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La lutte contre la fraude impulsée par le DG révèle l’ampleur du fléau qui assèche les caisses

Dernière mise à jour : il y a 1 jour


CAMWATER

Alors que la Cameroon Water Utilities Corporation (CAMWATER) intensifie son offensive répressive à Yaoundé et Douala pour démanteler des réseaux clandestins tentaculaires, une réalité plus sombre émerge des témoignages citoyens. Entre dissimulations sophistiquées, réseaux de faux revendeurs et lourdeurs administratives calculées, la lutte contre le vol de l’or bleu met à nu une corruption interne systémique. Plongée au cœur d'un fléau qui coûte des dizaines de millions de FCFA à l'État et prive les citoyens d'un accès équitable à l'eau potable.

 


L'eau potable est devenue, par la force de la rareté et de la malhonnêteté, le théâtre d'un des plus vastes brigandages économiques de notre époque. À Yaoundé comme à Douala, le constat est implacable : le réseau de distribution de la CAMWATER est saigné à blanc. La récente offensive menée par la Brigade de Lutte contre la Fraude de la Division Régionale Yaoundé Agglomération (DIVRY) a jeté une lumière crue sur l’ampleur du désastre. En l'espace de quelques jours, des quartiers entiers de Nkolfoulou à Etoudi, en passant par Fouda, Omnisports, Ahmadou, Fokou Ekié et Dakar ont révélé des infrastructures clandestines d'une audace inouïe. Vingt-et-une (21) concessions, une dizaine de baraques, quatre (04) immeubles de standing, cinq (05) villas cossues et même une (01) école primaire étaient alimentés de manière totalement illégale. Pourtant, réduire ce phénomène à la simple incivilité de quelques usagers indélicats serait une erreur d'analyse fondamentale. Derrière l'habileté technique des branchements souterrains, des compteurs enterrés et de la casse délibérée des tuyaux, se cache une complicité interne flagrante et de moins en moins discrète. Les citoyens, excédés par les coupures intempestives et les injustices tarifaires, rompent aujourd'hui le silence. Ils dénoncent ouvertement l'implication directe et active des agents techniques de la CAMWATER. Ce sont ces « experts de l'ombre » qui, monnayant de fortes sommes d'argent, mettent leur savoir-faire au service des fraudeurs, privant ainsi l'entreprise publique de plusieurs dizaines de millions de FCFA de recettes indispensables.

La fraude hydraulique n'est plus artisanale ; elle est devenue industrielle. Les équipes de contrôle découvrent chaque jour des trésors d'ingéniosité malveillante. Les piquages sont dissimulés sous des dalles de béton coulées à la hâte, les compteurs officiels sont contournés par des déviations (by-pass) invisibles depuis la surface, et les canalisations principales sont sciemment vandalisées pour alimenter des réseaux parallèles. Dans ce chaos organisé, une fausse corporation a vu le jour : celle des prétendus « revendeurs d’eau ». « Ces individus se font passer pour des bienfaiteurs de quartier, vendant l'eau au seau ou au bidon à des populations précarisées. En réalité, ils ont privatisé le réseau public à leur seul profit, grâce aux clés techniques et au silence acheté d'agents véreux de la CAMWATER », confie une source proche du dossier à Douala. À Douala, précisément, le pôle industriel du pays subit le même assaut. Les équipes de la CAMWATER y ont récemment démantelé de nombreux cas de fraude flagrante au sein de domiciles privés à Bonabéri, un quartier où la pression démographique et la demande industrielle exacerbent les tensions sur la ressource. Mais le scandale ne s'arrête pas aux habitations et aux grands chantiers de construction. Un autre secteur, particulièrement lucratif et gourmand en eau, est aujourd'hui sur la sellette : les laveries de voitures.

 


La répression en marche et le sursaut citoyen suit

Les laveries de voitures pullulent à chaque coin de rue dans nos métropoles. Ce que le grand public ignore souvent, c'est que nombre de ces établissements commerciaux tournent à plein régime sans jamais s'acquitter de la moindre facture proportionnelle à leur consommation réelle. Ces véritables « aspirateurs à eau » sont entretenus au vu et au su de tous, bénéficiant d'une protection occulte mais infaillible de la part de certains techniciens de zone. Face à la gravité de ces révélations, le Directeur Général de la CAMWATER, Blaise Moussa a tapé du poing sur la table. Il a formellement instruit l’ensemble des chefs d’Agence de faire toute la lumière sur ces complicités internes spécifiques et de purger les rangs de l'entreprise. Pour la Direction générale, le message est clair : la lutte contre la fraude ne saurait être efficace si le loup demeure dans la bergerie. Pour comprendre l'enracinement de ce mal, il faut oser poser le diagnostic de la gouvernance interne. Pourquoi la fraude prospère-t-elle autant ? L’analyse révèle que le système était paralysé par des lourdeurs bureaucratiques excessives, parfois sciemment entretenues. Des clients de bonne foi, désireux de s'abonner légalement ou de faire réparer une fuite, se heurtaient à un mur d'inertie. Après avoir rempli toutes les formalités administratives et payé les frais requis, ces usagers attendaient des mois, voire des années, sans que les services techniques ne daignent se déplacer. C'est précisément dans cette faille temporelle que s'est engouffrée la corruption.

Fatigués d'attendre une eau qui ne vient pas, certains usagers finissent par céder aux propositions de démarcheurs ou d'agents techniques véreux venus proposer des « solutions rapides » mais illégales. Le retard de l'administration est ainsi devenu l'argument commercial de la fraude. Conscient que la survie financière et technique de l’entreprise est en jeu, le Directeur Général a réaffirmé que le maintien et l’intensification de la lutte contre la fraude constituent une priorité absolue et non négociable de son mandat. Le temps de la seule sensibilisation semble révolu ; l'heure est désormais à la tolérance zéro et à la judiciarisation systématique. À Yaoundé, les auteurs présumés des branchements clandestins récemment mis au jour ont été interpellés et mis à la disposition des Officiers de Police Judiciaire. Ils devront répondre de leurs actes devant les tribunaux, s'exposant à de lourdes peines de prison et à des amendes civiles dissuasives. Parallèlement, pour couper l'herbe sous le pied des réseaux mafieux, la CAMWATER déploie une campagne ambitieuse de 200 000 branchements neufs. Les conditions y sont particulièrement incitatives : facilités de paiement échelonné, disponibilité immédiate des kits techniques et promesse d'une exécution du branchement sous 48 heures une fois les modalités remplies. C’est la seule voie viable pour rétablir la confiance. Choisir un branchement légal, c’est faire le choix de la responsabilité, de la dignité et de l’accès serein à une eau de qualité. Mais pour que cette transition réussisse, la CAMWATER devra impérativement poursuivre le nettoyage interne de ses propres structures techniques. La bataille de l'eau ne se gagnera pas seulement sur le terrain contre les fraudeurs, elle se gagnera d'abord dans les bureaux et les ateliers de l'entreprise.

Mathieu Nathanaël NJOG 

 
 
 

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