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La CDHC hausse le ton et remet l'accès à l'eau potable au cœur de la dignité humaine

22 oct.
6 min de lecture

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JOURNEE AFRICAINE DES DROITS DE L'HOMME

À l’occasion de la célébration de la Journée africaine des Droits de l’homme et des peuples le 21 octobre 2026, la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC) a rendu publique une déclaration incisive. Intervenant dans un contexte marqué par le 45ᵉ anniversaire de l’adoption de la Charte africaine et le 40ᵉ anniversaire de son entrée en vigueur, l’organe national de promotion et de protection des libertés fondamentales décortique les enjeux majeurs du développement et de la justice sociale. Alignée sur le thème annuel de l’Union africaine dédié à la disponibilité durable de l'eau et des systèmes d'assainissement sûrs pour l'Agenda 2063, la CDHC salue certaines avancées institutionnelles majeures — à l'instar des incitations douanières pour les personnes handicapées ou des financements transférés aux communes —, tout en formulant des exigences strictes pour soulager le quotidien éprouvant des femmes et résorber pacifiquement les conflits agropastoraux. Analyse détaillée d'un plaidoyer sans concession pour la dignité.



C’est un texte dense, rigoureusement articulé, et emprunt de cette solennité républicaine qui rappelle que la question de la dignité humaine ne saurait accommoder les faux-fuyants ou les simples promesses de préau. En ce 21 octobre 2026, alors que le continent africain communie autour de la Journée africaine des Droits de l’homme et des peuples (JADHP), la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC) s’est fendue d’une déclaration magistrale. Le timing n'a d'ailleurs rien d'un hasard de calendrier : l'année 2026 marque d'une pierre blanche le 45ᵉ anniversaire de l'adoption de la Charte africaine des Droits de l'homme et des peuples (ChADHP) et le 40ᵉ anniversaire de son entrée en vigueur. S’inscrivant en droite ligne de la thématique arrêtée par l’Union africaine (UA) pour l’année 2026 : « Assurer la disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 », la CDHC remet au centre du débat public la notion d'indivisibilité des droits. Pour l'institution consultative nationale, l'accès à l'eau et à un environnement salubre ne relève nullement d'une simple opportunité d'aménagement du territoire ou d'un affichage statistique. Il s'agit d'un droit inaliénable, de la pierre angulaire sans laquelle l'édifice des droits civils, politiques, économiques et culturels s'effondre comme un château de cartes.


L'eau potable et l'assainissement : l'exigence éthique d'un droit fondamental

Dans son analyse liminaire, la Commission dresse un constat sans équivoque : réduire la problématique de l’eau à un simple enjeu d’infrastructures ou à un catalogue de chantiers publics serait une erreur d'appréciation fondamentale. L’accès à l’eau potable et à des systèmes d’assainissement sécurisés constitue la condition sine qua non de la préservation de la santé publique et du respect de la dignité de chaque citoyen. Pour la CDHC, chaque acteur, qu'il relève de la sphère publique ou des décideurs du secteur privé, a l'obligation morale et juridique d'exercer une diligence appropriée dans son périmètre d'action. Alors que le continent africain ambitionne une transformation structurelle à l'horizon 2063, la Commission rappelle qu'aucune émergence économique ne sera viable si des pans entiers de la population continuent de croupir dans la précarité sanitaire. Face aux défis environnementaux croissants, la justice sociale se mesure en litres d’eau saine distribués et en latrines décentes aménagées.


Avancées institutionnelles : du suivi de l'EPU à l'équité fiscale pour les vulnérables

Loin de se complaire dans la dénonciation stérile, la CDHC sait reconnaître et porter au crédit des pouvoirs publics les actes de progrès constatés sur le terrain normatif et opérationnel. La déclaration mentionne avec satisfaction la tenue, le 28 avril 2026 à Yaoundé, d’une réunion interministérielle de haute facture présidée par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Chief Dr Joseph Dion Ngute. Cette rencontre capitale était dédiée à l’évaluation à mi-parcours de la mise en œuvre des recommandations du 4ᵉ cycle de l’Examen périodique universel (EPU). En présentant secteur par secteur l’état d’avancement des 220 recommandations acceptées par le Cameroun sur les 291 formulées en 2023, le Gouvernement a matérialisé sa volonté politique à travers une feuille de route triennale structurée pour la période 2026-2028. Ce processus méthodique balaye le spectre complet des libertés publiques et des droits socio-économiques. Autre motif d'allégresse relevé par l'institution : les avancées fiscales tangibles contenues dans la loi n° 2025/012 du 17 décembre 2025 portant loi de finances de la République du Cameroun pour l’exercice 2026. L'article 8 (alinéa 1er) de ladite loi consacre désormais l'exonération des droits et taxes de douane à l'importation des équipements, matériels et véhicules adaptés aux besoins des personnes en situation de handicap. Qu'ils soient importés par les titulaires de la carte d'invalidité du ministère des Affaires sociales (MINAS) ou par des centres agréés, ces intrants bénéficient d'une franchise fiscale clarifiée par la circulaire n° 00000203/MINFI/DGD du 12 février 2026 et scellée par la circulaire n° 410/MINFI/DGD du 18 mai 2026. Une avancée concrète d'inclusivité que la Commission qualifie de mesure d'équité majeure.

