L'AG confirme la bonne santé financière, mais encore des efforts pour améliorer la notation internationale
- Mathieu Nathanael NJOG

- 25 juin
- 5 min de lecture
PORT AUTONOME DE KRIBI
L’atmosphère des grands jours régnait ce mercredi 24 juin 2026 dans les salons feutrés de Yaoundé. Sous la présidence rigoureuse de Gilbert Didier Edoa, l’Assemblée Générale Ordinaire du Port Autonome de Kribi s’est penchée sur les états financiers de l’exercice clos au 31 décembre 2025. Dans le Landerneau économique camerounais, où les effets d’annonce supplantent trop souvent les réalités comptables, le verdict des grands livres est tombé, implacable, limpide, irréfutable. Pour le navire amiral de l’économie littorale et sous-régionale, les voyants ne sont pas seulement au vert : ils étincellent.

À l’heure où les Cassandre prédisaient l’essoufflement, la plateforme portuaire en eaux profondes de Mboro administre une formidable leçon de management public. La meilleure communication du Port Autonome de Kribi (PAK), force est de le constater, n’est logée ni dans un slogan publicitaire opportuniste, ni dans de coûteuses campagnes d’affichage. Elle tient en un triptyque de chiffres vertigineux que les actionnaires ont validé avec une satisfaction non feinte : un chiffre d’affaires historique qui culmine à 38,96 milliards de FCFA, affichant une progression linéaire d’environ 10 % par rapport à l’exercice 2024, un total de bilan consolidé à 194,84 milliards de FCFA, et surtout, un résultat net qui franchit la barre symbolique des 4,01 milliards de FCFA, en hausse spectaculaire de 16 % sur un an. Lorsque les résultats atteignent de telles cimes, le bavardage institutionnel devient superficiel. Ces performances comptables ne tombent pas du ciel ; elles sont le produit d’une vision à long terme insufflée au sommet de l’État et traduite sur le terrain, avec une méthode quasi chirurgicale, par une Direction générale pilotée avec discrétion et exigence par Patrice Barthélémy Melom. Recevant le quitus total des actionnaires, le Top management prouve à suffisance qu'une entreprise publique camerounaise peut conjuguer performance commerciale, innovation technologique et solidité financière.
Il faut dire que l’année 2025 restera gravée dans les annales maritimes du pays comme celle de la consécration. Le PAK s’est officiellement hissé au rang de premier port à conteneurs du Cameroun, captant désormais 37,5 % du trafic conteneurisé national avec un traitement massif de 555 398 EVP (Équivalent Vingt Pieds), pour un tonnage global en forte hausse de 19 %, s'établissant à 12,7 millions de tonnes. Au-delà du prestige logistique, c'est le Trésor public qui s'en frotte les mains : la plateforme a contribué à la mobilisation d'un niveau record de près de 350 milliards de FCFA de droits de douane en 2025, portant le cumul des recettes douanières collectées depuis le démarrage des activités en 2018 à plus de 1 200 milliards de FCFA. Une manne providentielle pour le financement des politiques publiques de l'État. Derrière cette artillerie lourde de statistiques macroéconomiques et d'équipements de pointe, le génie du PAK réside dans son armée de l'ombre. Ce succès insolent est avant tout celui des femmes et des hommes qui habitent cette infrastructure au quotidien. Le management a su ancrer une véritable culture de l'excellence et de la rigueur, transformant la performance en habitude plutôt qu'en exploit isolé.

