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Les populations ne voient toujours pas les retombées du grand bluff des comptes reluisants

COMMUNAUTE URBAINE DE DOUALA

Cinquante-huit « Grands Conseillers » de la Communauté Urbaine de Douala se sont extraits de leurs salons climatisés pour sacrifier à la traditionnelle session d’examen et d’adoption du compte administratif de l’exercice clos au 31 décembre 2025. Ce grand rituel budgétaire s’est déroulé les 23, 25 et 26 mars 2026, sous les lambris dorés, et s’est achevé sur un refrain connu : autosatisfaction béate, tapes amicales dans le dos et motions d’encouragement à l’Exécutif communautaire. Pourtant, derrière la vitrine clinquante des 101,14 % de taux d’exécution globale des recettes soit 91,7 milliards de FCFA recouvrés, les états financiers étalés sur la table du Conseil révèlent une réalité économique beaucoup plus en inadéquation avec les attentes des populations de la capitale économique.





À un an du terme d’un mandat municipal pourtant prorogé de 18 mois, le bilan de l’exécutif est mitigé. Entre l’artifice de l'excédent 2025 en trompe-l’œil budgétaire, une voirie urbaine en décomposition et une caisse de résonance politique, le Maire de la ville de Douala, Roger Mbassa Ndiné peut bien bomber le torse face à une croissance locale affichée à 3,6 %. Mais de quoi parle-t-on en réalité ? Le fameux excédent budgétaire de l’exercice 2025, chiffré à un solde théorique de 25,8 milliards de FCFA, n’est qu’un mirage technique immédiatement reversé dans le budget initial de 2026 sous forme de « balance d’entrée ». Cet excédent permanent, qui se transmet d’année en année comme un héritage encombrant, n’est pas le signe d’une santé financière de fer, mais plutôt le symptôme d’une incapacité chronique à dépenser l'argent public là où les populations l’attendent. Plus grave encore, l'analyse froide des états financiers démonte le storytelling officiel : sur le solde de trésorerie réel du Receveur Municipal (23,8 milliards de FCFA au 31 décembre 2025), la modique somme de 16,5 milliards de FCFA est purement et simplement bloquée, « logée » dans les méandres du Trésor Public. Résultat ? Une indisponibilité de cash récurrente pour payer diligemment les prestataires et les PME locales qui s'asphyxient, pendant que la CUD jongle avec des « débits d’office » imposés par le FEICOM (768 millions de FCFA) ou le fisc (206 millions de FCFA pour redressement). Un pilotage à vue qui frise l’amateurisme managérial.

Où va l'argent des contribuables de la capitale économique ? Certainement pas dans le béton, le goudron ou l'éclairage public. Sur les 58 milliards de FCFA de dépenses ordonnancées, la quote-part allouée au fonctionnement du gigantesque appareil bureaucratique de la CUD dévore le budget. Les seuls frais de personnel s’élèvent à 10,7 milliards de FCFA, soit un ratio de 36,19 % des dépenses de fonctionnement. Une hérésie comptable qui viole allègrement le ratio prudentiel légal fixé à 35 % par le Code Général des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD). Pendant que la bureaucratie fait du gras, l’investissement est maintenu sous assistance respiratoire. Les Commissions spécialisées avouent, la mort dans l’âme, un niveau d’engagement des dépenses d'investissement historiquement bas : à peine 35,76 %. Comment comprendre un tel goulot d'étranglement alors que l’exécutif a obtenu la création d'une deuxième Commission de passation des marchés, et lorgne désormais cyniquement vers une troisième sous l'aile du Ministre des Marchés Publics (MINMAP) ? L'explication est politique : l'exécutif défend ses projets avec brio lors des sessions budgétaires pour amuser la galerie, avant de sombrer dans l'inertie opérationnelle une fois les lampions éteints. Les documents légaux indispensables – notamment le rapport indiquant les mesures pour maîtriser les restes à recouvrer (qui culminent à 18,1 milliards de FCFA, dont 32 % sont totalement irrécouvrables) – ont, une fois de plus, été dissimulés sous le tapis.




Un Organe délibérant de résonance recadré par le Préfet

Si la Communauté Urbaine de Douala (CUD) navigue à vue, c'est aussi parce que son organe délibérant a démissionné de son rôle de contre-pouvoir. Transformé en une chambre d’enregistrement complaisante, le Conseil vote tout, ferme les yeux sur tout, et valide les yeux fermés. Heureusement, la tutelle veille au grain. Le couperet de l’autorité administrative est tombé sans pitié : sur 44 délibérations adoptées à la hâte par le Conseil en 2025, seulement 27 ont reçu l’onction préfectorale. Dix (10) délibérations majeures ont été purement et simplement rejetées par le Préfet du Wouri, Sylyac Marie Mvogo pour cause d'illégalité flagrante ou de contradictions textuelles avec les lois de la République, tandis que sept (7) autres sont en sursis. Voir des projets aussi cruciaux que la construction d’une centrale solaire à Manoka ou le fonds de garantie pour les pré-collecteurs d’ordures ménagères retoqués par la tutelle administrative en dit long sur le niveau d’amateurisme juridique des textes pondus par l’exécutif de la CUD. Plutôt que de faire amende honorable, les Grands Conseillers en sont réduits à mendier une « Plateforme Tutelle-CUD » pour essayer de sauver les meubles. Une humiliation institutionnelle pour la plus grande métropole du pays. Sur le terrain, le divorce entre les discours officiels et le vécu des populations est total. Malgré les effets d’annonce et la création en grande pompe d’une Régie de la Propreté Urbaine (RPU), la ville de Douala demeure un dépotoir à ciel ouvert. Les immondices essaiment les carrefours, les marchés et les axes principaux. La politique révisée de collecte et de pré-collecte de proximité, annoncée à grand renfort de publicité en février dernier auprès des associations de quartiers, traîne désespérément à prendre corps.

