix tant qu'il reste un franc CFA à gratter dans les coffres-forts des familles. La justice honorera-t-elle le Droit, ou entérinera-t-elle l'un des plus grands hold-up notariaux de la décennie ? Le peuple, lui, regarde. Et il n'est plus dupe.
Mathieu Nathanaël NJOG



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