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Les vérités sabrées de l’expert Ouloumou et le grand déballage du Colonel Otoulou


AFFAIRE MARTINEZ ZOGO

L’atmosphère des grands jours de tempête régnait dans la salle d’audience du Tribunal Militaire de Yaoundé (TMY) ce lundi 13 juillet 2026. Devant une assistance suspendue à chaque inflexion de voix, le rideau est enfin tombé sur la cross-examination du 33è témoin, l’expert en forensique numérique Jean-Pierre Ouloumou. Ce qui devait être une démonstration technique s’est mué en un naufrage méthodologique, ouvrant la voie, dès le lendemain, au cyclone verbal du 34è témoin : le Colonel Jean-Pierre Otoulou. Entre téléphones mystérieusement « sabotés », volte-face sur le mythique « second commando » et confidences explosives du sérail, récit de quarante-huit heures de haute voltige judiciaire.

 

Entamée sous les sifflements des questions acérées de la défense, l'audition de l’expert Ouloumou a mis à nu les tares d’un rapport d'expertise désormais qualifié par les conseils de « bâclé, indigeste et léger ». À la barre, l’expert vacille, s’abrite derrière le manque de temps et de moyens financiers, lâchant dans un moment de dépit à Me Mireille : « Madame, mettez le crédit que vous voulez [à mes travaux]. Ça va sortir dans les réseaux sociaux. » Un aveu de faiblesse qui fera date. C’est le pivot de cette journée du 13 juillet. Alors que ses conclusions écrites initiales chargeaient lourdement Martin Savom comme le chef d'orchestre d’un « deuxième commando », l’expert a opéré un virage à 180 degrés. « Le deuxième commando n’existe pas », lance-t-il péremptoirement à Me Clément Ananga. « Hier vous avez dit que Martin Savom est celui-là qui a conduit le deuxième commando... Qu’est-ce que vous faites de lui aujourd’hui ? », relance l'avocat. « J’ai dit qu’il pourrait avoir conduit », bredouille l'expert, concédant n'être resté que sur des « interrogations ». Confronté plus tard par le Commissaire du gouvernement lors de la réexamination, Jean-Pierre Ouloumou achèvera de diluer sa crédibilité en admettant qu'au regard des éléments, il émettait désormais de simples « réserves » sur cette thèse, avouant au passage n’avoir jamais visionné la vidéo de l’agonie de Martinez Zogo projetée à l’audience.

La défense de Maxime Léopold Eko Eko, menée par Me Seri Zokou, a magistralement douché les charges de complicité. L'expert a dû reconnaître que sur les 45 interactions relevées entre le Directeur des Opérations, Justin Danwe, et le DG/DGRE Eko Eko, entre le 11 et le 26 janvier 2023, aucune mention de Martinez Zogo n'apparaissait. Mieux, l'expert a confirmé que l’initiateur des messages était systématiquement Danwe, et qu'Eko Eko n'avait jamais réagi, transformant ces échanges en un pur « monologue ». C'est alors que surgit l'ombre du sabotage. Interrogé directement par l’accusé Eko Eko, l'expert révèle que si les téléphones de l'ancien patron de la DGRE étaient parfaitement exploitables, ceux de Justin Danwe ont été rendus « non exploitables » : un sabotage informatique exécuté « à dessein » pour sceller la perte irréversible des données. Avant la suspension, Eko Eko jettera un pavé dans la mare en évoquant l'extraction du téléphone de Martinez Zogo, utilisateur de la version WhatsApp « 202 S » sous le pseudonyme « ANABUS ». Des messages de décembre 2022 y évoquaient la préparation d'un « sale coup » au Secrétariat d’État à la Défense (SED), sur fond de luttes de clans et de détournements dans le sérail. L'ex-DG/DGRE conclura sa journée par une déclaration glaçante, affirmant faire l'objet de menaces de mort : « J'espère être encore vivant aux prochaines audiences pour que la vérité éclate. » Malgré les demandes de retrait formulées par Me Claude Assira pour l'État du Cameroun, le Président Missé a admis les deux volumes du rapport d'expertise (150 pages) sous les marques PAC 1 et PAC 2.

 


