L’annonce des mégaprojets de la communication gouvernementale n’a pas suffi pour édulcorer le gouffre aurifère
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 3 jours
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MINMIDT – MINCOM
L’auditorium du Ministère de la Communication, le 15 juillet 2026, affichait le décor des grands jours. Sous les projecteurs de la presse nationale et internationale, une mise en scène orchestrée au millimètre près. D’un côté, René Emmanuel Sadi, le grand maître des cérémonies de la parole étatique, distillant l'assurance feutrée des communications officielles. De l’autre, le Pr. Fuh Calistus Gentry, Ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique par intérim, venu porter l’évangile d'une révolution sous-terraine. Le thème retenu pour ce grand oral conjoint portait une promesse messianique : « Le Nouveau visage du Secteur minier Camerounais avec le démarrage des grands projets et la restructuration du secteur aurifère ».

Pour le citoyen lambda, sevré depuis des décennies de retombées tangibles de son sous-sol, le récit a de quoi faire rêver. Le gouvernement camerounais a sonné le clairon d’une ère nouvelle. Celle où le Cameroun s’extirpe enfin du statut de pays au « potentiel infini » pour intégrer le cercle très fermé et sélect des nations productrices minières d’envergure. À en croire le tableau synoptique déroulé par le Ministre Fuh Calistus Gentry, l’année 2025 aura été celle du grand basculement, matérialisée par l'entrée en production de cinq mégaprojets industriels. La nomenclature est impressionnante, presque vertigineuse. Le projet d’exploitation du fer de Bipindi Grand-Zambi et celui de Kribi-Lobé sont présentés comme les fers de lance de cette sidérurgie nationale en gestation. Dans la région de l'Adamaoua, c’est le projet d’exploitation industrielle de la bauxite de Minim-Martap qui est censé redessiner l’économie septentrionale. Plus au Nord, le marbre de Bidzar sort de sa léthargie, tandis que le projet d’exploitation de l’or de Colomine est censé marquer le saut qualitatif vers l'extraction industrielle du métal précieux. Sur le papier, la mécanique est huilée, les chiffres sont rutilants et la satisfaction du Ministre de la Communication (MINCOM), Réné Sadi qui a clos la séance par des remerciements appuyés, semblait totale. Pourtant, derrière ce vernis de la prospérité retrouvée, l’ombre des scandales récents plane comme un vautour sur les mines camerounaises. Car le journalisme de faits ne saurait se contenter des déclarations lénifiantes. Pour comprendre la véritable substance de ce point de presse du 15 juillet 2026, il faut opérer un violent retour en arrière, précisément au 21 mai 2026. Ce jour-là, devant le Conseil de Cabinet présidé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, le même Pr. Fuh Calistus Gentry tenait un langage radicalement différent, dépouillé de tout fard diplomatique.
Le grand écart du Pr. Fuh Calistus Gentry
Face à ses pairs, le MINMIDT reconnaissait avec une gravité inédite que la gestion aurifère du Cameroun était devenue un véritable « gouffre de prédation ». Mieux ou pire, le Ministre y dénonçait le détournement astronomique de près de 2 000 milliards de FCFA, consécutif à l’exportation illégale et frauduleuse de 44 tonnes d’or vers Dubaï en cinq (5) années. Une criminalité financière transnationale orchestrée au nez et à la barbe des institutions, confirmée par les données implacables du marché mondial et corroborée par la Société Nationale des Mines (SONAMINES). L'affaire, qui ébranle jusqu'aux plus hautes sphères de l'État sous l’appellation de « l’Affaire Baboké », met en lumière une porosité systémique. Pourtant, ce 15 juillet face aux journalistes, le ton a changé. Le MINMIDT s'est fendu d'un exercice d’équilibrisme discursif qui frise le dilatoire. D’une main, on reconnaît le viol des ressources nationales ; de l’autre, on s'abrite derrière les textes. Le ministre a tenu à rappeler, sur un ton formel, que son département ministériel reste le garant suprême de la régularité et de la traçabilité, brandissant la loi n°2023/014 du 19 décembre 2023 portant Code Minier comme un bouclier magique. Comment expliquer cette ambiguïté fondamentale ? Comment concilier la réalité d'une fuite de 44 tonnes d'or avec l'affirmation selon laquelle les services compétents, notamment la SONAMINES et la Direction des Mines, effectuent des « contrôles rigoureux » ? C'est ici que le discours officiel se heurte au mur de la contradiction. Le Ministre tente de rétablir les faits, mais la réalité des chiffres du marché mondial le rattrape. On annonce un « nouveau visage », mais les stigmates de la prédation passée (et présente) restent cruellement visibles.

