Le lancement du nouveau PVGFD s’est fait sous fond de règlements de comptes politiques
- Mathieu Nathanaël Njog
- 11 juil.
- 6 min de lecture
DOUALA
Les 7 et 8 juillet 2026, la capitale économique du Cameroun a pourtant vu déferler un tout autre type d'onde : celle d'une mobilisation républicaine de haut vol. Bottes de chantier aux pieds, dossiers techniques sous le bras, Célestine Ketcha Courtès, Ministre de l’Habitat et du Développement Urbain, a entamé un marathon de terrain qui fera date. Flanquée du Gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, et des édiles locaux, elle a arpenté le bitume et la boue pour inspecter les lignes de front pour présider la cérémonie officielle de lancement des travaux de construction des drains structurants du Projet Villes et Gestion Foncière Durable.

Les visages fermés des riverains, trop souvent habitués à scruter les nuages avec angoisse, ont laissé place à une lueur d’espoir. De Denver à Bonamoussadi, en passant par le Carrefour Conquête, l’Hôpital général, la Haute Tension Beedi, jusqu’au cœur battant du rond-point Saint-Michel et du Dispensaire de Nylon, le constat reste le même. Ici, la vie des populations est suspendue aux caprices du ciel. Les inondations chroniques n’y sont pas de simples faits divers, mais un calvaire qui paralyse l’économie, détruit les foyers et asphyxie la mobilité urbaine. Face à cette fatalité tropicale, le gouvernement oppose désormais la rigueur de l'ingénierie et la force de la planification. Le ton a été donné lors du débriefing sans concession qui a suivi cette descente de terrain. Il ne s'agit plus de concevoir, mais d'exécuter. Première urgence : l’achèvement de 2,6 Km de drains structurants dans les arrondissements de Douala III et Douala V. Ces infrastructures, héritées du Projet de Développement des Villes Inclusives et Résilientes (PDVIR), constituaient des chantiers en souffrance, restés inachevés, que le Projet Villes et Gestion Foncière Durable (PVGFD) prend désormais à bras-le-corps.
L’héritage du PDVIR : Finir les chantiers de la discorde
L’enjeu est vital : libérer les voies d'évacuation des eaux pluviales, stabiliser le cadre de vie et fluidifier une circulation urbaine interrompue à la moindre averse. Devant les entreprises prestataires, la Ministre de l’Habitat et du Développement Urbain (MINHDU), Célestine Ketcha Courtès n’a pas usé de la langue de bois diplomatique. Le message était direct, presque martial : professionnalisme, rigueur, célérité. Dans une métropole qui n'attend plus, le respect des délais et des normes techniques est un impératif catégorique, pour éviter que ce nouveau programme de six (6) ans ne connaisse, lui aussi, les affres des éternels projets inaboutis. Le lendemain, mercredi 8 juillet 2026, l'intensité est montée d'un cran à PK11, point névralgique de l’Arrondissement de Douala Vè. La boue et la poussière habituelles ont laissé place aux chapiteaux officiels pour la cérémonie de lancement des travaux de construction des drains structurants du PVGFD. Le parterre de personnalités en dit long sur le caractère stratégique de l'événement. Aux côtés de la MINHDU, on retrouvait le Ministre délégué à la Présidence chargé des Marchés Publics, Ibrahim Talba Malla, le Gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua et le Directeur de Division de la Banque Mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Cheick Fantamady Kanté. Autorités administratives, chefs traditionnels et une foule compacte de riverains se bousculaient.