Le capital humain : le moteur invisible du mastodonte
Aujourd'hui, le complexe industrialo-portuaire est devenu un poumon social incontournable. Plus de 5 000 emplois directs ont été créés, mobilisant des expertises pointues dans les métiers portuaires, la manutention et la logistique. À cette base s'ajoutent plus de 5 000 emplois indirects injectés dans les secteurs du transport, du transit, de la sous-traitance et de l'économie locale. Le port ne se contente plus de voir passer des navires ; il insère la jeunesse, valorise les talents nationaux et structure de manière irréversible un bassin de compétences locales de premier ordre. Cependant, au PAK, les chiffres ne racontent pas le passé ; ils prédisent et annoncent l’avenir. Victime de son propre succès et face à une saturation précoce des espaces engendrée par la mise en service réussie de la Phase 2, la Direction générale ne s'endort pas sur ses lauriers. L'artillerie lourde sera de nouveau déployée dès juillet 2026 avec le lancement d’un plan d’urgence portant sur l'aménagement de 8 hectares de zones logistiques supplémentaires. Le vent reste résolument favorable et les voiles sont gonflées. Pour briser définitivement l'enclavement et asseoir sa vocation multimodale, les grands chantiers d'infrastructures s'accélèrent. Les travaux de la route devant relier Kribi au Sud et à l'Est du Cameroun, tout en ouvrant un corridor stratégique vers le nord du Congo et du Gabon, entrent dans leur phase active pour un délai d’environ 40 mois. Parallèlement, l'annonce de la voie ferrée Édéa – Kribi – Campo vient parachever cette ambition de connectivité totale.
À la lisière des quais, la KPIZ (Kribi Port Industrial Zone) prend corps pour devenir le moteur de l'industrialisation nationale. Pensée comme un écosystème intégré, elle attire déjà les investisseurs lourds. L’usine de production de bitume s'installe, la raffinerie CSTAR annonce ses premières opérations imminentes, tandis que le terminal hydrocarbures en partenariat avec la SCDP se dessine. Plus loin, le protocole d'accord signé avec le consortium CNPS, Bestway Finance et G-Stones ouvre la voie à un futur terminal minéralier d'envergure. Kribi a définitivement changé de dimension. Ce n'est plus seulement un port en eaux profondes ; c'est un pôle énergétique, industriel et commercial majeur appelé à reconfigurer durablement la dorsale économique de l'Afrique centrale. Face à l'Atlantique, le PAK démontre que lorsque la méthode s’allie à la vision, le succès n'est plus une option, mais une certitude géante. Les infrastructures sortent de terre, les projets se concrétisent, les résultats s'accumulent. Le silence, lui, est devenu une signature. Et l’avenir, une promesse déjà en construction. Le paradoxe saisissant qui agite les états-majors portuaires et les analystes économiques est la publication, depuis le 10 juin 2026, du Container Port Performance Index (CPPI) par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence.
Le paradoxe entre le bilan élogieux et la reconnaissance mondiale
Sur le papier comptable présenté à Yaoundé, Kribi est un champion financier insolent. Mais sur l’échiquier de l'efficacité opérationnelle mondiale, le couperet de Washington est tombé : le Port Autonome de Kribi se retrouve relégué au 50e rang africain sur 54 sur le continent (et 395e mondial sur 400). Pour comprendre ce grand écart entre la santé financière étincelante et cette mauvaise note internationale, il faut plonger dans la méthodologie rigide de la Banque mondiale. Le classement CPPI ne s'intéresse ni au chiffre d'affaires, ni aux bénéfices, ni à l’importance géostratégique d'un port. Il mesure une seule chose avec une précision d'horloger : l'efficacité des opérations au terminal, calculée à partir du temps total qu'un navire passe à quai (de son arrivée dans la zone de mouillage jusqu'à son départ, incluant l'attente et le déchargement). À ce jeu-là, Kribi souffre encore de péchés de jeunesse qui plombent son score : - Le déficit de connectivité terrestre : C'est le principal goulot d'étranglement. Un navire a beau être déchargé rapidement par les portiques de dernière génération, si les conteneurs s'accumulent sur les parcs à cause d'une fluidité routière ou ferroviaire insuffisante vers l'hinterland (l'intérieur du pays), la plateforme s'engorge. C'est ce qui explique la saturation précoce qui a poussé la direction à lancer le plan d'urgence de 8 hectares. - La jeunesse de la Phase 2 : Bien que l'extension du quai augmente drastiquement les volumes traités, la phase d'ajustement opérationnel et de rodage des chaînes logistiques crée des frictions de temps d'attente que l'algorithme de la Banque mondiale sanctionne immédiatement.
Mathieu Nathanaël NJOG, à Yaoundé



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