Restructuration aurifère : Des réformes de papier face au défi du terrain
Sentant sans doute le piège de la contradiction se refermer, le Gouvernement a choisi de surcharger l'axe de la riposte réglementaire. Le Pr. Fuh Calistus Gentry a longuement insisté sur l’arsenal coercitif et technique adossé au nouveau Code Minier pour nettoyer les écuries d’Augias du secteur aurifère. Une batterie de mesures déclinée comme un mantra de bonne gouvernance. En premier lieu, le « Verrou Environnemental ». Désormais, chaque opérateur devra s'acquitter d'une caution obligatoire de protection de l’environnement fixée à 63 000 000 de FCFA par site. Une mesure louable pour stopper la défiguration des paysages de l'Est Cameroun, devenus des cimetières à ciel ouvert parsemés de trous miniers non refermés. Deuxièmement, la « Nationalisation des Titres ». La loi exige désormais de manière stricte que le capital social des entreprises postulant à une autorisation d’exploitation semi-mécanisée soit détenu au moins à 51 % par des intérêts camerounais. Une velléité de reconquête de la souveraineté économique face à l'omniprésence des comptoirs clandestins et des capitaux étrangers opaques. Sur le plan fiscal, le Gouvernement prône une rigueur de fer : un taux intangible de 25 % pour l’impôt synthétique minier libératoire, 5 % pour les droits de sortie et 1 % pour les fonds de mise en œuvre de la politique minière. Pour couper court à la dissimulation des volumes extraits, un seuil minimal obligatoire de production mensuelle a été édicté : 5 kg pour les sites dotés de 15 bôles, 7 kg pour 20 bôles et 10 kg pour 30 bôles. Enfin, l'innovation technologique s'invite dans la rhétorique officielle avec l'obligation absolue faite aux opérateurs de migrer, sous six mois, vers le système de traitement du gravier en vase clos par lixiviation, interdisant de fait l'usage sauvage du mercure.
Restaurer l’autorité de l’État ou sauver les apparences ?
Toutes ces réformes, nous dit-on, visent à restaurer l'autorité de l'État et à garantir que les richesses du sous-sol profitent enfin aux générations futures. L'intention est noble, le catalogue de mesures est techniquement séduisant. Mais la question fondamentale demeure : qui va contrôler les contrôleurs ? Si les structures actuelles n'ont pu empêcher l'évaporation de 44 tonnes d'or vers les raffineries du Moyen-Orient, quelle garantie le citoyen a-t-il que ces nouveaux seuils de production et ces cautions de millions de francs ne subiront pas le même sort de la corruption systémique ? La communication conjointe MINCOM-MINMIDT du 15 juillet 2026 aura été une opération de séduction réussie sur la forme, un grand moment de diplomatie médiatique où l'on a tenté de noyer le poisson des détournements dans l'océan des promesses industrielles. Les grands projets de fer, de bauxite et de marbre sont des réalités économiques structurantes que personne ne saurait nier. Ils constituent une chance historique pour l’émergence du Cameroun. Mais l'or, par sa nature fluide et hautement corruptogène, reste le révélateur des faiblesses éthiques de notre gouvernance. Le nouveau visage du secteur minier camerounais ne pourra pas se contenter d'un ravalement de façade législatif ou d'un exercice d'autosatisfaction ministérielle. Il exige une rupture radicale avec l'impunité, une transparence absolue sur l'affaire des 2 000 milliards de FCFA détournés et une volonté politique qui dépasse le simple cadre des points de presse. Tant que la lumière totale ne sera pas faite sur les complicités internes qui ont permis le pillage aurifère, les plus beaux textes juridiques ne resteront que de la littérature pour conférences de presse. Le Cameroun regarde son sous-sol avec espoir, mais il observe ses dirigeants avec une vigilance désormais implacable.
Mathieu Nathanaël NJOG



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