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Entre politesse institutionnelle, larmes de crocodile et l’impérieux devoir de sanction de l’APN

COLLISION DE NAVIRES

En prélude à la descente du Ministre des Transports au port de Douala-Bonaberi annoncée pour le lundi 20 juillet, pour évaluer la situation du violent abordage qui a paralysé le chenal d'accès dans la nuit du 11 au 12 juillet, Willie Tsanga Mba, Directeur Général de l’Autorité Portuaire Nationale (APN), est allé le 17 juillet 2026 « exprimer la solidarité de l'institution ». Une sémantique douceureuse qui cache mal le malaise profond d'une tutelle technique prompte à compatir là où la République attend des actes de rigueur, des audits sans concession et des têtes qui tombent. Décryptage d'une comédie de cour sur fond de péril économique.

Dans les salons feutrés et climatisés de la Direction générale du Port Autonome de Douala (PAD), l'heure était aux embrassades administratives et aux sourires de convenance ce vendredi 17 juillet 2026. Cette visite du Directeur Général Willie Tsanga Mba, de l’Autorité Portuaire Nationale (APN) avait lieu moins d'une semaine après l’accident incompréhensible de deux navires qui a paralysé le chenal d'accès dans la nuit du 11 au 12 juillet. Cela dit, il y a quelque chose de profondément agaçant, pour ne pas dire d'indécent, dans la communication officielle qui entoure la gestion des catastrophes techniques dans notre pays. Lorsqu’au milieu de la nuit, à la bouée 21 de ce chenal d’accès si stratégique et si coûteux, le MV BLACK RHINO et le MV SEA HONOR se percutent de plein fouet, c’est l’artère pulmonaire de l’économie camerounaise et sous-régionale qui subit un infarctus. Mais à entendre les communiqués lénifiants qui ont sanctionné la visite de la délégation de l’APN, l'on croirait à une simple réunion de famille après un petit accrochage de quartier. « Solidarité », « satisfaction », « réactivité exemplaire »… Les superlatifs fleurissent sous la plume des scribes administratifs, comme pour anesthésier l’opinion publique et masquer l’essentiel : les failles béantes de la sécurité maritime à Douala. Disons-le clairement et sans fard : une instance de régulation et de tutelle technique comme l'Autorité Portuaire Nationale n'a pas vocation à se muer en association caritative ou en comité de soutien moral.

Voir le Directeur Général de l’APN, Willie Tsanga Mba, se déplacer à la tête d’une « délégation de haut rang » pour distribuer des satisfécits et de la compassion au Top Management du PAD via le Directeur Général Adjoint, Charles Michaux Moukoko Njoh, interroge sur la perception même des rôles régaliens. Que vaut la solidarité institutionnelle face à des pertes d’exploitation qui se chiffrent déjà en centaines de millions de francs CFA pour les armateurs et les opérateurs économiques bloqués ? En vérité, une tutelle ne vient pas compatir. Elle vient évaluer, elle vient fouiller, elle doit tirer les responsabilités et prendre les sanctions indispensables pour que la signature maritime du Cameroun ne soit pas décrédibilisée à l'international. Recevoir des couronnes de laurier de la part du régulateur avant même que l'enquête administrative et technique n'ait livré ses conclusions officielles relève d'une légèreté coupable. Le chenal n'est pas un salon de thé. Certes, le soulagement d'apprendre qu'aucune perte en vie humaine n'est à déplorer est légitime. Le sauvetage des équipages est un motif de satisfaction collective. Mais l'autosatisfaction précoce sur la « réactivité exemplaire des équipes » sous la coordination du Directeur Général du PAD relève d'une mise en scène grossière. En se précipitant pour encenser la gestion du port avant le terme des investigations réglementaires, l'APN fragilise sa propre posture d'arbitre impartial.



