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Un terminal agro-industriel à 50 milliards de FCFA pour transformer la logistique équatoriale

il y a 1 jour
5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 12 heures

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 PORT EN EAU PROFONDE DE KRIBI

En signant un Mémorandum d’entente stratégique le 9 octobre 2026 avec le consortium Kribi Oil and Grain Terminal (KOGT S.A.) et le Groupe bancaire BGFIBank Cameroun, le Port Autonome de Kribi (PAK) franchit un palier décisif dans le déploiement de sa stratégie de diversification infrastructurelle. Ce projet de terminal agro-industriel de dernière génération, étalé sur plus de 9 hectares et doté de capacités de stockage gigantesques, ambitionne de restructurer en profondeur la chaîne de valeur agro-logistique du Cameroun et du bassin de la CEMAC. Analyse minutieuse d'une mutation stratégique qui conjugue souveraineté alimentaire, efficacité portuaire et attractivité économique.


Dans les annales du développement économique de l'Afrique centrale, l'accord paraphé ce 9 octobre 2026 dans la cité balnéaire de Kribi restera sans doute comme un moment de bascule conceptuelle. Longtemps perçu à travers le prisme de ses terminaux à conteneurs et de ses quais polyvalents, le Port Autonome de Kribi (PAK) s'affranchit des schémas conventionnels pour embrasser une ambition nouvelle : devenir le poumon logistique des flux agro-industriels régionaux. La signature du Mémorandum d’entente entre le PAK et la société Kribi Oil and Grain Terminal (KOGT S.A.) ne relève pas d'une simple formalité administrative, mais bien d'un changement de paradigme opérationnel. En intégrant la logistique des céréales, des oléagineux et des intrants agricoles au cœur de son complexe en eau profonde, la plateforme kribienne s'attaque à l'un des goulets d'étranglement majeurs des économies de la sous-région : la fragilité et la lenteur des circuits d'approvisionnement agro-alimentaires. L'enjeu est colossal. Il s'agit de bâtir de toutes pièces un écosystème moderne capable de recevoir, traiter, stocker et redistribuer d'immenses volumes de produits agricoles avec une prévisibilité et des standards de sécurité sanitaire irréprochables. Cette avancée majeure témoigne d'une vision prospective maîtrisée. Loin de se contenter de sa position naturelle privilégiée, la Direction générale du PAK poursuit sans relâche le maillage fonctionnel de sa zone arrière-portuaire. En matérialisant ce partenariat avec KOGT S.A., la plateforme réaffirme sa vocation première : servir de catalyseur à l'industrialisation nationale tout en sécurisant les approvisionnements stratégiques d'un marché hinterland en pleine expansion démographique et économique.


Les contours techniques d'un géant agro-logistique sur 9,20 hectares

Sur le plan de l'architecture industrielle, les chiffres dévoilés lors de la cérémonie de signature traduisent l'ampleur inédite des aménagements projetés. L'infrastructure sera érigée sur une emprise foncière dédiée de 9,20 hectares, rigoureusement cadastrée dans la zone industrielle du complexe portuaire. Au cœur du dispositif prendra place une batterie de 17 silos verticaux de haute technologie, offrant une capacité cumulée de stockage de 102 000 tonnes. Cet ouvrage imposant permettra une conservation optimale des grains et tourteaux, prémunissant les opérateurs contre les pertes post-récolte et les altérations hygrométriques fréquentes dans les zones tropicales. En complément de ces unités de stockage en vrac, le futur terminal agro-industriel sera doté de quatre entrepôts couverts de 5 000 m² chacun, soit une surface de stockage à plat globale de 20 000 m² réservée aux marchandises conditionnées et aux produits transformés. Pour garantir la conformité aux normes internationales les plus exigeantes, des laboratoires de contrôle qualité de pointe seront intégrés directement sur le site. Ils permettront d'effectuer des analyses phytosanitaires et physico-chimiques en temps réel, réduisant drastiquement les délais de passage en douane et d'enlèvement. L'accès direct aux tirants d'eau exceptionnels du port constitue la clef de voute de cet édifice. Grâce aux tirants d'eau atteignant jusqu'à 16 mètres, le terminal sera immédiatement connecté aux quais en eau profonde, rendant possible l'ostentation et l'accostage sans contrainte de marée de navires vraquiers de classe Panamax pouvant transporter jusqu'à 50 000 tonnes de marchandises. En parallèle, des voies de circulation routières dédiées et des zones de maintenance pour les flottes de camions viendront fluidifier la desserte terrestre, éliminant les encombrements récurrents observés dans d'autres espaces portuaires de la sous-région.


