La SCSST a adressé un plaidoyer sur la prise en compte de la santé mentale en milieu de travail
- Mathieu Nathanael NJOG

- 25 avr.
- 5 min de lecture
SECURITE ET SANTE AU TRAVAIL
La Société Camerounaise de la Sécurité et Santé au Travail a organisé le 22 et 23 avril 2026 à Douala, les journées nationales à elle dédié. Il a mobilisé des responsables des ressources humaines et de QHSE, les médecins et infirmiers autour du thème : « Accompagnement et inclusion des travailleurs en souffrance psychique pour une synergie dans l'action.

Placée sous le parrainage du Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale (MINTSS), représenté, les journées nationales de la santé et la sécurité au travail ont été organisé par la Société Camerounaise de la Sécurité et la Santé au Travail (SCSST) les 22 et 23 avril 2026 à Douala. Sur la cinquantaine de participants, on comptait les Responsables des Ressources Humaines (RH) et Qualité, Hygiène, Sécurité, Environnement (QHSE) des entreprises, des médecins et infirmiers pour plancher sur l’épineuse question de la santé mentale en milieu de travail. Fort d’une quinzaine d’année d’expérience de terrain, la SCSST qui œuvre d’arrache-pied pour promouvoir une meilleure prise en compte de la santé et la sécurité au travail, est arrivé à un constat : « Derrière les murs des entreprises et de maisons, il existe une souffrance silencieuse qui ne se voit pas sur les clichés radiographiques mais paralyse l’environnement et affecte l’économie ». C’est la santé mentale en milieu de travail. Raison pour laquelle, le thème retenu pour les journées nationales de la santé et sécurité au travail de cette année a été : « Accompagnement et inclusion des travailleurs en souffrances psychiques ». Il a été question pendant ces deux jours de travaux conduit par des experts tels que Pr Owona Manga, Pr Djiengwe Erero, Dr Micheal Toguem, et Dr Joseph Sylvère Kaptue (Président de la SCSST), d’interpeller le gouvernement et les dirigeants des entreprises sur le fait que : « parler de la santé au travail, ce n’est pas être faible, mais c’est être responsable ». Mais aussi de donner des outils pour détecter les employés présentant des problèmes de santé mentale ou des troubles psychiques en entreprises afin d’envisager une meilleure prise en charge.
Surtout que dans le contexte camerounais est révélateur d’un déficit criard des professionnels. Sur un plus de 15 millions de travailleurs soit 3 millions de travailleurs dans le secteur formel et plus de 12 millions de travailleurs dans le secteur informel, le pays ne compte que 141 Inspecteurs de Travail et 105 médecins de travail spécialisés qui sont chargés d’assurer les consultations et les soins, de faire le suivi, d’effectuer les contrôles de gestion intégrée, visant à prévenir les risques, et à s’assurer de la conformité réglementaire dans près de 500 000 entreprises qui sont les principaux acteurs de l’économie au Cameroun. Surtout que 99% sont des PME et 1% seulement constitue les Grandes Entreprises. Un déficit qui appelle une synergie d’action dans la collaboration entre responsables des RH et QSHE, les médecins cliniciens, les infirmiers et les médecins spécialisés du travail. A l’issue des travaux, tous les participants se sont accordés sur un fait : Le travail peut avoir des effets bénéfiques sur notre santé mentale, mais il peut aussi être à l’origine de problèmes de santé mentale. Celle-ci peut notamment prendre la forme du syndrome d’épuisement professionnel ou « burn out ». Il s’agit du phénomène par lequel une personne se consume au travail, une forme de surmenage extrême qui mène à l’épuisement émotionnel, physique et psychique. Une souffrance qui arrive lorsque les conditions de travail génèrent des tensions fortes. Car les situations qui surviennent au travail et qui mettent en danger la santé mentale du travailleur représente de risques psychosociaux importants.

Lever le tabou et fixer le cap
Conséquence, lorsqu’une personne vit une situation de souffrance au travail, cela a des répercussions négatives sur toute l’équipe et sur l’organisation de l’entreprise. Preuve si besoin était encore que, la santé mentale est un levier de productivité et d’amélioration de la performance globale de l’entreprise. D’où la nécessité de se doter des moyens d’agir au quotidien pour apporter une réponse efficiente à cette épineuse question de santé mentale. Raison pour laquelle, les participants à ces journées nationales de la Société Camerounaise de la Sécurité et Santé au Travail, se sont engagés à présenter des travaux de recherche sur la cartographie des risques de la santé mentale en milieu du travail. Ce qui permettra à court terme de produite des chiffres fiables pour mesurer la situation de la santé mentale et les risques psychosociaux en entreprise. Par ailleurs, les participants ont adressé un plaidoyer au Ministre du Travail et la Sécurité Sociale afin que les risques psychosociaux qui n’apparaissent dans aucune réglementation nationale connaissent un arsenal réglementaire comme les autres risques de santé au travail. A l’instar de promouvoir sur le plan national de la formation des médecins spécialisés au travail qui se fait jusqu’ici à l’étranger et à des coûts onéreux ; et la diversification de la formation des inspecteurs du travail qui ne se fait qu’à l’Ecole Nationale de l’Administration et de la Magistrature (ENAM) et qui représente le faible nombre de tous les cycles. Plus encore, il faut ouvrir une spécialisation en sécurité et santé au travail. « Nous avons demandé l’élaboration d’une réglementation sociale spécifique aux risques psychosociaux en entreprise », a indiqué le Dr Kaptue.
Ce qui va conduite inéluctablement à la réécriture des textes réglementaires qui datent de 1965 pour la plus ancienne et de 1979 pour la plus récente. Une obsolescence du cadre réglementaire, qui rend la gestion de la sécurité et santé au travail inadaptée face aux mutations actuelles du monde du travail. Une situation qui entretient la cacophonie dans les entreprises pour déterminer celui qui gère la sécurité et santé au travail entre le patron, le responsable des RH et le responsables QHSE. Tout ceci est entretenu par une absence de formation ouvrière et patronale en matière de sécurité et santé au travail., une insuffisance de financement allouée par les entreprises, faible engagement des entreprises vis-à-vis de la RSE,, insuffisance en matière de contrôle de la SST,… Justifiant à suffire la portée de ces journées nationales de la SCSST dédiée à la santé mentale en milieu de travail qui ont permis d’explorer tous les aspects de la thématique. Au sortir de ses assises, il ne fait pas de doute que la santé mentale va s’inscrire durablement au cœur des politiques publiques, des pratiques en entreprise et dans les formations sanitaires publiques et privées. Ce qui a fait dire avec fierté au Président de la SCSST, Dr Joseph Sylvère Kaptue, que : « Nous avons rompu un tabou. La santé mentale et les risques psychosociaux ne seront plus un défi invisible dans nos entreprises ».
Mathieu Nathanaël NJOG



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