La Douane tchadienne est venue renforcer la coopération avec la Douane Camerounaise
- Mathieu Nathanael NJOG

- il y a 13 minutes
- 4 min de lecture
CORRIDOR DOUALA-N’DJAMENA
On le savait déjà, le corridor Douala-N’Djamena est l’artère aorte qui oxygène l’économie du Tchad. Mais ce que l'on intègre désormais avec plus d'acuité, c'est que la Direction Générale des Douanes du Cameroun, lovée dans ses réformes high-tech, est devenue le laboratoire d'expérimentation où les pays voisins viennent copier les algorithmes de la performance fiscale.

Débarqué à Yaoundé le 30 mai dernier, Ousman Brahim Djouma, le Directeur Général des Douanes et des Droits Indirects du Tchad, n’est pas venu faire du tourisme administratif ou s'adonner aux civilités d’usage. Entre formules de fraternité et dossiers brûlants sous le bras, le patron des gabelous tchadiens est venu s’imprégner, de source sûre, de la « méthode Fongod ». Dans son viseur : le très séduisant et redoutable mécanisme camerounais de collecte électronique des droits et taxes sur les téléphones portables et autres terminaux numériques. Une petite révolution qui fait saliver à N’Djamena. Il faut dire que le timing est parfait, presque cérémonial. La visite d’Ousman Brahim Djouma intervient au moment précis où le Cameroun montre ses muscles numériques. Fin mai, le patron des douanes camerounaises, Edwin Fongod Nuvaga, a tapé du poing sur la table. Constatant que plus de 2 millions de téléphones portables flottaient joyeusement dans les limbes du système d’information CAMCIS sans s'acquitter du moindre centime de dédouanement, la DGD a lancé une vaste opération de déconnexion. Une offensive de salubrité publique qui devrait faire grimper les recettes douanières sur ces gadgets électroniques à la somme astronomique de 25 milliards de FCFA d’ici la fin de l’année 2026.
Devant cette prouesse qui transforme chaque smartphone importé en une niche de recettes sécurisées, le DG de la Douane tchadienne n’a pas caché son admiration, frisant une saine jalousie professionnelle : « Ce système nous a inspirés, c’est pourquoi nous sommes venus voir la réalité du terrain. Nous voulons savoir comment notre collègue du Cameroun a pu réaliser cela, pour reproduire la même expérience. C’est un système qui nous manque là-bas et qui est très important et qui fait générer beaucoup de recettes », a confessé Ousman Brahim Djouma avec une franchise désarmante. Si la fiscalité numérique a servi d'aimant, le gros des troupes s'est penché sur l’épineux mais vital chantier de la fluidité du corridor. Pour le Tchad, pays enclavé par la géographie mais interconnecté par l’économie, l’accès à la mer est une question de survie. Près de 75% à 80% des marchandises destinées au marché tchadien transitent par les plateformes portuaires de Douala et de Kribi. Selon les dernières données de l’Institut National de la Statistique (INS), le Tchad demeure le premier client africain du Cameroun, avec des échanges évalués à 149,1 milliards de FCFA.

Un partenariat stratégique face aux réalités du terrain
Dès lors, chaque goulot d'étranglement sur la route est une taxe invisible sur le panier de la ménagère à N'Djamena. Pour y remédier, la transformation numérique est appelée à la rescousse. L'enjeu majeur de cette rencontre bilatérale de haut niveau réside dans l'interopérabilité des systèmes informatiques : faire parler le CAMCIS camerounais et le SYDONIA World tchadien. L'objectif est clair : briser l'opacité, assurer une traçabilité en temps réel et tuer dans l'œuf les velléités de détournement de trafic. Sous la houlette des deux Directeurs Généraux, les experts des deux pays ont listé les plaies qui gangrènent encore l’axe Douala-N'Djamena, afin d'y appliquer des thérapies de choc : - Le traitement du transit à Fotokol et Kousseri doit consister à la réduction drastique des délais de délivrance des titres de transit et renforcement de la surveillance transfrontalière pour asphyxier la contrebande sur le fleuve Logone. - La traçabilité et l'apurement doivent mettre un terme aux ruptures de charge sauvages, aux transbordements suspects et aux titres de transit jamais apurés qui plombent les statistiques. - La dématérialisation documentaire consiste à harmoniser les exigences pour que le papier laisse définitivement la place aux flux de données sécurisés. - Le casse-tête des conteneurs en long séjour reste le point noir logistique des ports de Douala et de Kribi.
Des centaines de cargaisons à destination du Tchad y dorment, pénalisant les opérateurs économiques. Sur ce point, Edwin Fongod Nuvaga a promis une actualisation des listes pour des solutions au cas par cas. Au-delà des discours protocolaires empreints de « chaleureuse fraternité », cette session de travail s'inscrit en droite ligne de l'accord d'assistance administrative mutuelle entre les deux administrations sœurs. Pour la douane tchadienne, améliorer la prévisibilité des opérations douanières n'est plus une option, c'est le gage de la compétitivité de son économie nationale et de l'optimisation de ses recettes publiques. En acceptant de partager sans fard son expertise informatique et en tendant la main à son homologue tchadien, la Douane camerounaise confirme son statut de leader sous-régional en matière de facilitation des échanges. Reste désormais aux experts des deux pays à traduire ces orientations politiques en actes concrets sur le bitume du corridor. Car si le numérique fait rêver à Yaoundé et N'Djamena, c'est sur le terrain, à Kousseri, Fotokol ou Douala, que les opérateurs économiques attendent de voir la couleur de cette douane moderne et interconnectée. La hache de guerre contre la fraude est levée, et elle est désormais électronique.
Mathieu Nathanaël NJOG



.jpeg)
Commentaires