L’Afrique des chargeurs fait escale à Douala : entre mutations cruciales et défis logistiques
- Mathieu Nathanaël Njog
- 13 juil.
- 5 min de lecture

UNION DES CONSEILS DES CHARGEURS AFRICAINS
Il y a des rendez-vous qui, par la seule force de leur ordre du jour, dessinent les contours de l’économie continentale de demain. Douala, la métropole économique camerounaise, réputée pour sa ferveur portuaire et son rôle de pivot logistique dans la sous-région Afrique Centrale, est devenue, les 8 et 9 juillet 2026, la capitale de l’Afrique des chargeurs. L’Union des Conseils des Chargeurs Africains (UCCA), institution faîtière dont le siège trône fièrement au bord du fleuve Wouri, y a tenu la session ordinaire de son Comité Directeur.
Dans les couloirs feutrés des assises, l’ambiance est à la fois solennelle et industrieuse. Quinze conseils de chargeurs africains ont répondu à l’appel du Secrétariat Général de l’UCCA, agissant en parfaite synergie avec le Conseil National des Chargeurs du Cameroun (CNCC S.A). Ce ne sont pas moins de huit Directeurs Généraux et une soixantaine de délégués qui ont bravé les contingences agendas pour marquer de leur empreinte ces deux jours de débats intenses. Une mobilisation record qui, s’il en était encore besoin, confirme l’extrême acuité des problématiques qui étranglent actuellement le commerce intra-africain et international. L’hôte de ces assises, Auguste Mbappe Penda, Directeur Général du CNCC S.A et Trésorier statutaire de l’UCCA, a ouvert le bal des allocutions par de chaleureux mots de bienvenue. Homme de dossiers, fin connaisseur des arcanes du transit et de la facilitation logistique, il a rappelé l’honneur pour le Cameroun d’abriter une telle instance de concertation, au moment où les chargeurs du continent ont plus que jamais besoin de repères et de stratégies communes.
Le ton de la gravité a été donné par le Dr Dominique Candide Fabrice Koumou Boulas, Président en exercice de l’UCCA et Directeur Général du Conseil Congolais des Chargeurs (CCC). Sans fioritures, avec le verbe haut et précis qui caractérise les grands commis du secteur, il a planté le décor d’une conjoncture internationale peu amène : « Ces travaux se tiennent dans un contexte économique mondial où le secteur maritime est marqué par de nombreuses crises », a-t-il martelé. Le diagnostic est sans appel : de la volatilité des marchés aux tensions géopolitiques qui perturbent les grandes routes maritimes mondiales, l’Afrique subit de plein fouet les contrecoups d’une mondialisation en crise. Pour les économies africaines, la facture est salée. C’est donc tout naturellement que le Comité Directeur a mis sur la table les sujets qui fâchent, mais qui s’avèrent vitaux pour la survie des opérateurs économiques : les coûts exorbitants et les délais de passage portuaire des marchandises. En Afrique, le temps c’est de l’argent, et les lenteurs administratives ou infrastructurelles se traduisent immédiatement par une perte de compétitivité sur les marchés mondiaux.

Un ciel maritime mondial lourd de menaces
Les participants se sont longuement penchés sur l’impact délétère des taux de fret et des surcharges diverses imposées par les armateurs multinationaux sur le commerce international en Afrique. Face à ce que certains opérateurs qualifient parfois d'asymétrie tarifaire, l’UCCA tente d’opposer le bouclier de l’harmonisation, notamment à travers le Bordereau de suivi de cargaison (BSC). Véritable outil de souveraineté économique et de traçabilité, l’unification des standards du BSC reste l'un des chantiers prioritaires de l’Union pour rationaliser les flux et protéger les chargeurs africains. L’un des moments forts et particulièrement attendus de ce Comité Directeur aura été l’intervention d'Olivier Tshibola Mukuma, récemment porté à la tête de l'Office de Gestion du Fret Multimodal (OGEFREM) de la République Démocratique du Congo. Pour sa première grande apparition dans l’arène de l’UCCA sous cette casquette, le nouveau manager général a fait forte impression par son sens des réalités et sa rigueur républicaine.
Introduisant son propos, il a tenu à exprimer sa profonde gratitude envers le Président de la République Démocratique du Congo, S.E. Félix Antoine Tshisekedi, pour la confiance placée en sa personne à travers cette nomination stratégique. Réaffirmant l’engagement indéfectible de son institution au rayonnement de l’UCCA, Olivier Tshibola Mukuma s’est calé sur le terrain du pragmatisme opérationnel concernant un dossier chaud : l’organisation du Forum international de Kinshasa. Pour rappel, lors de la session de Lomé en novembre 2025, l’UCCA avait confié à la RDC la charge d'abriter ce forum crucial dédié à l’impact des taux de fret, des coûts portuaires et des surcharges sur le commerce africain. Un projet soutenu au plus haut sommet de l’État congolais. Cependant, la transition managériale à l’OGEFREM impose un temps de recalibrage.

Le cas Kinshasa et l’axe Douala-Kribi-Kinshasa se renforce
Avec une franchise saluée par ses pairs, le DG de l'OGEFREM a sollicité le report de l’événement : « Je sollicite que son organisation soit postposée afin de permettre aux organes dirigeants de l'OGEFREM de se concerter en synergie avec l'autorité gouvernementale ». L'objectif est clair : éviter l'improvisation et garantir une organisation irréprochable à la hauteur des enjeux continentaux. Faisant preuve d’un grand esprit chevaleresque et communautaire, il a précisé que si le calendrier de l’UCCA l'exigeait, l'OGEFREM ne ferait pas d'obstruction et accepterait que l'organisation soit cédée à un autre pays membre capable de relever le défi dès septembre 2026. Une posture de responsabilité qui démontre que l’intérêt supérieur des chargeurs africains prime sur les ego nationaux. Au-delà des séances plénières, la diplomatie des affaires logistiques a battu son plein dans les coulisses de Douala. En marge des travaux, le tête-à-tête entre Olivier Tshibola Mukuma et Auguste Mbappe Penda a accouché d’une annonce majeure pour l'intégration sous-régionale : la réinstallation prochaine de la représentation de l'OGEFREM à Douala.
Cette décision stratégique vise à assurer un suivi de proximité rigoureux du fret congolais en transit par le Cameroun. Mais l'ambition va plus loin. L’OGEFREM entend intégrer de manière active le développement du corridor de Kribi. Avec son port en eau profonde de dernière génération, Kribi s'impose désormais comme une alternative et un hub incontournable pour les pays de l'hinterland et les voisins d’Afrique Centrale, y compris pour la RDC qui y voit un levier d'accélération pour ses échanges commerciaux. Au terme de ces quarante-huit heures de réflexions intenses, le Comité Directeur de l’UCCA a également passé au crible sa gestion interne, évaluant la mise en œuvre des résolutions antérieures et peaufinant de nouvelles initiatives pour fluidifier le transport international des marchandises. À l'heure du bilan, la session de Douala aura démontré une chose essentielle : face aux tempêtes de l'économie mondiale, les Conseils des chargeurs africains ont choisi de ne pas naviguer à vue. Par la concertation, la recherche de l’harmonisation technique et le courage des arbitrages politiques, l’UCCA consolide ses fondations. Sous le ciel lourd de la métropole camerounaise, les bases d’une logistique africaine plus résiliente, plus unie et résolument tournée vers la maîtrise de ses propres flux économiques ont été posées. La suite s'écrira sur le terrain de l'action.
Mathieu Nathanaël NJOG



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