Le renforcement de la puissance énergétique au cœur de la stratégie de viabilité du géant portuaire
- Mathieu Nathanaël Njog
- il y a 22 heures
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Dernière mise à jour : il y a 4 heures
PORT EN EAU PROFONDE DE KRIBI
À Kribi, l’avenir industriel du Cameroun ne se joue plus seulement sur les quais où balancent les portiques, mais désormais le long des tranchées et au sommet des pylônes high-tech. Le 19 août 2026, Gaston Eloundou Essomba, Ministre de l’Eau et de l’Énergie, y a mené une inspection décisive : vérification de l’avancement du chantier du poste 225/30 kV et de la ligne haute tension biterne. Deux projets colossaux de 35 milliards de FCFA conçus pour sécuriser l’approvisionnement de la zone industrialo-portuaire. Entre redondance électrique, extension de la centrale à gaz à 620 MW et adduction d’eau potable, la plateforme de Kribi affine sa viabilité stratégique, bien décidée à porter, à terme, près de 10 % du PIB national.

Sur les terres côtières de Mboro, là où le grondement des vagues se mêle désormais au vrombissement des engins de chantier, l’économie camerounaise cherche son second souffle. Ou plutôt, son « oxygène ». Le mot est signé Gaston Eloundou Essomba. Ce mercredi 19 août 2026, le ministre de l’Eau et de l’Énergie effectuait une descente d’inspection très surveillée sur le site du Port Autonome de Kribi (PAK). Une mission de contrôle au cordeau, menée sous les yeux attentifs du Gouverneur du Sud, Félix Nguele Nguele, du Préfet de l’Océan, Bouba Haman, et du Directeur Général du PAK, Patrice Melom. L’objectif de cette pérégrination ministérielle au cœur du domaine portuaire ? Toucher du doigt la réalité d’un chantier vital pour l’avenir industriel de la sous-région : le renforcement massif et la sécurisation du réseau d’approvisionnement énergétique du complexe portuaire. Car si les titans de mer accostent désormais sans peine le long des quais en eau profonde, l’ambition terrestre de Kribi étouffait jusqu’ici sous la menace chronique des délestages et des insuffisances de tension. « Le port en eau profonde de Kribi est porteur de beaucoup d’emplois. Il faut créer autour un écosystème favorable à l’industrialisation. Il faut de l’eau et il faut de l’électricité. L’électricité, c’est l’oxygène de l’industrie », a martelé le ministre devant un parterre de techniciens et de décideurs. Et à Kribi, la respiration industrielle exige des volumes imposants. Face à une demande immédiate évaluée à 100 MW, mais appelée à exploser entre 330 et 400 MW à mesure que la zone industrielle adjacente se remplit d’usines de transformation, l’État du Cameroun a dû sortir le grand jeu. La réponse technique tient en un investissement massif de 35 milliards de FCFA articulé autour de deux ouvrages majeurs : - Un poste électrique haute tension 225/30 kV au cœur du port, d’une capacité de transformation initiale annoncée jusqu'à 180 MVA (s'appuyant sur des transformateurs modulaires de 60 MVA), s’imposant d'ores et déjà comme le plus puissant jamais édifié sur le territoire national. - Une ligne biterne 225 kV de 42 km, véritable cordon ombilical tendu entre la centrale thermique à gaz de Kribi (KPDC) et le nouveau poste du PAK.
Le pari de la redondance absolue
Au-delà de la simple puissance brute, c’est l’architecture même de la ligne qui traduit le changement de doctrine des autorités. Le Ministre a détaillé avec minutie la subtilité du réseau à deux circuits. Le premier circuit fonctionnera en liaison dédiée et exclusive : l'énergie produite par la centrale à gaz injectera directement sa puissance dans le poste du port, sans passer par les méandres du réseau général. Le second circuit, en revanche, jouera la carte stratégique de la redondance. Connecté au Réseau Interconnecté Sud (RIS) via le nœud stratégique de Mangombé, il permettra de basculer instantanément sur d'autres sources de production nationales, qu’il s’agisse du nouveau giant hydroélectrique de Nachtigal ou des barrages historiques de Song Loulou et Memve’ele. En clair : même si la centrale à gaz de Kribi venait à subir un arrêt technique, le port ne vacillerait pas. Une garantie de continuité essentielle pour rassurer les investisseurs internationaux échaudés par les sautes d'humeur du réseau électrique local. Sur le terrain, les équipes techniques s’activent pour tenir le calendrier fixé par le gouvernement : une mise en service définitive programmée pour la fin du mois de janvier 2027. Si le poste électrique affiche une maturité quasi complète avec des équipements fabriqués à 100 % et des tests d’acceptation réussis, la ligne aérienne accélère le rythme. Sur les 121 fondations nécessaires à l'ancrage des pylônes, 109 sont déjà coulées (soit 89 %), tandis que le montage des structures métalliques franchit la barre des 26 %. Restent quelques goulots d’étranglement, notamment la libération définitive des derniers 6 kilomètres de corridor d’emprise, où les négociations sociales et l’indemnisation des riverains font l’objet de toutes les attentions ministérielles.

Au-delà du courant, le cap des 620 MW et l’eau potable
Mais la vision déployée à Kribi ne s'arrête pas à la livraison de cet ouvrage intermédiaire. Anticipant une demande qu'il qualifie lui-même d'« exponentielle », Gaston Eloundou Essomba a confirmé le projet stratégique d’extension de la centrale à gaz de Kribi. L'ambition est claire : tripler sa capacité actuelle pour la porter à 620 MW, faisant du complexe gazier la première centrale du pays. Un changement d'échelle indispensable si le pôle de Kribi veut tenir sa promesse fondamentale : générer à lui seul entre 8 % et 10 % de la richesse nationale. Enfin, constatant que l’industrie lourde ne vit pas seulement de kilowatts, la délégation ministérielle a achevé son périple sur le chantier voisin de l’adduction en eau potable du port. Inspection de la station de captage et visite de l’usine de traitement : l'infrastructure destinée à approvisionner la zone portuaire et les usines de la plateforme doit entrer en production au début de l'année prochaine. En associant sécurité électrique absolue et réseau hydraulique de forte capacité, Kribi ne se contente plus de bâtir un port : le complexe dessine les contours d'un écosystème résilient, attractif et taillé pour la compétition mondiale. Les mégawatts et les mètres cubes d’eau sont au rendez-vous ; il appartient désormais aux industriels de transformer cette énergie en émergence.
Mathieu Nathanaël NJOG
Grand Reporter / Anaglyphe & Analyste spécialisé des questions économiques



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