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La machine de traque des réseaux de fraude franchit un nouveau palier stratégique à la Direction Générale des Douanes


 CONTENTIEUX DOUANIERS

Les travaux de la 220ème session de la Commission d’Approbation des Dossiers Contentieux (CADC), présidés ce jeudi 06 août 2026 à Yaoundé par Konneh Gasper Neba, Chef de la Division des Études, de la Facilitation des Échanges et de l’Analyse des Risques, mettent en lumière une intensification remarquable de la traque contre la fraude fiscale et douanière au Cameroun. Avec 687 dossiers minutieusement passés au peigne fin, plus de 2,29 milliards de FCFA de droits éludés et d'amendes ont été redressés au terme de trois semaines d'investigations poussées, confirmant le resserrement étanche du maillage douanier sur l'ensemble du territoire national.


Dans l'enceinte solennelle de la salle de conférences de la Direction Générale des Douanes (DGD) à Yaoundé, la rigueur républicaine a une fois de plus prévalu sur les subterfuges du grand banditisme économique et de la criminalité financière. Ce jeudi 06 août 2026, l’ambiance des grands jours de comptes publics régnait à l'occasion des délibérations de la 220ème session de la Commission d’Approbation des Dossiers Contentieux (CADC). Présidée par Konneh Gasper Neba, Chef de la Division des Études, de la Facilitation des Échanges et de l’Analyse des Risques agissant au nom et pour le compte du Directeur Général des Douanes empêché, cette instance d'évaluation stratégique a livré une radiographie sans complaisance des pratiques illicites qui gangrènent le commerce extérieur, tout en actant une réponse institutionnelle d'une fermeté exemplaire.

 

Les enseignements contrastés des sessions antérieures

Pour appréhender la véritable portée de cette 220ème session, il convient de jeter un regard rétrospectif sur les dynamiques qui ont traversé les travaux précédents, notamment ceux de la cinquième session de l'exercice 2026. Si les adeptes des communiqués triomphalistes s'étaient alors frotté les mains face à des indicateurs ayant littéralement pris l'ascenseur des droits compromis s'élevant à 2,067 milliards de FCFA (+85,6%) et des amendes culminant à 2,973 milliards de FCFA (+37,4%), l'analyse sans fard de la réalité économique imposait déjà d'avoir le triomphe modeste. En effet, cette flambée spectaculaire des chiffres posait une question fondamentale : assistait-on à une efficacité accrue des contrôles ou à une recrudescence incontrôlée de la fraude ? Si la douane encaissait plus de pénalités sous le magistère du Directeur Général Fongod Edwin Nuvaga, c'était d'abord parce que les fraudeurs redoublaient d'audace.

Lorsque près de deux milliards de droits de douane tentent de s'évaporer en trente jours, c'est le signe que le système CAMCIS et ses filtres de dédouanement restent perméables aux stratégies de fausse déclaration. La performance douanière ne saurait se mesurer au volume des amendes perçues a posteriori, mais à sa capacité à dissuader la fraude en amont. Cette session antérieure mettait déjà en lumière la prépondérance écrasante des Services Centraux (1,571 milliard de DC/DE et 2,475 milliards d'amendes), révélant un système à double vitesse où les contrôles de deuxième et troisième niveaux (audits après dédouanement et Brigades nationales) venaient rattraper à Yaoundé les insuffisances ou « arrangements » constatés sur le quai par les inspecteurs de première ligne à Douala (Littoral I) ou Kribi (Sud II).

 

Des indicateurs au vert vif et l'offensive s'accélère

Sur le plan des infractions, l'Inexécution des Engagements Souscrits (IESAS) avec 136 cas, la Fausse Déclaration dans la Valeur (119 cas) et l'Importation Sans Déclaration (87 cas) saignaient le Trésor public, tout en révélant le fléau de l'évaporation des marchandises placées sous régimes suspensifs d'entrepôt. Un constat amer qui imposait d'abandonner la posture du médecin légiste constatant la fraude après coup pour devenir un véritable bouclier macroéconomique. Les chiffres consolidés par le Secrétariat Technique pour la période sous revue, allant du 14 juillet au 05 août 2026, montrent que la dynamique de contrôle ne faiblit pas. En l'espace de trois semaines seulement, ce sont 687 dossiers contentieux qui ont été réceptionnés, décortiqués et minutieusement traités. Cette intense activité d'inspection a permis de mettre à jour un préjudice financier majeur subi par le Trésor public, matérialisé par 950 043 559 FCFA de droits compromis ou éludés (DC/DE) et un volume d'amendes administratives grimpant à 1 341 188 445 FCFA.

