Luc Magloire Mbarga Atangana désamorce le spectre de la pénurie de poisson et recadre le marché
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MINISTERE DU COMMERCE
À l’approche des festivités de décembre, une brise d’inquiétude avait soufflé sur la panière de la ménagère à la suite d'alertes sur de potentielles ruptures de stock de poisson. Saisi par l’urgence de la protection du pouvoir d’achat et de la sécurité alimentaire, le Ministre du Commerce a convoqué, le mercredi 4 novembre 2026 à Yaoundé, une concertation cruciale avec l’écosystème halieutique. Entre redéploiement des quotas d'importation sous-administrés et impératif de souveraineté porté par l'import-substitution, l'État reprend la main pour garantir un réveillon sans disette.

Dans les salons d'apparat du Ministère du Commerce, l'atmosphère de ce mercredi 4 novembre 2026 s'annonçait initialement électrique. Au centre des prédictions alarmistes : une communication estivale orchestrée par la société CONGELCAM, mastodonte incontesté du froid au Cameroun, évoquant de sérieux risques d'asphyxie du marché en raison d'incompréhensions dans la gestion des quotas d’importation. Face à cette ombre portée sur le panier de la ménagère à l'orée des fêtes de fin d'année, le Ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, n'a pas tardé à réagir. Faisant valoir la mission régalienne de régulation et de protection des consommateurs qui incombe à son département ministériel, le patron du Commerce a réuni autour d'une même table l'ensemble des forces vives du secteur halieutique. Autour du Ministre : les représentants des administrations sectorielles, les acteurs de la pêche artisanale et industrielle, les promoteurs de l'aquaculture locale, mais aussi les hauts dirigeants de l'importation, au rang desquels le Sénateur Sylvestre Ngouchinghe, Président-Directeur Général de CONGELCAM. Ce qui devait être un affrontement stérile s'est rapidement mué en un audit rigoureux, lucide et dépassionné. L’exposé liminaire présenté par le Conseiller Technique n° 1 du Ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA), organe régulateur de la délivrance des autorisations d'importation, a permis de passer au scanner l'architecture réelle de l'approvisionnement national.
L'incurie de certains importateurs mise à nu
Pour comprendre l'équation halieutique camerounaise, les chiffres parlent d'eux-mêmes. La consommation nationale annuelle tourne autour de 500 000 tonnes de poisson. Face à cette demande colossale, la production nationale (pêche continentale, maritime et aquaculture) est parvenue à mobiliser environ 259 000 tonnes en 2025. Le gap structurel, soit un peu plus de 200 000 tonnes, impose un recours ciblé aux importations pour éviter la famine protéique. Pour l'exercice 2026, le MINEPIA a distribué des quotas d'importation d'un volume global de près de 200 000 tonnes à 52 opérateurs agréés, censés calibrer leurs commandes selon leurs capacités logistiques, financières et d'entreposage. Dans ce partage : - CONGELCAM s'est vu allouer la part du lion avec 130 000 tonnes (soit 66 % du volume total accordé par l’État). - Les 51 autres opérateurs se partagent le reliquat de 34 %. C’est dans l’exécution sur le terrain que le bât blesse. L'état des lieux présenté lors de la réunion a révélé des défaillances criantes : sur les 52 bénéficiaires de quotas, 18 sociétés n'ont pas importé le moindre gramme de poisson depuis le début de l'année. Pire encore, la quasi-totalité des autres attributaires s'est contentée de volumes insignifiants, à l'exception remarquable de CONGELCAM et de la société Akain Nicolas Luis. Cette thésaurisation ou incapacité opérationnelle des dits « petits importateurs » menaçait directement de créer un vide artificiel sur les étals, générateur d'inflation spéculative à l'approche des fêtes de fin d’année.

Redistribution immédiate et levée des verrous
Face à ce constat d’inefficacité chez une partie des attributaires, Luc Magloire Mbarga Atangana a tranché avec pragmatisme. Il ne saurait être question de laisser les consommateurs camerounais pris en otage par des défaillances individuelles. Le Ministre du Commerce a formellement demandé au représentant du MINEPIA d'engager sans délai la déchéance des quotas inutilisés et leur redéploiement immédiat au profit des acteurs disposant des capacités financières et logistiques éprouvées. Validée séance tenante par le MINEPIA et saluée par l’ensemble des participants, cette mesure corrective permet d'annihiler net tout risque de pénurie sur l'ensemble du territoire national. Dans le même esprit de simplification des flux, des instructions claires ont été adressées au MINEPIA pour collaborer étroitement avec la Société Générale de Surveillance (SGS). L’objectif est de fluidifier les contrôles et de garantir qu'aucun blocage administratif ou buraliste ne vienne ralentir l’acheminement des cargaisons maritimes dûment autorisées vers les ports de Douala-Bonabéri et les plateformes de distribution. Sur le plan de la communication, le Ministre a appelé le PDG de CONGELCAM à prendre ses responsabilités. L'opérateur leader, dont les sorties médiatiques de septembre avaient semé le doute et le désarroi chez les ménages, a été invité à lancer une nouvelle campagne d'information positive afin de rassurer la population au vu des garanties fermes obtenues auprès du Gouvernement.
Import-substitution et aquaculture : L'offensive obligatoire des producteurs locaux
Si l'urgence des fêtes imposer de sécuriser les approvisionnements extérieurs, la vision stratégique du Gouvernement reste ancrée dans la durée. Lors des échanges, Luc Magloire Mbarga Atangana a réaffirmé avec force les orientations du Plan Intégré d’Import-substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH), prescrit par le Chef de l’État. C’est dans ce cadre normatif restreignant l'importation d'espèces pouvant être produites localement (telles que le tilapia ou la carpe) que l'État entend protéger l'essor des fermes aquacoles camerounaises et réduire la fuite de devises. Cependant, le Ministre du Commerce n'a pas ménagé les producteurs nationaux, les exhortant à sortir d'une posture d'attentisme de réclamation : « Les producteurs locaux doivent être plus agressifs et "marquer le territoire" par une présence conséquente de leurs produits sur le marché. Le succès du PIISAH exige une stratégie offensive de conquête plutôt que de croire que c'est au client de venir chercher le poisson au bord des étangs », a martelé Luc Magloire Mbarge Atangana. Pour concrétiser ce virage marchand, le Ministère du Commerce s'est engagé à accompagner les aquaculteurs pour l'exposition de leurs récoltes dans les grandes surfaces, supermarchés et lors des ventes promotionnelles organisées régulièrement par le Ministère.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d’Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux et Questions Economiques et de Commerce International



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