Une tutelle ne vient pas pleurer, elle vient juger


Comment cette même autorité pourra-t-elle, demain, rendre un rapport objectif et sans complaisance si son premier dirigeant a déjà validé, par sa présence rassurante et ses mots lisses, la « maîtrise parfaite » de la crise par les équipes locales ? Derrière les rideaux de fumée de la rhétorique officielle et de la diplomatie des couloirs, le petit monde portuaire de Douala bruisse de révélations et d’interrogations techniques légitimes que la Capitainerie tente tant bien que mal d’étouffer sous le boisseau de la technique. La rumeur publique, souvent bien informée dans les hangars et sur les quais, pose des questions d'une précision chirurgicale. Est-il vrai qu’un seul et unique pilote était programmé pour assurer simultanément la sortie du MV Sea Honor et l’entrée du MV Black Rhino ? Pourquoi le transbordement de ce pilote, initialement prévu à la bouée 16 selon les protocoles de fluidité et de sécurité standard, n’a-t-il pas eu lieu à cet endroit précis ? Comment se fait-il que l’impact se soit produit quatre bouées plus loin, au niveau critique de la bouée 21 ? Et surtout, question fondamentale : où se tournait précisément le regard et où se trouvait physiquement le pilote du PAD au moment du choc ? Était-il à bord du navire entrant, du navire sortant, ou confortablement installé à bord de la pilotine, laissant les commandants étrangers livrés à eux-mêmes dans les méandres sinueux du chenal de Douala-Bonabéri ?

À ces interrogations capitales qui touchent à l'organisation même du travail, aux plannings de garde et à la discipline interne de la Capitainerie, la réponse du PAD s'est voulue juridique et technique, mais elle peine à convaincre les observateurs avertis. On nous explique doctement que « les pilotes du Port Autonome de Douala ne prennent pas les commandes des navires » et qu’ils n’exercent qu’un rôle d’assistance. Une manière habile de se laver les mains, telle Ponce Pilate, en rejetant la faute exclusive sur une « avarie de barre » et une « perte de gouverne » du navire entrant. L’argument de la défaillance technique du navire étranger a le dos large. Même si cette avarie de barre est avérée, cela absout-il pour autant le dispositif de surveillance de la Capitainerie ? Où était la gestion prévisionnelle des trajectoires ? Pourquoi le système de gestion du trafic n'a-t-il pas anticipé la dérive d'un géant des mers en perdition dans un couloir aussi étroit ? Pour calmer la tempête médiatique naissante et rassurer des places financières inquiètes, la Direction Générale du PAD rassure sur les mesures prises qui ont permis la reprise fluide de la navigation dans le chénal et promet la diffusion imminente d’une vidéo retraçant le déroulement exact de l’incident, tel que capté en temps réel par le système radar de la Capitainerie. Cette transparence de dernière minute ressemble fort à une opération de diversion technologique. Une vidéo montre ce qui s'est passé de manière brute ; elle n'explique pas les décisions humaines, les retards de communication VHF ou les défaillances criardes de coordination qui ont précédé le drame. Le système radar est un outil de constatation froide, pas un bouclier d'impunité pour les cadres navigants.


Etablir les responsabilités et prendre les sanctions qui s’imposent


L’effervescence et la fébrilité actuelles constatées lors de cette visite du DG de l'APN s’expliquent également par un autre calendrier, beaucoup plus politique celui-là : la descente annoncée pour le lundi 20 juillet 2026 du Ministre des Transports en personne. Jean Ernest Masséna Ngallé Bibéhé ne vient pas à Douala pour badiner ni pour échanger des civilités. Connu pour ses colères administratives face aux manquements sécuritaires qui entachent l'image du Cameroun, le Ministre de tutelle portera le glaive de l'État. La visite précipitée du DG de l’APN ce vendredi sonne donc comme une tentative de déminage politique grossière, une manière de baliser le terrain, de refermer les brèches et de s'accorder sur une version commune et présentable avant que la foudre ministérielle ne s'abatte sur le tarmac portuaire. La résilience économique du Cameroun ne peut plus se satisfaire de cette gestion cosmétique des crises opérationnelles. Le port de Douala-Bonabéri est engagé dans une compétition féroce avec les autres places fortes du Golfe de Guinée. Chaque incident majeur dans le chenal est un signal négatif envoyé aux marchés internationaux, une prime d'assurance maritime qui grimpe pour la destination Cameroun, ou un navire de grande capacité détourné vers d’autres cieux plus sûrs. Nous n'avons plus le temps pour les visites de courtoisie et la complaisance corporatiste. Que l'APN assume enfin son rôle de gendarme sans état d'âme, que le Ministère de tutelle tranche dans le vif, et que la lumière, toute la lumière, soit faite sur le scandale de la bouée 21.

Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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