Fluidification des flux et synergie tripartie : le pari de la compétitivité

Au-delà de l'alignement impressionnant des capacités physiques, la véritable valeur ajoutée de la future plateforme réside dans l'optimisation globale de la chaîne logistique. Actuellement, le surcoût du fret et la lenteur des opérations de déchargement pèsent lourdement sur la structure des prix à la consommation dans les pays de la CEMAC. Le futur terminal apportera une réponse opérationnelle concrète à travers l'automatisation des cadences de déchargement et la mécanisation du transfert des quais vers les silos. Cette fluidité retrouvée garantira une rotation accélérée des navires à quai, minimisant les surestaries qui grèvent inutilement les trésoreries des importateurs et exportateurs. Pour le transport terrestre, la rationalisation des passages à niveau et la numérisation des procédures de chargement des camions permettront d'optimiser les rotations quotidiennes vers Douala, Yaoundé et les pays voisins (Tchad, République Centrafricaine). À la clé : une maîtrise drastique des coûts logistiques globaux et un gain significatif de compétitivité pour l'ensemble des acteurs de la filière agro-industrielle. Pour mener à bien ce chantier d'envergure, une alliance stratégique tripartite originale a été scellée. D'un côté, le Port Autonome de Kribi met à disposition son domaine foncier viabilisé, ses tirants d'eau exceptionnels et son expertise d'autorité portuaire. De l'autre, le consortium KOGT S.A. rassemble un savoir-faire technologique et commercial de premier ordre, combinant l'agilité d'entreprises camerounaises, l'expertise d'ingénierie suisse et la maîtrise opérationnelle de partenaires turcs spécialisés dans le stockage et la manutention des vracs. Enfin, l'institution BGFIBank Cameroun joue le rôle de chef d'orchestre financier, assurant la structuration bancaire et la mobilisation des capitaux nécessaires à la réalisation de l'investissement. Le coût global prévisionnel du projet de terminal agro-industriel du Port Autonome de Kribi s'élève à 50 milliards de FCFA.  La structure du schéma de financement repose sur 20% de fonds propres soit 10 milliards de FCFA apportés par le consortium Kribi Oil and Grain Terminal (KOGT S.A.), et 80% du financements bancaires et de bailleurs de fonds soit 40 milliards de FCFA.

 

Impact socio-économique et projection vers l'horizon 2029

L'impact de ce terminal agro-industriel ne se mesurera pas uniquement à l'aune des tonnes de vrac manutentionnées, mais également par son empreinte socio-économique directe sur le bassin d'emploi local et national. Selon les projections prospectives du projet, la phase de construction, prévue pour démarrer en 2027, nécessitera la mobilisation de 600 à 800 ouvriers, techniciens et ingénieurs. Cette montée en charge des travaux d'infrastructure constituera une aubaine pour l'emploi des jeunes dans la région de l'Océan. Une fois la mise en service effective actée à l'horizon 2029, l'exploitation permanente du terminal générera environ 200 emplois directs à forte qualification technique (gestionnaires de silos, techniciens de laboratoire, conducteurs d'engins spécialisés, logisticiens). À ces postes directs s'ajouteront plusieurs milliers d'emplois indirects dans les secteurs de la sous-traitance mécanique, du transport routier, du gardiennage, de la restauration et des services aux entreprises. C'est tout un tissu économique périphérique qui se trouvera ainsi dynamisé par l'effet d'entraînement du terminal. Toutefois, le respect de ce calendrier prévisionnel reste subordonné à l'aboutissement rigoureux des procédures administratives, des études d'impact environnemental et social, ainsi qu'à la finalisation du closing financier global. Si la trajectoire est respectée, le Port de Kribi ne se contentera pas de compléter sa palette de services : il s'imposera définitivement comme la plaque tournante agro-logistique immanquable du golfe de Guinée, au service de la transformation structurelle de l'économie camerounaise.

Mathieu Nathanaël NJOG

Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé et des Enjeux et Questions Economiques

 

Résumé des caractéristiques du projet de Terminal Agro-industriel

Indicateur / Composante

Caractéristiques & Spécifications

Emprise foncière

9,20 hectares au sein du domaine portuaire du PAK

Capacité de stockage vrac

102 000 tonnes réparties sur 17 silos haute technologie

Stockage sous entrepôts

20 000 m² (4 entrepôts modulaires de 5 000 m² chacun)

Accueil maritime

Navires vraquiers jusqu'à 50 000 tonnes (Panamax)

Acteurs clés du projet

PAK (Foncier/Infrastructures), KOGT S.A. (Industriel), BGFIBank (Finance)

Création d'emplois

600 à 800 en construction / ~200 en phase d'exploitation directe

Calendrier prévisionnel

Démarrage des travaux en 2027 — Mise en service visée en 2029

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