Le Cameroun et le Nigeria scellent une alliance stratégique face aux nouveaux périls transfrontaliers
COOPERATION DOUANIERE
Il est des géographies qui s’imposent comme des destins. Entre le Cameroun et le Nigeria, la ligne de partage des eaux et des terres n’a jamais été une simple frontière administrative : c’est un espace de flux, d’échanges, mais aussi de vulnérabilités partagées. Face à la sophistication de la grande criminalité transfrontalière, aux mutations des menaces sécuritaires et aux flux illicites qui saignent les économies de la sous-région, l’heure n’est plus à la simple coopération de façade. Elle est à l’intégration opérationnelle.

Ce lundi 26 octobre 2026, la Direction Générale des Douanes camerounaises, sise à l'annexe de Tsinga à Yaoundé, a offert l'image d'une administration résolument tournée vers l'avenir. En ouvrant ses portes à une délégation de haut vol issue du prestigieux Nigeria Customs Service Command and Staff College de Gwagwalada, le Cameroun a posé un acte fort. Cette immersion stratégique de cinq jours, placée sous le sceau de la protection de la société et de la sécurité collective, redessine les contours de la diplomatie douanière en Afrique centrale et de l'Ouest.
Quand l’uniforme s'accorde au diapason de l'excellence
Dans la solennité de la salle de réunions de Tsinga, mandaté par un Directeur Général des Douanes empêché, c’est le Commandant Ekolle Félix, patron charismatique du Groupement Spécial d'Intervention Douanière (GSID), qui a impulsé la dynamique de cette visite d'études d’envergure continentale. Baptisée de manière éloquente « Une Douane qui protège la société par sa vigilance et son engagement », cette session s'insère dans le cadre exclusif de l’Africa Study Tour. Ce programme d’élite ne choisit pas ses cibles au hasard : il se déploie simultanément cette année dans quatre nations phares du continent, la Tunisie, le Lesotho, le Niger et, par la grâce de sa position géostratégique, le Cameroun. Accueillant chaleureusement la délégation nigériane conduite par Happiness Ebelle, Assistant Comptroller of Nigeria Customs Service, le Commandant Ekolle Félix a rappelé la profondeur des liens unissant les deux nations. « Cette visite est bien plus qu'une simple courtoisie académique ; c'est une passerelle opérationnelle majeure », a-t-il martelé. Treize stagiaires et quatre administrateurs nigérians ont ainsi choisi de venir décortiquer l'architecture, l'organisation et la force de frappe de l'administration douanière camerounaise. Un choix qui consacre Yaoundé comme un pôle incontournable de la résilience douanière.

Un arsenal thématique d'une acuité redoutable face aux défis modernes
Loin des sentiers battus de la théorie bureaucratique, le fleuron académique des Douanes nigérianes est venu chercher à Yaoundé des clés de lecture chirurgicales. Du 26 au 30 octobre 2026, les experts des deux pays croisent le fer intellectuel et technique à travers des modules de haute voltige. Au cœur des discussions : l'intégration de la douane dans la communauté nationale de défense et de sécurité, sublimée par le retour d'expérience de l'emblématique Opération HALCOMI (Halte au Commerce Illicite). Les travaux ne s'arrêtent pas aux portes des casernes. Ils plongent dans les entrailles de la modernité technologique avec le monitoring des opérations douanières, les performances du scanning des marchandises et les arcanes du Programme SPC++. À l'heure où l'argent sale finance les pires tragédies sécuritaires, les séminaristes dissèquent également les techniques de pointe en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. L'échange de données en temps réel, la gestion coordonnée des frontières et l'optimisation des recettes budgétaires complètent cette partition taillée pour des États en quête de souveraineté financière.
De la salle de classe au terrain : l'épreuve des faits
La doctrine ne vaut que par son application sur le terrain. C’est pourquoi la feuille de route de la délégation nigériane s’affranchit du confort des amphithéâtres pour toucher du doigt la réalité des opérations. Les stagiaires ont ainsi pris la mesure du dispositif de surveillance camerounais en s'immergeant dans la salle de monitoring de la Direction Générale des Douanes, à l'Agence Nationale d'Investigation Financière (ANIF), et au sein de la redoutable Division des Enquêtes Douanières et de la Surveillance. Le volet académique et tactique s'est prolongé au Centre d'Instruction Douanière ainsi qu'à la prestigieuse École Internationale des Forces de Sécurité (EIFORCES), creuset des élites sécuritaires de la sous-région. Enfin, parce qu'une douane moderne doit composer avec les mastodontes de la logistique globale, des haltes stratégiques ont été menées chez Africa Global Logistics (AGL) et DHL, avant une consécration diplomatique au Haut-Commissariat du Nigeria à Yaoundé. Ce grand carrefour du donner et du recevoir s'achèvera en apothéose par une séance de restitution générale, une respiration culturelle à travers les richesses touristiques du pays, et un dîner de gala offert par le Ministre des Finances du Cameroun. Une clôture étincelante pour graver dans le marbre une alliance indéfectible : celle de deux administrations unies pour que leurs frontières cessent d'être des passoires, pour devenir des remparts de prospérité.
Delphine Nkengni N.



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