La bureaucratie bloque tout : le site de l'ancienne zone industrielle MAGZI à Bonabéri, censé accueillir le nouveau Centre de transfert des ordures ménagères prévu au budget 2026, est toujours indisponible. Faute d’avoir installé des bacs à ordures et distribué de sacs poubelles, tel que la CUD l’avait en projet du fait d’un retard à l’allumage des négociations avec les plasturgistes locaux, les populations créent des dépotoirs de manière anarchique. Les canalisations bouchées par les déchets issus des curages à la petite semaine de l’opération « Emplois jeunes » achèvent de transformer la cité en un foyer d'insalubrité permanent. Pour circuler à Douala en ce début d’année 2026, il faut s’armer de courage ou disposer d'un char d'assaut. L’entretien et l’aménagement des voiries urbaines relèvent du mirage. Les artères de la ville sont parsemées de routes défoncées ayant l’allure de « langues de chat », un stigmate de l'érosion et du bitume au rabais. Il n'existe plus un seul axe routier majeur sans crevasses ni nids-de-poule béants. Cette dégradation avancée de la chaussée influence de manière dramatique la fluidité de la circulation, générant des embouteillages monstres à longueur de journée et causant de sérieux dommages mécaniques aux véhicules des contribuables. Pendant ce temps, les redevances pour dégradation de la chaussée (plus de 2,2 milliards de FCFA) dorment dans les lignes des restes à recouvrer, jamais réclamées aux entreprises destructrices.




Le calvaire des voiries

À un an du terme de ce mandat municipal, indûment prolongé de 18 mois pour de fallacieuses raisons politiques, le constat est sans appel : le bilan de l’exécutif communautaire est mitigé. Les quelques chantiers cosmétiques ne sauraient masquer la faillite systémique d'une équipe issue du parti au pouvoir mais qui fait face à la réalité d’une décentralisation homérique. Un contexte qui ne permet pas d’engager des investissements sans l’avis favorable de l’administration centrale. Une situation qui bloque par exemple l’acquisition depuis plus de 03 ans des équipements devant servir au bon fonctionnement de la Régie des Routes et des Constructions (2RC). Pourtant des crédits bancaires ont été contractés et même remboursés, mais l’exécutif fait toujours face aux blocages des Commissions des Marchés qui dépendant directement du Ministère des Marchés Publics. Obligeant la 2RC de se soumettre à la location onéreuse des engins. Pourtant, on souvient que lors de l’exercice clos au 31 décembre 2024, 6 699 380 006 FCFA étaient cantonnées dans les comptes de UBA pour l’achat des équipements devant servir au fonctionnement de la 2RC. Conséquence en mars 2025, le Conseil délibérant observait que les travaux d’entretien effectués à date sur le réseau routier, n’emportait pas encore la satisfaction attendue, car elle les réalise très souvent dans les conditions difficiles. Pour cet exercice, les rapports financiers annoncent que 1 032 535 796 FCFA sont mobilisables à la BEAC pour les mêmes fins.

Ce qui explique que les Grands conseillers continuent à ne pas comprendre les goulots d’étranglements qui d’année en années plombent le niveau d’engagement des dépenses d’investissement qui sont pourtant défendues avec brio par l’exécutif lors des sessions budgétaires et autorisées par l’organe délibérant. Conséquence, après avoir hérité une métropole certes en décrépitude, avec l’espoir qu’il la redonnerait tout son rayonnement d’antan au regard du CV qui le précédait. Six (06) ans plus tard, elle est restée malgré tous les efforts une cité asphyxiée par les ordures, paralysée par des nids de poule devenus des lacs de cratères, noyée dans les inondations après chaque forte averse, et étranglée par une gestion financière qui est caractérisée par des années d’arriérés de paiements des prestataires qui se chiffrent en 2025 à 29 916 961 103 FCFA contre 22 117 288 785 FCFA en 2024. Soit une hausse de 7 799 672 318 FCFA en valeur absolue et de 26,07% en valeur relative. Les félicitations et les satisfécits que s'auto-attribuent les conseillers lors de la séance solennelle de clôture sonnent comme une insulte quotidienne au calvaire des Doualais. Le

réveil électoral de 2027 s’annonce brutal.



Mathieu Nathanaël NJOG

 
 
 

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