Entre l’épreuve des chiffres et l’idéal d’intégration, la Commission met le cap sur 2027-2030
- Mathieu Nathanael NJOG

- il y a 3 jours
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COMMISSION CEMAC
Malabo, la capitale équato-guinéenne, a servi de théâtre, du 22 au 26 juin 2026, à un grand remue-méninge institutionnel. Réunis dans les travées du Parlement communautaire, les cadres de la Commission de la CEMAC se sont livrés à l'exercice, aussi périlleux que crucial, de la planification stratégique. Objectif : accoucher du premier draft du Plan Stratégique 2027-2030. Derrière les envolées lyriques sur la « prospérité partagée », l’institution sous-régionale joue sa crédibilité économique face à des populations fatiguées d’attendre les dividendes d’une intégration qui tarde à s’imprimer dans leur quotidien.

Planifier en zone CEMAC relève parfois de la haute voltige ou, au pire, d'un rituel bureaucratique sans lendemain. Pourtant, à observer la grand-messe qui s'est tenue à Malabo au cours de la dernière semaine de juin 2026, on serait tenté de croire qu’un vent de modernité administrative souffle enfin sur les bords du golfe de Guinée. Sous la supervision rigoureuse de Charles de Assamba Ongodo, Vice-Président de la Commission de la CEMAC, l’institution s’est attelée à poser les jalons de sa gouvernance pour la période 2027-2030. Un exercice qualifié à juste titre par les observateurs de « tournant technique », mais qui cache mal l’immensité des défis structurels d'une zone en quête permanente de repères économiques. Pour encadrer scientifiquement ces travaux d’envergure et éviter le piège des rapports tiroirs, la Commission n’a pas lésiné sur les moyens techniques. Elle a jeté son dévolu sur une figure bien connue de l'ingénierie managériale en Afrique centrale : le Pr Viviane Ondoua Biwolé. Invitée en qualité de consultante senior, cette universitaire réputée pour sa rigueur méthodologique a conduit l’exercice d’une main de maître. Dès le lundi 22 juin, la première journée a donné le ton : pas de place pour le tourisme institutionnel. Les participants ont été immédiatement plongés dans un examen critique et approfondi des textes fondamentaux de la Communauté. Du Traité révisé au Programme de Réformes Économiques et Financières (PREF CEMAC), en passant par le Programme Économique Régional (PER), tout le corpus doctrinal a été passé au scanner.
Le logiciel du Pr. Marie Vivaine Ondoua Biwolé sollicité
L’enjeu ? Confronter les ambitions de l’institution à la dure réalité de l’esquisse diagnostique de la sous-région. Les cadres ont dû plancher sur la redéfinition des missions et surtout sur la formulation de visions prospectives audacieuses à l’horizon 2030 et 2050. Autant dire que le tableau noir de Malabo a failli surchauffer. Lors de la séance inaugurale, Charles Assamba Ongodo a tenu à clarifier le sens de cette démarche. Pour le Vice-Président de la Commission, l’élaboration de ce document préliminaire ne saurait se réduire à « un exercice simple de planification ». Dans un élan discursif qui tranche avec la tiédeur habituelle des diplomates communautaires, il a martelé : « C’est l’affirmation d’une volonté, celle de transformer notre sous-région en un espace de prospérité partagée, de stabilité et de souveraineté autour de l’idéal d’intégration économique. » Cette déclaration résonne comme un aveu de la nécessité d'un sursaut. La souveraineté économique et la stabilité, dans une sous-région secouée par des chocs exogènes récurrents et des déséquilibres macroéconomiques persistants, ne se décrètent pas : elles se planifient avec méthode. Les cinq jours d’intenses négociations techniques ont ainsi permis de dégager cinq axes prioritaires jugés névralgiques pour l’avenir des six États membres. Ces piliers vont de l’intégration économique pure et dure (libre circulation, harmonisation douanière) à la gouvernance institutionnelle interne, en passant par les leviers de la croissance durable.

