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La BEAC lâche du lest, mais les PME en bénéficieront-elles pour stimuler les investissements ?

TAUX DIRECTEURS

Les salons feutrés des services centraux de la Banque des États de l’Afrique Centrale ont vibré ce lundi 29 juin 2026. Autour de la table, le Comité de Politique Monétaire, avec à sa tête le Gouverneur Yvon Sana Bangui, a rendu sa copie pour la deuxième session ordinaire de l’année. Verdict ? La banque centrale a décidé de desserrer (enfin) le cordon de la bourse. Une baisse générale des taux directeurs qui sonne comme un ouf de soulagement pour les banques de la CEMAC. Mais attention à l'effet d'annonce : entre la théorie des grands argentiers et la réalité du débrouillard de Marché Central, le fossé reste abyssal.




C'est ce qu’on appelle un virage à 180 degrés. Après des mois passés à serrer la vis pour « éponger la liquidité bancaire » et traquer la moindre velléité inflationniste, la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) change son fusil d’épaule. Les clignotants macroéconomiques de la sous-région seraient passés au vert. Selon le flou artistique habituel des communiqués officiels, l’inflation est désormais « maîtrisée », les réserves de change affichent une santé de fer et la position extérieure de la CEMAC a repris du poil de la bête. Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes possibles selon les tableurs Excel de Yaoundé. Grisé par cette accalmie, le Comité de Politique Monétaire (CPM), a donc sorti la hache pour tailler dans ses taux. Le Taux d’Intérêt des Appels d’Offres (TIAO), le fameux baromètre qui dicte le prix auquel la BEAC prête de l'argent aux banques commerciales – passe de 4,75 % à 4,50 %. Mieux encore, le taux de la facilité de prêt marginal s’effondre de 6,25 % à 5,75 %, tandis que les coefficients des réserves obligatoires subissent eux aussi une cure d'amaigrissement. Seul le taux de la facilité de dépôt reste scotché à 0,00 %, histoire de décourager les banques de laisser dormir leur argent dans les coffres de la banque centrale.

 

Le champagne coule dans les banques…

À l'évidence, cette décision a fait sauter les bouchons de champagne dans les sièges rutilants des banques commerciales de Douala à Malabo. Pour nos banquiers, c’est Noël avant l’heure : le coût de leur refinancement baisse d'un coup. Traduction en français facile : l’argent frais va leur coûter moins cher à aller chercher chez le Grand Tuteur de l’Avenue Monseigneur Vogt. Le marché monétaire devient plus fluide, plus attractif, plus « souple ». Sur le papier, la mécanique économique est belle comme un camion neuf. Quand la banque centrale baisse ses taux, les banques commerciales sont censées répercuter cette baisse sur leurs clients en accordant des crédits moins chers. Cela stimule l’investissement, dope la consommation, et la croissance repart de plus belle. Voilà pour la théorie des manuels de macroéconomie de Sciences Po. C’est ici que le bât blesse et que le journalisme de terrain reprend ses droits. Car la vraie question, celle qui hante les nuits des promoteurs de startups à Bastos ou des patrons de PME à Akwa, reste entière : cette générosité de la BEAC va-t-elle traverser les guichets blindés de nos banques locales ?



…Mais les PME boiront-elles la tasse ?

Soyons sérieux un instant. Au Cameroun et dans le reste de la zone CEMAC, le principal frein au crédit pour les petits entrepreneurs n’a jamais été uniquement le niveau des taux de la BEAC. Le problème structurel, c'est la frilosité maladive de nos institutions financières face au risque. Pour une PME locale ou une jeune pousse innovante, obtenir un prêt relève encore du parcours du combattant, exigeant des garanties hypothécaires dignes d'un émirat pétrolier. Les banques commerciales vont voir leurs marges s’élargir grâce à Yvon Sana Bangui. Mais vont-elles pour autant ouvrir les vannes du crédit aux ménages et au tissu économique réel ? Rien n'est moins sûr. Il y a fort à parier que cet argent bon marché serve d’abord à financer les bons du Trésor des États de la sous-région. Un placement sans risque et hautement rémunérateur, plutôt qu'à financer le soudeur du coin ou la startup technologique qui tente de survivre. L’assouplissement de la BEAC est une condition nécessaire, certes, mais largement insuffisante. Tant que le mécanisme de transmission du crédit restera grippé par le manque de mécanismes de garantie publique et par une méfiance culturelle envers le secteur privé local, les décisions du CPM ne seront que de la poésie pour technocrates. Monsieur le Gouverneur a fait sa part du travail. Aux banques de prouver qu’elles ne sont pas de simples tiroirs-caisses, mais de véritables moteurs de l’économie réelle. On regarde, et on attend de voir les premiers bilans.



Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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