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L’heure du grand aiguillage du rail camerounais va-t-elle voir les projets structurants se concrétiser ?


48è SESSION EXTRAORDINAIRE COMIFER

Dans les travées feutrées du Ministère des Transports, sous la lumière crue des projecteurs du développement sectoriel, le diagnostic ne tolère plus les fioritures rhétoriques. Le chemin de fer camerounais est à la croisée des chemins. C’est le constat implacable qui a émergé, ce 24 juillet 2026, au terme de la 48ème session extraordinaire du Comité Interministériel des Infrastructures Ferroviaires. Aux commandes d’un conclave décisif, le Ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe épaulé par son Ministre délégué, la gouvernance de CAMRAIL et un parterre d’experts statutaires a sonné la fin de la récréation bureaucrate. L’injonction est claire, presque martelée : le Cameroun doit accélérer la cadence sur la voie ferrée ou résignation faite de voir stagner ses projets structurants.


Cette 48eme session extraordinaire du Comité interministériel des infrastructures ferroviaires (COMIFER) n’était pas une simple grand-messe protocolaire. Il s’agissait d'un passage en revue méticuleux, voire clinique, des plaies et des espoirs du rail national. L’ordre du jour laissait entrevoir la densité des enjeux : suivi post-traumatique mais institutionnel des dossiers liés au drame d'Eseka, évaluation du premier plan quinquennal (PQ1) en vue du transfert des biens, préparation fébrile du deuxième plan quinquennal (PQ2), et surtout, mise en conformité de la convention État-CAMRAIL avec les exigences de la loi N°2023/010 du 13 décembre 2023 régissant le secteur ferroviaire. À cette alchimie juridique complexe s’ajoutent l’urgence du renouvellement du matériel roulant pour les voyageurs et le défi gigantesque de la logistique du transport de la bauxite. Pour le Ministre Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe, le transport ferroviaire ne saurait être réduit à une simple alternative de mobilité. Il incarne la vertèbre dorsale de l’intégration territoriale et le poumon vert de la compétitivité économique du Cameroun.

 

Le tracé Cameroun-Tchad : L’arbitrage des Présidents

Cependant, la concrétisation de cette ambition se heurte à des inerties administratives et à un incivisme récurrent qui corrompt le patrimoine ferroviaire national. Sur le terrain des chantiers d'envergure, le COMIFER a acté des avancées décisives tout en pressant les Comités de validation. Concernant le tronçon névralgique Belabo-Ngaoundéré, les appels d’offres sont désormais bouclés et déposés sur la table de la Commission spéciale au sein de CAMRAIL. L'exigence de la session est nette : une validation finale sans délai pour lancer le coup d'envoi des travaux de régénération. S'agissant du Plan Quinquennal n°2 (PQ2), focalisé sur l'axe névralgique Douala-Yaoundé, l'attente touche à sa fin. Les résultats des premiers appels d'offres portant sur l’acquisition de rails neufs et d’appareils de dilatation sont imminents. L'objectif avoué est de solder l'ère des ralentissements techniques exaspérants, d'acquérir de nouvelles voitures voyageurs et d’offrir enfin aux usagers un confort et une ponctualité dignes des standards modernes.


C’est sans doute le volet diplomatique et géopolitique le plus passionnant de cette session. Le mégaprojet de liaison ferroviaire transfrontalière entre Ngaoundéré et N’Djamena (997 kilomètres évalués à près de 4 829 milliards de FCFA) s’invite au cœur des débats d'orientation. Si un protocole d'accord crucial a été validé avec le géant Etihad Rail pour réactualiser les études de faisabilité et lever les fonds nécessaires, un nœud stratégique persiste : le choix du tracé. - L’option de Yaoundé : La Présidence de la République du Cameroun privilégie le tracé occidental (Ngaoundéré-Garoua-Maroua-Kousseri-N'Djamena). Un choix politique fort, pensé pour désenclaver définitivement les trois régions du Grand-Nord camerounais. - La réserve de N’Djamena : Les autorités tchadiennes émettent des réserves stratégiques. N’Djamena craint que ce tracé occidental ne contourne les bassins de production agricole et économique majeurs du Sud du Tchad (tels que Moundou ou Kélo), pénalisant ainsi son économie intérieure. - Face à cette contre-proposition tchadienne, le COMIFER a tranché pour la voie de la haute diplomatie. Le dossier est désormais transmis aux chefs d'État des deux pays frères. C'est à cet échelon suprême que se fera l'arbitrage final pour débloquer cette artère vitale de la sous-région CEMAC.

Emprises ferroviaires : La riposte face au vandalisme

Mais que vaudraient ces milliards d’investissements si les voies demeurent le théâtre de la barbarie quotidienne ? Face à la récurrence des drames aux passages à niveau, aux jets de pierres criminels contre les rames de voyageurs, au vol systématique d'éclisses ou au blocage intempestif des voies par des riverains, le Ministre des Transports a durci le ton. Le COMIFER a formellement prescrit la « tolérance zéro ». Un plan d'urgence mêlant sensibilisation de proximité et répression sévère va être déployé sur toute l'étendue du réseau. Sécuriser les emprises ferroviaires n'est plus une option, c'est une condition préalable à toute modernisation. En clôturant les travaux de cette 48ème session extraordinaire, Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe a laissé une feuille de route sans équivoque à l'ensemble des acteurs de la chaîne. Entre impératifs de sécurité, conformité légale et accélération des chantiers structurants, le rail camerounais n'a plus le droit de manquer ses correspondances avec l'histoire. La balle est désormais dans le camp des exécutants.

Mathieu Nathanaël NJOG

Grand Reporter / Anaglyphe & Analyse Stratégique


 
 
 

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