Le Gouvernement met fin à la dispersion des fonds des administrations publiques logés dans les banques
Dernière mise à jour : il y a 54 minutes
MINISTERE DES FINANCES
Pour restaurer la souveraineté financière de la puissance publique et consolider la mise en œuvre du Compte Unique du Trésor (CUT), le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a présidé ce 29 septembre 2026 à Yaoundé un atelier de haut niveau dédié au recensement exhaustif des comptes publics ouverts dans le réseau bancaire commercial. Face aux représentants des institutions financières, l’enjeu principal de cette démarche d’assainissement réside dans l'optimisation de la trésorerie publique, la maîtrise de l'endettement à court terme et le rapatriement progressif de près de 1 000 milliards de FCFA vers les caisses de l’État.

Il est des réunions dont la portée dépasse le cadre feutré des salons d’hôtels pour toucher au cœur même de la gouvernance de l’État. La rencontre organisée au Concord International Hotel de Yaoundé ce mardi 29 septembre 2026 s’inscrit précisément dans cette catégorie des grands arbitrages budgétaires et monétaires. Face à une assemblée d'acteurs clés du secteur bancaire, de Directeurs Généraux d'Etablissements de crédit et de hauts responsables du Ministère des Finances, le grand ordonnateur des finances nationales, Louis Paul Motaze, a formellement relancé l’opération de ratissage et de cartographie des comptes publics disséminés dans le secteur privé. L'objectif affiché par la tutelle financière est aussi limpide qu'ambitieux : mettre un terme définitif à l'émiettement anarchique de la trésorerie de l’État. Trop longtemps, des pans entiers de ressources publiques se sont retrouvés éparpillés dans des dizaines d’établissements commerciaux, échappant ainsi à la vigilance et à l'arbitrage quotidien du Trésor public. En convoquant cet atelier d’actualisation, le Gouvernement réaffirme sa détermination à faire prévaloir une vision consolider et centralisée de ses actifs monétaires, condition sine qua non pour préserver les équilibres macroéconomiques et garantir un financement pérenne des charges souveraines.
De 2022 à 2026 : un bond spectaculaire des dépôts bancaires
L'exercice d'évaluation auquel s'attelle le Ministère des Finances s'appuie sur un historique révélateur. Lors de la toute première opération d’inventaire menée en 2022, les services administratifs avaient dénombré environ 450 milliards de F CFA logés dans les circuits bancaires privés. Quatre années plus tard, la photographie financière de la Nation révèle un changement de dimension frappant : au 30 juin 2026, l'ensemble des dépôts comptabilisés au titre des administrations publiques au sein des banques commerciales culmine à près de 1 000 milliards de FCFA. Un tel volume de liquidités conservé hors du circuit centralisé suscite légitimement d’importantes questions sur l'efficacité globale du dispositif de trésorerie. Comment expliquer qu'un État continue de souscrire des emprunts à court terme sur le marché monétaire, souvent à des taux d'intérêt coûteux, alors que dans le même temps, près de mille milliards de ressources publiques dorment ou fructifient dans les bilans des banques commerciales ? C’est précisément pour briser ce paradoxe structurel que le Ministre des Finances entend durcir la méthodologie de recensement et hâter la bascule des soldes vers la Banque centrale.

Au cœur du Compte Unique du Trésor (CUT)
Le pivot technique et stratégique de cette vaste réforme repose sur le Compte Unique du Trésor (CUT). Concept phare de la modernisation de la gestion des finances publiques préconisé par les instances financières internationales et la CEMAC, le CUT vise à établir une unité de caisse absolue. Le principe fondamental est d'une grande simplicité : tous les flux financiers de l’État, recettes comme dépenses, doivent s’exécuter à travers une structure de comptes interconnectés sous le contrôle direct du Trésor public auprès de la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC). Dans cette perspective, le recensement actuel ne constitue pas une fin en soi, mais un préalable méthodologique indispensable. Il s'agit d'identifier avec précision l'emplacement de chaque franc CFA, d'évaluer la nature juridique de chaque compte et de déterminer la vélocité des soldes concernés. À la suite de cette caractérisation rigoureuse et après examen individualisé des contraintes opérationnelles propres à chaque administration ou projet, les ressources jugées éligibles feront l’objet d’un rapatriement méthodique et progressif vers le CUT.
Transparence, traçabilité et souveraineté budgétaire
Les retombées escomptées par les pouvoirs publics à l’issue de cet exercice de centralisation sont multiples et décisives : - Une visibilité globale et instantanée sur la trésorerie : En disposant d'un tableau de bord consolidé à temps réel, l'État n'avance plus à l'aveugle et peut anticiper l'ensemble de ses engagements financiers avec précision. - Une programmation budgétaire optimisée : La centralisation évite les décalages inutiles entre la disponibilité théorique des fonds et le paiement effectif des créances publiques ou des dépenses de fonctionnement. - La réduction drastique du coût de l'endettement : En réutilisant prioritairement ses propres surplus de trésorerie disponibles pour combler les manques ponctuels, l'État réduit significativement son recours aux émissions de bons du Trésor à court terme et économise des sommes considérables en frais financiers. - Un renforcement de la traçabilité et de la sécurité des fonds : La limitation du nombre d'intermédiaires bancaires réduit les risques de fuite, de stagnation abusive ou de détournement des liquidités de l'État.
Une réforme au bénéfice direct du citoyen et du service public
Au-delà des considérations purement techniques ou comptables, l’aboutissement du Compte Unique du Trésor revêt un enjeu éminemment politique et social. Chaque franc CFA préservé ou mieux valorisé dans les circuits publics constitue un levier supplémentaire pour financer les chantiers d'infrastructures, moderniser les établissements de santé, rénover les écoles et assurer la régularité des services sociaux de base. En instaurant une discipline budgétaire plus stricte face aux établissements bancaires, le Gouvernement pose un acte fort de rationalisation républicaine. Mieux connaître les ressources de la Nation pour mieux les gérer et mieux les redistribuer : telle est la feuille de route arrêtée par Louis Paul Motaze. L'actualisation lancée ce 29 septembre 2026 marque ainsi une étape déterminante vers l'assainissement global des finances publiques et l'affirmation d'un État gestionnaire, moderne et comptable devant ses citoyens.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste Spécialisé des Questions Economiques



.jpeg)
Commentaires