Fongod Edwin Nuvaga et Patrice Melom activent le « mode commando » pour doper l'exportation à Kribi
Dernière mise à jour : il y a 13 heures
COOPÉRATION DOUANES-PAK
Face à l'érosion des flux marchands et aux rigidités administratives qui coincent le commerce extérieur camerounais, la Direction Générale des Douanes et le Port Autonome de Kribi ont scellé, ce lundi 12 octobre 2026 à Yaoundé, une alliance stratégique d'urgence. En contournant l'attente d'une interconnexion informatique complète entre CAMCIS et le SIP, les deux Dire3cteurs généraux déploient un dispositif transitoire taillé sur mesure pour libérer les exportateurs nationaux et imposer la plateforme de Mboro comme le hub logistique incontournable du Golfe de Guinée.

Dans la salle de conférences de la Direction Générale des Douanes, ce lundi 12 octobre 2026, l’atmosphère ne prête guère aux politesses d'usage ni aux discours convenus. L'heure est à la vérité des chiffres, et le tableau dressé par les techniciens est sans équivoque : sur la plateforme portuaire de Kribi, la courbe des exportations ressemble à des montagnes russes. Depuis près de trois ans, les volumes enregistrés évoluent en dents de scie, accusant un essoufflement inquiétant. Plus grave encore, ce passage à vide touche directement le cœur palpitant du tissu productif national. Des fleurons de l'industrie agro-industrielle et minière solidement ancrés dans l'arrière-pays camerounais, à l'instar d'HEVECAM ou du groupe ACCC, voient leurs parts d'exportation s'éroder au fil des campagnes. Une véritable hérésie économique pour un pays en quête permanente de devises et de compétitivité. Pourtant, le mal n'est pas mystérieux. Le diagnostic posé sans complaisance par les experts pointe un goulot d’étranglement d’ordre procédural et technologique : l'absence troublante, jusqu'à ce jour, d'un pont informatique direct entre CAMCIS (Cameroon Customs Information System) et le SIP (Système d’Information Portuaire). En clair, le manque de dématérialisation et d'interconnexion entre ces deux mastodontes numériques pénalise les procédures d'embarquement direct, asphyxiant la fluidité marchande au quai.
L'urgence d'une passerelle transitoire
Face à ce constat qui bride la croissance nationale, il fallait un sursaut de leadership. Fongod Edwin Nuvaga, Directeur Général des Douanes, et Patrice Melom, Directeur Général du Port Autonome de Kribi (PAK), l'ont parfaitement compris. Refusant la posture confortable du confort institutionnel et le piège du « sous peu », les deux capitaines d'industrie administrative ont décidé de couper court aux pesanteurs bureaucratiques et aux longs délais de développement informatique. « On ne saurait suspendre le rythme de l'économie nationale au calendrier de déploiement des logiciels », laisse entendre la philosophie de cette réunion de crise. Sans attendre le paramétrage final de l'interconnexion numérique intégrale entre CAMCIS et le SIP, les deux Directeurs généraux ont acté la mise en œuvre immédiate d’un mécanisme d'exception. Un dispositif transitoire, pragmatique et entièrement sécurisé, conçu sur mesure pour rouvrir les vannes du terminal kribien et redonner de l'air aux grands comptes exportateurs. Cela prendra en compte : - Pour les Déclarations adossées aux certificats d'empotage : Simplification administrative. Émission de déclarations d'exportation simplifiées, directement couplées aux certificats d'empotage pour accélérer le traitement documentaire préalable. Pour l’Acheminement accéléré « Voie Verte » : Accès prioritaire pour les entreprises citoyennes. L’Achéminement express et prioritaire des marchandises du quai jusqu’au navire pour les opérateurs économiques exemplaires retenus par l'administration. Pour la Régularisation a posteriori : Sécurisation fiscale et douanière. Finalisation des formalités fiscales et douanières reportée après le départ du navire, sur la base de la consolidation exacte des manifestes de chargement.
Le chronogramme d'actions : cap sur l'intégration numérique totale
Il aura fallu à peine une heure et demi de négociations serrées et d'arbitrages techniques entre les états-majors conceptuels et opérationnels des deux entités pour accorder les violons. Mais loin de s'arrêter à une simple poignée de mains ou à une déclaration d'intentions, la rencontre s'est conclue par l'adoption d'un calendrier de travail d'une précision horlogère. (Voir tableau ci-dessus). En faisant sauter ces verrous procéduraux et en réduisant drastiquement le temps de passage des marchandises sur les quais de Kribi, l'alliance scellée entre la Direction Générale des Douanes et le Port Autonome de Kribi envoie un signal fort, clair et rassurer à la communauté des affaires. Au-delà de la simple mesure technique, c'est toute la doctrine de facilitation des échanges commerciaux du Cameroun qui se trouve réinventée sous le prisme de l'agilité et du partenariat public-public. Pour les investisseurs locaux et internationaux, la démonstration est faite : le Cameroun sait adapter sa régulation aux réalités du marché pour protéger sa compétitivité. Quant au Port Autonome de Kribi, cette petite révolution procédurale réaffirme avec éclat son ambition d'ancrage : devenir, plus que jamais, la porte d'entrée et de sortie moderne, fluide et incontournable de tout le Golfe de Guinée.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé et des Enjeux et Questions de Décentralisation
Le chronogramme
Échéance | Action stratégique & Opérationnelle | Portée institutionnelle |
Sous 10 à 15 jours | Constitution d'un Groupe de travail mixte (Douane - PAK - KCT) | Rédaction formelle des procédures opérationnelles standards (SOP). |
À court terme | Signature et publication d'une Note de Service sectorielle | Encadrement juridique stricte et sécurisation légale du dispositif transitoire. |
À moyen terme | Finalisation de l'interconnexion technique CAMCIS ↔ SIP | Automatisation intégrale et sans friction des demandes d’embarquement direct. |



.jpeg)
Commentaires