Le 34è témoin : Colonel Otoulou enfonce le clou

Le mardi 14 juillet, le procès bascule dans une autre dimension avec l’entrée en scène du 34è témoin de l’accusation : le Colonel Jean-Pierre Otoulou. Ancien Commandant de la Légion de Gendarmerie du Centre au moment des faits (actuellement Commandant de la Légion de Gendarmerie du Littoral) et membre clé de la Commission d'enquête mixte, l’Officier supérieur s'avance à la barre, ancré, serein, le sourire confiant du militaire qui sait son dossier sur le bout des doigts. « Lorsque j'apprends que cet enlèvement a eu lieu devant un poste de Gendarmerie, je me suis senti personnellement concerné. En tant que Chef (Ndlr, territorialement compétent de cette force) il fallait que je sache. » Le récit chronologique du Colonel Otoulou est clinique. Dès les premières constatations sur le véhicule percuté de Martinez Zogo, le Gendarme comprend : « Le choc est plus profond du côté gauche. C'est une manœuvre de spécialiste... l’œuvre d’un connaisseur qui visait à faire un tonneau. » L'absence de vidéosurveillance sur le lieu du kidnapping confirme son intuition : ce n'est pas l'œuvre d'amateurs, mais d'une « équipe spéciale ». Devant les enquêteurs, qu'ils considéraient alors « comme un père », les membres du Commando lâchent les premières révélations. Le Commando disposait de deux véhicules : le Prado noir, rapidement identifié comme « grillé », et un pick-up vers lequel la victime a été transférée pour être conduite à Ebogo III.

Le Colonel Otoulou aborde ensuite le cœur du réacteur : les donneurs d’ordres. Interrogé au début des enquêtes sur l'implication de l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, le Colonel Justin Danwe feint l'ignorance, jurant qu'il ne connaissait « ni Adam ni Ève Amougou Belinga ». De son côté, le DG/DGRE Eko Eko, excédé, lance aux enquêteurs : « Vous me dérangez. Demandez à Amougou Belinga et Justin Danwe ce qu’ils ont fait ! », joignant à ses dires un support audio où Amougou Belinga affirme que « Eko Eko est sa personne ». Pour le Colonel Otoulou, l'inaction d'Eko Eko à l'interne alors que son Directeur des Opérations venait d'être arrêté constituait un « faisceau d'indices » suffisant : « Soit il est incompétent, soit il sait ce qui se passe et ne dit rien. » Le Colonel Otoulou relate ensuite le coup de théâtre de l'enquête : la confrontation directe qu'il organise entre Amougou Belinga et Justin Danwe. Face à l'homme d'affaires qui maintient sereinement « C’est mon ami. Il me donne souvent des renseignements », Danwe craque et change radicalement sa déclaration : « Mon Colonel, je change ma déclaration. Je connais très bien M. Amougou. » Le Colonel Otoulou précise au tribunal les détails de cette alliance occulte nouée au domicile de l'homme d'affaires : une demande d'avance sur solde pour « faire taire » (le témoin insiste : « je n’ai pas dit tuer ») l'animateur. La planification est lancée. Le lendemain de l’opération, Danwe retourne voir l'homme d'affaires pour lui annoncer que « l'opération est lancée ». Réponse d'Amougou Belinga : « J’attends de voir le résultat. » Pour valider ces rendez-vous secrets à l'immeuble Ekang, la Commission d'enquête s'est appuyée sur les caméras de vidéosurveillance publique et privée, traquant les itinéraires sinueux de Danwe depuis son bureau. Quant au mystère de l'iPhone de Mélissa Amougou Belinga confié à sa ménagère, le Colonel est catégorique : « Le simple fait de faire disparaître ce téléphone est un mystère. » 

 


Épilogue provisoire

Le témoignage du Colonel Otoulou a également emporté Bruno Bidjang. Lors de son interpellation, son téléphone est déverrouillé. Les enquêteurs y découvrent un message explicite envoyé à Paul Daisy Biya : « Le jour J, ça sera sans pitié pour Martinez. Pour lui Martinez. » Interrogé sur le sens de cette formule, l’ancien Directeur des médias du Groupe l'Anecdote s'était défendu en affirmant qu'il s'agissait simplement d'une allusion aux relations d'Amougou Belinga en justice pour faire incarcérer le journaliste. Quant à la réplique d'Amougou Belinga face à ce message, elle claque encore dans le tribunal : « Moi, quand un enfant me dérange, je le fouette et je lui donne l’argent. » À 17h10, le mardi 14 juillet, le Président Missé, sur demande de Me Claude Assira (Conseil de l'État et de la DGRE), a suspendu les débats. La cause a été renvoyée aux 3 et 4 août 2026 pour la suite de la cross-examination du Colonel Otoulou et la comparution du témoin Eloundou Mesmin. Mais, il reste une énigme, pourquoi, la Commission d’enquête a fait preuve de laxisme en laissant Darwe avec son téléphone après la première audition, lui offrant une opportunité de détruire toutes les preuves éventuelles. Parallèlement, le feuilleton s'étire jusqu'à la Cour d'Appel du Centre où, le 16 juillet 2026, l'affaire a de nouveau été renvoyée au 20 août prochain pour composition irrégulière, le Président de la Cour d'Appel ayant opposé un refus ferme à Me Charles Tchoungang qui réclamait la nomination immédiate d'un assesseur militaire : « C'est le Président de la République ou le Ministre de la Défense, M. Beti Assomo, qui nomme, ce n'est pas moi. » La vérité avance, à pas de gendarme, mais le chemin vers la justice reste pavé de secrets d'État et de téléphones volatilisés et cryptés. Rendez-vous début août sous le ciel lourd de Yaoundé.

André Som N. à Yaoundé

 
 
 

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