Le rouleau compresseur se déploie contre les dames Me Alice Nkom et Maximilienne Ngo Mbe
- Mathieu Nathanael NJOG

- il y a 3 jours
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AFFAIRE BRIS DE SECELLES AU REDHAC
Vingt-sept minutes chrono. C’est le temps qu’il a fallu, pour tenter de sceller le destin judiciaire de deux figures de proue de la défense des droits de l’Homme au Cameroun. Dans la fournaise matinale du Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo, ce 1er juin 2026, la dixième audience de l’affaire État du Cameroun contre Me Alice Nkom et Maximilienne Ngo Mbe a pris des airs de formalité expéditive, sous le regard circonspect d’une assistance qui ne compte plus les renvois.

Légende : Le Préfet du département du Wouri Sylyac Marie Mvogo et le Sous-Préfet de l'Arrondissement de Douala 1er, Arnaud Heungap
Alors que Maximilienne Ngo Mbe, Directrice Exécutive du REDHAC, brillait par son absence pour des raisons de santé, on la comprend, le climat judiciaire camerounais donnerait des migraines au plus robuste des citoyens, le Ministère Public, lui, affichait une forme olympique. La vedette du jour, le Sous-Préfet de l'Arrondissement de Douala 1er, Arnaud Heungap. Représentant le Préfet du Wouri, Sylyac Marie Mvogo, et par ricochet l’État du Cameroun, l’autorité administrative est venue à la barre avec une certitude qui confine au dogme. Dans un exercice de « re-examination in chief » qui ressemblait fort à une répétition générale bien huilée, le représentant du Ministère Public lui a tendu les perches, et le Sous-Préfet les a saisies avec la ferveur d’un premier communiant. « Confirmez-vous avoir apposé les scellés le 9 décembre 2024 ? », interroge le Procureur. « Oui », répond l’administrateur. « Me Alice Nkom les a-t-elle brisés ? ». « Oui ». « Était-elle au courant des arrêtés du MINAT ? ». Et là, l’argument massue tombe : « Oui, puisque c’était déjà sur les réseaux sociaux ». On appréciera la finesse de l’analyse juridique : au Cameroun, la notification officielle semble désormais passer par l’algorithme de Facebook et les groupes WhatsApp. Le droit administratif vient de prendre un sérieux coup de vieux sur les rives du Wouri.
Le spectacle ne s’est pas arrêté là. Alors que deux autres témoins, Me Calvin Job et M. Kombi Baya Essome, attendaient peut-être d’apporter leur grain de sel, le Ministère Public a soudainement décidé que leur présence était « inopportune ». Pourquoi s’encombrer de témoignages supplémentaires quand le Sous-Préfet a déjà dit tout ce qu’on attendait de lui ? Circulez, il n’y a plus rien à voir. Face à cette mécanique de précision, Me Alice Nkom, fidèle à sa réputation de lionne du barreau, a choisi l’arme la plus redoutable : le silence. En invoquant les articles 360 et suivants du Code de Procédure Pénale, la Co-PCA du REDHAC a refusé de participer à cette mise en scène, laissant le tribunal face au vide de ses propres certitudes. Quand vint le moment des réquisitions, le Ministère Public, pourtant si pressé d’en finir avec les témoins, a soudainement eu besoin de reprendre son souffle. Un mois de délai demandé pour préparer la suite. Un peu trop pour Me Claude Assira, Conseil de la défense, qui s’est insurgé contre cette énième manœuvre dilatoire. « Ce procès a trop duré ! », a-t-il martelé, rappelant que les absences répétées de l’État ne devraient pas se transformer en punition pour la défense.

Légende: Me Alice Nkom et Maximilliene Ngo Mbé
Peine perdue. La justice camerounaise a ses propres fuseaux horaires. Rendez-vous a été pris pour le 6 juillet 2026. Au-delà de la bataille procédurale de Bonanjo, c’est le climat délétère d’un Cameroun post-présidentielle de 2025 qui s’invite dans le prétoire. Le REDHAC, par la voix de sa Coalition Pays, ne s’y trompe pas. En dénonçant ces « manœuvres visant à saper le moral » de ses dirigeantes, l’organisation pointe du doigt une réalité plus sombre : la multiplication des discours de haine et l’incarcération systématique des voix dissidentes. Alors que les prisons de Kondengui et New Bell regorgent de journalistes et de militants interpellés dans le sillage du scrutin d’octobre 2025, le cas Nkom-Ngo Mbe apparaît comme le baromètre d’une démocratie en apnée. Le gouvernement est-il prêt à lâcher du lest ? L’adoption de la loi sur la protection des défenseurs des droits de l’homme, qui prend la poussière au Sénat depuis avril 2025, serait un début. Mais à Douala, ce 1er juin, le parfum qui flottait dans la salle d’audience ressemblait moins à celui de l’apaisement qu’à celui, tenace, d’une justice aux ordres. Vivement que les scellés du droit soient levés sur la vérité. Affaire à suivre, le 6 juillet prochain.
M.N.N.



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