Femmes et jeunes filles : les victimes silencieuses de la corvée d'eau

C'est sans doute le volet le plus poignant et le plus percutant de la déclaration de la CDHC. La Commission braque un projecteur cru sur le fardeau disproportionné que fait peser la pénurie d'eau potable sur l'échine des femmes et des jeunes filles. L'absence d'installations à proximité ne se traduit pas seulement par des statistiques manquées ; elle se lit dans la chair et dans les trajectoires de vie brisées. La corvée d'eau, le transport de lourdes charges et le surcroît de tâches ménagères qui en découle agissent comme de véritables freins à la scolarisation des jeunes filles et privent les femmes d'opportunités économiques rémunératrices. Pire encore, la Commission souligne avec gravité la vulnérabilité accrue des femmes face aux violences physiques et sexuelles lorsqu'elles doivent parcourir de longues distances ou s'aventurer dans des zones isolées pour collecter l'eau ou satisfaire leurs besoins physiologiques. À cela s'ajoutent les atteintes flagrantes à l'intimité et la gestion dégradante de l’hygiène menstruelle dans des conditions d’insalubrité. Face à ce constat alarmant, la CDHC exige l'intégration systématique d'une approche fondée sur l'égalité de genre (gender mainstreaming) dans la conception des infrastructures d'assainissement. Les femmes ne doivent plus être de simples usagères passives, mais des actrices décisionnelles à part entière dans les comités de gestion des ressources hydriques.


Gouvernance locale et conflits agropastoraux : le sens du terrain

S'adressant directement aux exécutifs municipaux, la CDHC formule des recommandations d'une précision chirurgicale. Alors que le ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) a transféré en 2026 une enveloppe globale de 8,5 milliards de francs CFA aux communes pour l’alimentation en eau potable, la Commission exige une utilisation transparente, rigoureuse et efficace de ces deniers publics. La priorité absolue doit aller aux zones enclavées et les moins desservies. Les maires sont appelés à garantir la qualité des ouvrages, à budgétiser leur maintenance pérenne et à rendre des comptes publics réguliers sur les résultats obtenus, tout en impliquant les femmes dans le choix stratégique des points d'eau. Sur le front de la cohésion sociale, la Commission interpelle le Gouvernement sur la récurrence et la dangerosité des conflits agropastoraux. Pour éviter que le partage des ressources naturelles ne dégénère en affrontements meurtriers, la CDHC préconise le renforcement durable des mécanismes de prévention et de règlement pacifique. Cela passe par l'association étroite des éleveurs, des agriculteurs et des autorités locales à des systèmes d'alerte précoce, au dialogue direct et à la médiation. La délimitation rigoureuse des couloirs de transhumance, la protection conjointe des récoltes et du bétail, ainsi que l'accès équitable aux pâturages et aux points d'eau apparaissent comme des impératifs sécuritaires. Sans oublier la garantie, pour les victimes de préjudices, d'accéder à des réparations justes et équitables par des voies de recours effectives.


Protection internationale et encadrement juridique : des actes concrets sur le terrain

La déclaration de la CDHC ne manque pas d'exprimer son optimisme prudent quant aux chantiers législatifs d'envergure. La Commission salue la poursuite active du processus d’élaboration du projet de loi relatif à la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG). Évoquée le 7 octobre 2026 lors d’une audience au sommet entre le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) et l’Ambassadrice de l’Union européenne au Cameroun, l'avancée de ce texte, actuellement à la Présidence de la République en vue de sa transmission imminente au Parlement, marque une étape décisive dans le verrouillage institutionnel des abus subis par les franges vulnérables. Enfin, soucieuse de prouver qu'elle allie la parole à l'action de terrain, la Commission a rappelé son intervention musclée du 5 juin 2026 dans le département de la Sanaga-Maritime. Saisie par l’Association des Femmes riveraines d’Édéa (AFRISE) concernant des violations présumées des droits fonciers, culturels et environnementaux attribuées aux activités de la Société camerounaise de palmeraies (SOCAPALM), l’Antenne régionale de la CDHC pour le Littoral s'est promptement déployée à Dehane et à Apouh-à-Ngong. Par un pli officiel adressé le 10 juin 2026 au Gouverneur de la Région du Littoral, la Commission a recommandé sans détours la suspension immédiate des opérations de replantation de palmiers à huile opérées à proximité des habitations et des sépultures traditionnelles, exigeant simultanément la levée de tous les obstacles matériels entravant la libre circulation des riverains et leur accès naturel aux cours d'eau. À travers cette prise de position exhaustive, la CDHC réaffirme avec une fermeté coutumière que les droits de l'homme ne se déclinent pas au futur, mais s'incarnent au quotidien dans l'accès aux services de base, le respect de la légalité et la protection intransigeante des citoyens les plus exposés.

Delphine Nkengni N.

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