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Le Gouverneur de la région du Littoral et le Préfet du Département du Wouri dans une guerre de tranchées

COMMANDEMENT TERRITORIAL

La grande parade de la 54è édition de la Fête de l’Unité Nationale du 20 mai 2026, va se dérouler sous le ciel lourd et moite de la ville de Douala, la tribune officielle de la Bessekè avait des airs de tragédie grecque en treillis de commandement. Les cuivres résonnent, les troupes étaient impeccables, alignées comme des soldats de plomb. Le Gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, entama sa rituelle revue des troupes. Un exercice de haute voltige républicaine où le protocole sert de lubrifiant social. Mais ce jour-là, le script déraille sous les yeux médusés d’un public friand de gladiateurs administratifs.





Ce 20 mai 2026, arrivée à la place du défilé de la Béssékè, le Gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua démarre par la traditionnelle salutation de son Etat-major. Arrivé à la hauteur de son premier collaborateur, le Préfet du Département du Wouri, Sylyac Marie Mvogo, le patron de la région du Littoral, fige son regard, esquive le salut de ce dernier et passe son chemin. Un vent polaire, tout droit sorti des glaces du non-dit, vient de souffler sur la capitale économique. Un geste bref, mais lourd de symbole, surtout en un jour censé incarner l’unité nationale, la cohésion républicaine et le respect des institutions. L’image, capturée par mille smartphones, s’est répandue sur la toile camerounaise comme une traînée de poudre. Jamais on n’avait vu le Gouverneur de cette région, Ivaha Diboua, homme d’une pondération quasi ecclésiastique, mandarin de la réserve et de la discrétion, manifester un tel désaveu en mondovision. À ce niveau de l’État, le mépris n’est plus un sentiment, c’est une sentence. Même si certains centristes estiment que l’élégance professionnelle impose pourtant de savoir faire bonne figure en public, particulièrement lors des cérémonies officielles. Ce d’autant plus qu’ils soutiennent que : « Le protocole n’efface pas les désaccords ; il rappelle simplement que les hommes passent, mais que les institutions demeurent. C’est précisément dans les moments de tension que se mesure la grandeur des responsables publics ». Pour comprendre ce froid sibérien à l’équateur, il faut rembobiner la cassette. Retour au 6 février 2024. Ce jour-là, Sylyac Marie Mvogo prend les rênes du Wouri sous les vivats d’une forte délégation de la Lékié. Le Gouverneur Ivaha Diboua, fort de sa longévité exceptionnelle à la tête de cette région volcanique qu’est le Littoral, officie en vieux sage qui en a vu d'autres passer, des ducs et des barons, souvent repartis l’honneur en lambeaux.

Dans son discours d’installation, le Maître des cérémonies, Samuel Diuedonné Ivaha Diboua avait troqué le jargon administratif contre une mise en garde prophétique, presque testamentaire : « Si par un fâcheux concours de circonstances, vous faites le choix du gain facile, vous serez peut-être riche, mais il sera fort probable que vous ne soyez plus Préfet. » Une phrase ciselée à la machette que le nouveau « Chef de terre » a sans doute rangée dans le tiroir des formules de style. Erreur fatale. À peine installé, le jeune loup de la préfectorale s’est pris les pieds dans le tapis des dossiers brûlants de Douala, là où l’argent n’a pas d’odeur mais laisse de sacrées tâches sur les képis. Le ver était déjà dans la pomme dès juillet 2025, lors de la destruction controversée du marché des femmes de New-Bell par la Maire de la Commune d’Arrondissement de Douala 2e, Denise Fampou. À l’époque, le Préfet, Sylyac Marie Mvogo joue les pompiers de service, sentant le roussi politique à l’approche de la présidentielle. Il conseille à l'édile de surseoir à l'opération pour éviter un embrasement social. Mais la Dame de fer de New-Bell, fait la fine mouche, contourne la tutelle préfectorale pour aller frapper à la porte du Gouverneur. Ivaha Diboua qui signe la réquisition des Forces de Maintien de l'Ordre (FMO), appliquant le vieil adage : « Qui peut le plus peut le moins ». Le marché est rasé, les femmes pleurent, la base du RDPC s'indigne. C’est dans les salons feutrés de Bonanjo que la rumeur prend corps. Dans les pénates du Préfet du Wouri on apprend qu’il aurait refusé un « pactole » de 30 millions de FCFA pour signer cette réquisition. Et d’ajouter, dans un murmure assassin, que si le Gouverneur a court-circuité son autorité, c’est parce que le tarif serait monté à 50 millions de FCFA du côté des services régionaux. Ce fut le premier différend, la première estocade sous les roches entre les deux hommes. La guerre des tranchées était ouverte.  





