Le show genevois de Manaouda Malachie face à la réalités de la santé « Made in Cameroon »
- Mathieu Nathanael NJOG

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AMS GENEVE 2026 :
Ce mardi 19 mai 2026, à Genève, dans le cadre de la 79ᵉ Assemblée Mondiale de la Santé, notre sémillant Ministre de la Santé Publique, le Dr Manaouda Malachie, a sorti sa plus belle plume et sa voix des grands jours pour porter ce que les communiqués officiels appellent pompeusement « la voix de l’Afrique ». Autour d’une table garnie par le Fonds Mondial, l’Union Africaine et l’OMS, le patron de la santé camerounaise est venu prêcher la révolution du financement sanitaire. Un sermon helvétique, chic et choc, qui pose de bonnes questions, mais laisse le contribuable de camerounais sur sa faim de vérité.

On le sait depuis l’époque où le « Kongossa » n’était pas encore numérisé : le Cameroun brille toujours sous les lambris dorés des capitales occidentales. Dans une salle climatisée où le prix du café équivaut au budget quotidien d’un district de santé à l’Est-Cameroun, le Ministre de la Santé publique (MINSANTE), Manaouda Malachie a martelé que « la santé ne doit plus être un luxe ». Un constat lucide, presque révolutionnaire pour un membre du gouvernement de Yaoundé. S’appuyant sur les chiffres rigides de l’OMS, le patron de la santé publique au Cameroun a dénoncé le drame des ménages africains obligés de brader les terrains, de liquider le bétail ou de vider la tontine pour payer une césarienne ou une boîte d’artémisinine. C’est beau, c’est noble, et cela arracherait presque une larme à un banquier de la place genevoise. Le MINSANTE a même sorti l’artillerie lourde : 4,7 millions de Camerounais enrôlés dans la Couverture Santé Universelle (CSU) depuis avril 2023, des accouchements pris en charge en pagaille, et des consultations gratuites pour les bambins. À écouter ce bilan à l'exportation, le Cameroun serait devenu la Scandinavie de l’Afrique centrale. Mais au Canard Libéré, on a le fâcheux réflexe de regarder sous le tapis de la communication gouvernementale.
Derrière les trémolos de la dignité humaine et de la souveraineté sanitaire se cache un enjeu beaucoup plus prosaïque : l'argent. L'Afrique en général, et le Cameroun en particulier, font face à un assèchement des financements internationaux. Les bailleurs de fonds traditionnels (Fonds Mondial, GAVI, Banques de Développement) subissent la fatigue des donateurs, fatigués de voir leurs milliards s'évaporer dans les méandres bureaucratiques africains ou réorientés vers les crises géopolitiques européennes et moyen-orientales. L'enjeu de cette Assemblée Mondiale de la Santé (AMS) 2026 pour Yaoundé n'est pas seulement humanitaire, il est comptable. Il s'agit de négocier la transition : comment faire pour que les partenaires occidentaux ne coupent pas brutalement le robinet des subventions (notamment pour le VIH, le paludisme et la tuberculose) alors que le budget national, étranglé par la dette et les chantiers interminables, est incapable de prendre le relais ? La « souveraineté » prônée à Genève est en réalité un cri de détresse financier.

Les résolutions rédigées avec l’encre sur du papier de soie ?
Qu’a-t-on résolu à Genève, entre deux petits fours ? Les résolutions de l'AMS 2026 s'orientent vers un « nouveau pacte de solidarité ». Traduction en français facile : on demande aux États africains de respecter enfin la fameuse Déclaration d'Abuja de 2001, qui exigeait de consacrer 15 % du budget national à la santé. Un seuil dont le Cameroun reste désespérément éloigné, oscillant péniblement entre 5 % et 7 % selon les années de vaches grasses ou maigres. L'autre grande résolution concerne la relocalisation de la production des médicaments. L’OMS veut que l’Afrique produise ses propres vaccins et molécules essentiels. Sur ce point, le Cameroun a des cartes à jouer avec son projet de technopôle pharmaceutique qui dort dans les tiroirs depuis des lustres. Mais pour transformer cette résolution en comprimés réels dans nos pharmacies de brousse, il faudra plus que des signatures sur les bords du lac Léman ; il faudra chasser les réseaux de la corruption qui préfèrent les importations juteuses aux industries locales.
La grande annonce du Ministre Manaouda Malachie pour clore son show, c’est l’organisation à Yaoundé, en septembre 2026, d’un Forum régional consacré à la CSU et au financement de la santé. Le Cameroun va donc encore endosser son costume favori de « pays organisateur » des jamborées internationales. Sur le plan diplomatique : Une belle opération de com' pour le régime, qui pourra s'enorgueillir d’être le phare de la santé en Afrique. Sur le plan économique : Les hôtels de Yaoundé feront le plein, les berlines noires vont rouler, et les experts en perdiems vont se frotter les mains. Sur le plan sanitaire (le seul qui compte) : Ce forum pourrait – si les dieux de la politique de Yaoundé sont cléments – forcer le secteur privé et les banques locales à s'impliquer enfin dans le financement de la santé à travers des partenariats public-privé (PPP) moins opaques que d'habitude. Cela pourrait aussi accélérer la mise à niveau technique de nos hôpitaux de référence (les fameux hôpitaux généraux qui ressemblent parfois à de grands dispensaires de luxe sans scanners fonctionnels).

La CSU à l'épreuve
Mais redescendons d'ici septembre 2026. Quittons Genève et atterrissons à Yaoundé. Les 4,7 millions d'enrôlés à la CSU brandis par le Ministre sont une chose, la réalité des soins en est une autre. Allez faire un tour à l’Hôpital Central ou à l’Hôpital Laquintinie de Douala. L'enrôlement est gratuit, certes, mais essayez d'obtenir un examen sans glisser un « billet de motivation » au technicien de laboratoire. Essayez de trouver les médicaments « gratuits » de la CSU dans les pharmacies des hôpitaux publics, souvent en rupture de stock chronique, obligeant les gardes-malades à courir vers les pharmacies commerciales du coin de la rue – ou pire, vers le marché des médicaments de la rue « le gazon » pour se les procurer à des prix que leurs bourses ne peuvent pas toujours assurer. Ou encore comment comprendre que des femmes meurent encore en donnant naissance ? L’appel du Cameroun à repenser le financement est juste. L’Afrique ne peut plus mendier sa santé. Mais pour être crédible à l’extérieur, il faut être irréprochable à l’intérieur. Tant que le budget de fonctionnement du moindre Ministère de souveraineté dépassera celui de la santé publique, tant que nos élites prendront l’avion pour se soigner en Europe au moindre rhume élyséen, les discours de Genève resteront ce qu'ils sont : de la haute voltige diplomatique pour amuser la galerie internationale. Le rendez-vous de septembre 2026 à Yaoundé est pris. Nous y serons, non pas pour applaudir les vestons, mais pour compter les pansements et vérifier si l'argent de la santé soigne enfin le peuple, ou s'il continue de financer la santé financière de quelques initiés.
Mathieu Nathanael NJOG



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