légende : Charles de Assamba Ongodo, Vice-Président de la Commission de la CEMAC
La grande nouveauté managériale réside ici dans la conception de matrices opérationnelles répondant aux critères SMART (Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalistes et Temporellement définis). Une terminologie moderne qui oblige désormais chaque Direction technique à sortir de l’amateurisme pour s'arrimer aux standards internationaux de la gestion axée sur les résultats. Mais le plus dur reste à venir. L'adoption d'un projet de chronogramme qualifié de « réaliste » par les participants met la Commission sous une pression de montre suisse. Selon la feuille de route adoptée à Malabo, les équipes n'ont que jusqu’à la mi-il-juillet 2026 pour consolider le diagnostic global et intégrer de manière harmonieuse les contributions de toutes les structures techniques sectorielles. L’étape suivante, fixée pour la fin du mois d'août 2026, verra la tenue d'un grand atelier de validation technique et budgétaire. C'est à ce moment précis que le Plan stratégique se frottera à la réalité sonnante et trébuchante des finances. Il s'agira de jeter les bases concrètes de la mise en route du budget-programme. Pour les initiés des finances publiques, le passage d'un budget de moyens à un budget-programme au sein d’une institution communautaire s'apparente à une révolution culturelle. Cela suppose que chaque franc injecté par les contribuables de la Communauté devra être directement adossé à un indicateur de performance vérifiable sur le terrain. Une fois ce verrou technique et budgétaire levé, s'ouvrira la phase politique, celle de la validation formelle.
Le défi de la matérialisation
Le texte devra successivement passer sous les fourches caudines du Collège des Commissaires, du Comité Inter-État et, enfin, recevoir l'onction suprême du Conseil des Ministres de l'Union Économique de l'Afrique Centrale (UEAC). Un parcours du combattant politique où les intérêts égoïstes des micro-États l'emportent trop souvent sur la vision communautaire. À l’heure des bilans, lors de la cérémonie de clôture, le Vice-Président Charles de Assamba Ongodo n’a pas caché sa satisfaction devant la qualité de la copie rendue par ses cadres. Félicitant chaleureusement les participants pour des résultats jugés à la hauteur des grandes ambitions régionales, il a souligné avec force que l’obtention de ce premier projet de Plan Stratégique 2027-2030, flanqué de sa feuille de route, constitue une réussite majeure. L’institution dispose désormais, selon lui, d’un outil moderne et performant pour guider ses choix futurs. Tout en exhortant ses troupes à maintenir cette dynamique de travail sans baisse de régime, le Vice-Président a réaffirmé l'engagement indéfectible de la Commission à poursuivre ces efforts managériaux. La finalité ultime, a-t-il rappelé, reste de répondre pleinement et sans fausse note aux attentes légitimes des populations de la Communauté.
Le diagnostic est posé, la feuille de route est tracée, et l'expertise universitaire a validé la cohérence du modèle. Reste une question de fond, celle qui taraude l'esprit de tout analyste averti des dynamiques de l'Afrique centrale : ce Plan stratégique 2027-2030 parviendra-t-il à briser le plafond de verre de l'inertie administrative qui caractérise si souvent la sous-région ? Entre les intentions louables formulées sous les lambris dorés du Parlement communautaire à Malabo et la réalité économique des marchés de Yaoundé, de Bangui ou de Libreville, le fossé demeure immense. Pour que ce plan ne devienne pas un document de plus dans les archives poussiéreuses de l’intégration, la Commission de la CEMAC devra faire preuve d'un courage politique exceptionnel et d'une rigueur de gestion de tous les instants. Les populations de la zone CEMAC, fatiguées des promesses de prospérité sur papier glacé, regardent désormais leurs dirigeants au millimètre près. Le compte à rebours vers 2027 est lancé.
Mathieu Nathanaël NJOG



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