Le baiser de Judas qui n’eut pas lieu à la Béssékè

Ce n’est que partie remise. Le 5 décembre 2025, le ciel lui tombe sur la tête. Une ordonnance du Président de la Cour d'Appel du Littoral, Emmanuel Arroye Betou, renvoie Sylyac Marie Mvogo devant le Tribunal de Grandes Instance du Nkam à Yabassi. Les motifs : « Abus de confiance, favoritisme en complicité et tentative d'escroquerie ». Une sombre affaire de transaction foncière illégale initiée par une certaine dame Kapche Bogne épouse Tazanou. Pour un Préfet en fonction dans le département le plus stratégique du pays, être traîné devant un tribunal de l'arrière-pays (privilège de juridiction oblige) sonne comme un hallali. À Yaoundé, dans les couloirs du Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT), son dossier disciplinaire se noircit progressivement. Toutefois, il est permis au serviteur de l'État de « préparer sa défense ». Le costume de rechange presbytéral commence à prendre la poussière. Sentant le roussi, le Préfet Sylyac Marie Mvogo a choisi la tactique de la terre brûlée. Dans une correspondance incendiaire datée du 14 mai 2026 adressée au MINAT, Paul Atanga Nji, il tire sur tout ce qui bouge, et vise la tête de sa hiérarchie directe : le Gouverneur. Révélant ainsi une guerre ouverte entre les deux plus hautes autorités administratives du Littoral. À l’origine du conflit se trouve un litige foncier sensible au lieu-dit Gwang-Bakoko dans le village Japoma du Canton Bakoko. Il porte sur l’occupation contestée d’une dépendance du domaine public routier de 4 000 m2. Selon le Préfet, cette parcelle susciterait les convoitises de l’homme d’affaires Nguefack Maurice, qu’il qualifie de « sulfureux prédateur foncier ». Le document affirme que ce dernier, est déjà détenteur d’un titre foncier de 09 hectares, chercherait à étendre son emprise sur le domaine public. Le Préfet soutient n’avoir fait qu’appliquer la loi en protégeant ce domaine, conformément aux autorisations signées par le Ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières (MINDCAF).

Le cœur le plus percutant de la lettre réside dans la mise en cause directe et frontale du Gouverneur de la Région du Littoral. Le Préfet affirme avoir reçu dans son bureau des Chefs de Cantons du Wouri venus lui avouer, après coup, avoir été manipulés par le Gouverneur de la Région du Littoral et ses affidés contre sa modeste personne. L’opération se serait produite lors d’un passage au salon VIP de l’Aéroport International de Douala. Il affirme même, dans un élan dramatique digne des grands martyrs de l'histoire, que : « Ma mort viendrait de ce que j'ai refusé de pactiser avec ce cartel de prédateurs fonciers. » Le mot est lâché : Cartel. Une sémantique de reines de la coke colombienne appliquée à l’état-major administratif du Littoral. La riposte des dignitaires du Ngondo, sous la plume de S.M. Gaston Mbodi Épée, ne s'est pas fait attendre. Les chefs Sawa crient à la diffamation et renvoient le Préfet à ses propres turpitudes, affirmant que c'est depuis son arrivée que les litiges fonciers se sont exacerbés à Douala. Pour clore sa défense, Sylyac Marie Mvogo troque sa casquette de commandement contre l’étole de séminariste qu’il fut avant d'entrer dans l'administration. Il rappelle au MINAT qu’il s’était juré de prouver qu’on peut servir Dieu même au sein de l’État. S’ensuit une analogie christique hallucinante avec les fêtes de Pâques : le Christ est mort pour la vérité, mais sa résurrection au troisième jour consacre le triomphe du juste. Il signe son apocalypse administrative par un pompeux :« Cognoscetis veritatem, et veritas liberabit vos [Traduction : Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira] » Sauf qu’à Douala, la vérité des prix fonciers affranchit rarement les hommes de la tentation. En renvoyant la balle à Yaoundé, le Préfet du Wouri joue son va-tout. Mais en accusant son supérieur hiérarchique direct de complicité de gangstérisme foncier, il a brisé le dernier tabou de l'omerta administrative. Reste à savoir si Paul Atanga Nji choisira de sauver le soldat Mvogo ou s'il laissera le vieux briscard du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, digérer tranquillement ce Préfet qui aimait un peu trop les paraboles... et le foncier.



Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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