Ce n’est pas une simple pose de première pierre ; c’est le top départ d’un vaste programme national destiné à moderniser la gouvernance foncière et à vacciner nos cités contre les inondations. « À travers ce projet, nous traduisons en actes les Très Hautes Orientations du Chef de l’État en faveur de la modernisation des villes, de l’amélioration de la mobilité urbaine et de la gouvernance foncière », a martelé Célestine Ketcha Courtès. Pour la Ministre, le PVGFD n'est pas qu'une affaire de béton : « Le PVGFD doit permettre de construire des villes plus résilientes, plus inclusives et plus agréables à vivre pour les générations présentes et futures. » Elle a également salué l'engagement technique et financier de la Banque Mondiale, partenaire indéfectible du Cameroun. Pour financer cette ambition, le Cameroun a su mobiliser ses partenaires. L’appui de la Banque Mondiale se matérialise par une enveloppe globale de 200 millions de dollars (soit près de 120 milliards de FCFA), étalée sur six ans. Cette manne financière ne servira pas à saupoudrer des solutions éphémères, mais à attaquer les racines du mal-être urbain à Douala et à Yaoundé.
120 milliards de FCFA pour réinventer l'espace urbain
À Douala, les investissements porteront sur la réalisation de 14,02 Km de voiries modernes et de 10 Km de drains structurants, avec une intervention ciblée sur des bassins versants prioritaires comme celui de Bobongo. À Yaoundé, ce sont près de 13 Km de voiries structurantes qui sortiront de terre ou s’offriront une cure de jouvence. Au-delà des infrastructures routières et hydrauliques, le projet prévoit le renforcement des outils de planification et de gestion foncière, un secteur trop longtemps miné par l'opacité. Mais comment s'assurer que ces investissements massifs produiront les résultats escomptés ? La réponse a été apportée dans l'après-midi du 8 juillet, dans la salle Rodolphe Tokoto de la Communauté Urbaine de Douala (CUD). Devant le Maire de la Ville, Roger Mbassa Ndinè, il a été procédé à la signature solennelle des « Contrats de Ville » entre le MINHDU et les collectivités territoriales bénéficiaires. Ces documents sont de véritables outils de gouvernance contractuelle. Ils fixent les engagements financiers et opérationnels de chaque partie, les priorités d'investissement, ainsi que les obligations de transparence. En s’engageant concrètement, la ville de Douala prouve qu'elle est un acteur majeur de sa propre métamorphose, en droite ligne avec les objectifs de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30).

Pourtant, derrière le vernis des discours officiels et la solennité de la signature des « Contrats de Ville » les murmures des coulisses racontent une tout autre histoire. Celle d'un parfum persistant de règlement de comptes politique. Au moment où la Ministre Ketcha Courtès procédait à la remise officielle de deux balayeuses mécaniques destinées à la CUD et à la Commune d’Arrondissement de Douala IIIe, un grand point d’interrogation s’est levé. Où était donc passée la mairie de Douala IIe ? Si Douala IIIe s’illustre par ses efforts, la municipalité de Douala IIe est un modèle de salubrité urbaine et de propreté qui ne laisse aucun habitant de la capitale économique indifférent. Logiquement, elle aurait dû figurer en bonne place parmi les bénéficiaires de cette dotation liée aux États généraux sur la gestion des déchets. Mais à Douala, le secret de Polichinelle est bien gardé : depuis de longs mois, la Ministre Ketcha Courtès se crêpe ouvertement le chignon avec sa « sœur » Denise Fampou, l’inamovible et charismatique Maire de Douala IIe. Résultat de cette guerre des dames ? Douala IIe se retrouve systématiquement exclue et mise au pain sec sur tous les projets d’envergure que le MINHDU pilote. Une politique de deux poids, deux mesures qui fragilise l'équité territoriale.
Un lancement en fin de mandat
L’autre angle mort de ce déploiement en grande pompe réside dans son calendrier électoral particulièrement sensible. Le PVGFD est projeté sur une durée de six ans, alors même que les exécutifs des Mairies de ville et des Communes d'Arrondissement bénéficiaires se trouvent en toute fin de mandat. L’incertitude politique est maximale. Si plusieurs des édiles actuels ne renouvellent pas leur bail dans les mois à venir, qu'en sera-t-il de la continuité de l'action publique ? Le scénario d'une alternance locale commence à bruisser dans les artères de Douala. Si l’opposition venait à reprendre le contrôle de ces municipalités stratégiques, comme semblent l’annoncer certaines tendances lourdes sur le terrain, la transition ne se fera pas dans la dentelle. On assistera inévitablement à de féroces querelles d’audits, à des remises en cause des contrats signés et, à coup sûr, à un blocage systématique de l’exécution des projets sur le terrain. Une perspective de paralysie institutionnelle qui a déjà le don d’ulcérer et d’inquiéter au plus haut point les bailleurs de fonds, Banque Mondiale en tête, peu friands de l'instabilité politique camerounaise.
Au moment où les délégations officielles quittent Douala, laissant derrière elles le vrombissement des premières machines, une évidence s'impose. Le PVGFD vient de franchir l’étape des signatures pour entrer dans celle de l'action brute. Le gouvernement a posé les bases, la Banque Mondiale a aligné les fonds, et les Magistrats municipaux ont scellé leur alliance. Mais la réussite finale de ce chantier de 120 milliards de FCFA ne dépendra pas seulement de la résistance du béton ou des caprices électoraux. Elle reposera sur le civisme et l'appropriation des populations bénéficiaires. Arrêter de jeter les ordures dans les cours d'eau, respecter les emprises publiques, préserver ces infrastructures communes : tel est le véritable contrat citoyen que les habitants de Douala doivent signer avec leur avenir, loin des calculs politiciens et des rancœurs personnelles. La transformation est en marche, mais ses gardiens devront être vigilants.
Mathieu Nathanaël NJOG



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