Au total, ce sont plus de 2,29 milliards de FCFA qui viennent ainsi créditer les caisses de l'État au titre des rattrapages contentieux. En opérant une comparaison directe avec la 219ème session précédente, l'analyse comparative témoigne d'un saut qualitatif d'efficacité dans les opérations de surveillance. Tous les indicateurs de performance s'affichent en nette progression pour cette septième session de l'exercice 2026. Le montant des droits compromis ou éludés accuse une hausse nette de 56 490 428 FCFA, soit un taux de progression de 5%. Plus spectaculaire encore, l'enveloppe globale des amendes infligées aux contrevenants enregistre une augmentation de 595 022 660 FCFA, correspondant à un bond de 28,7%. Parallèlement, le volume de dossiers contentieux liquidés s'est accru de 75 affaires supplémentaires, traduisant une augmentation de 12,1%.

 

Cartographie du risque : l'axe Littoral I - Services Centraux en première ligne

Cette dynamique positive s'inscrit également dans une trajectoire de hausse annuelle : la comparaison par rapport à la septième session de l'exercice 2025 confirme cette montée en puissance. Il y a un an, la même session comptabilisait 504 dossiers pour des droits compromis de 634 814 500 FCFA. En 2026, l'envolée atteint 36,1% en nombre de dossiers et un bond exceptionnel de 49,7% en valeur de droits éludés, démontrant que la rigueur reste de mise au sein des services de contrôle. La cartographie opérationnelle dessinée par le Secrétariat Technique met en relief la prépondérance stratégique de certaines unités dans la traque des fraudeurs. En matière de droits compromis ou éludés, le trio de tête est emmené par les Services Centraux de la DGD avec un montant impressionnant de 395 026 732 FCFA. Ils sont immédiatement suivis par le Secteur des Douanes du Littoral I poumon économique du pays avec 313 750 709 FCFA redressés, tandis que le Secteur des Douanes du Sud-Ouest complète ce triptyque avec 82 428 055 FCFA récupérés.

S'agissant de la répartition des pénalités et amendes douanières, la domination des cellules de contrôle centralisées et côtières se confirme. Les Services Centraux de la DGD dominent largement les consolidations financières en faisant tomber dans l'escarcelle de l'État la somme de 856 288 614 FCFA. Le Secteur du Littoral I se positionne au deuxième rang avec 295 630 700 FCFA d'amendes, suivi du Secteur des Douanes du Sud II qui enregistre une moisson de 85 948 131 FCFA. En termes de volume d'affaires contentieuses, le Littoral I prend la tête du classement avec 216 dossiers traités, devant les Services Centraux (138 dossiers) et le Secteur des Douanes du Nord (73 dossiers). Au total, dix Secteurs des Douanes ont activement alimenté l'activité contentieuse de la période sous revue : Littoral I, Sud-Ouest, Sud II, Nord, Extrême-Nord, Sud I, Est, Littoral II, Adamaoua et Centre. Un maillage territorial étanche qui montre qu'aucun couloir d'acheminement des marchandises n'échappe à la vigilance des brigades.

 

Typologie des infractions et optimisation des recettes publiques

L'examen approfondi des chemises 70 expose le modus operandi des opérateurs économiques véreux et permet de dresser la typologie des infractions les plus récurrentes. Sur le plan purement volumétrique, l'Importation En Contrebande (IEC) se hisse au premier rang avec 171 cas enregistrés, illustrant la persistance des tentatives d'infiltration clandestine. La Fausse Déclaration dans la Valeur (FDV) talonne de très près avec 166 cas relevés, tandis que l'Inexécution des Engagements Souscrits (IESAS) s'affirme comme le troisième manquement le plus fréquent avec 81 cas répertoriés. Cependant, au niveau de l'impact financier, c'est la Fausse Déclaration dans la Valeur (FDV) qui s'impose incontestablement comme la saignée la plus dévastatrice pour l'économie nationale. À elle seule, la sous-évaluation des marchandises lors du dédouanement a généré 402 037 295 FCFA de droits éludés et 383 011 631 FCFA d'amendes. Le concours d'infractions associant l'Inobservation des Schémas de Dédouanement, le Défaut de Déclaration d'Importation et la Non-Représentation de la Valeur en Douane (ISD/DDI/DRVC) arrive en deuxième position avec 164 734 417 FCFA de droits éludés et 350 000 000 FCFA d'amendes.

Enfin, la Fausse Déclaration à l'Exportation (FDE) ferme la marche des préjudices majeurs avec 124 972 941 FCFA de droits détournés et 99 461 200 FCFA d'amendes. Au terme des travaux, Konneh Gasper Neba, au nom et lieu du Directeur Général des Douanes empêché, a adressé ses félicitations appuyées aux collaborateurs des Services Centraux et Déconcentrés pour leur engagement sans faille et la tenue rigoureuse des délibérations. Il les a vivement encouragés à poursuivre sur cette lancée et à intensifier la production contentieuse afin de maximiser la sécurisation des recettes publiques. Alors que les exigences du Trésor public imposent une fermeté renouvelée face à l'évasion fiscale, l'administration douanière entend démontrer qu'au-delà de la comptabilité chiffrée, la traque des réseaux de fraude demeure un impératif de souveraineté économique.

Mathieu Nathanaël NJOG

Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions des  douanières

 
 
 

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