Quand l’artillerie lourde de la « Diaspora Combattante » pousse les portes de l’ACAT à Paris
Dernière mise à jour : il y a 9 heures
DIPLOMTIE DE L’OMBRE
Alors que la contestation post-électorale issue du scrutin du 12 octobre 2025 continue de secouer les fondations du pouvoir politique camerounais, les états-majors de l'opposition radicale intensifient leurs manœuvres diplomatiques et juridiques à l'international. Le 16 septembre 2026, au cœur du 19ᵉ Arrondissement parisien, une délégation de haut vol de la « Diaspora Combattante pour le Changement » a été reçue au siège de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-France). Entre récits poignants des exactions carcérales, dépôts de mémorandums accusateurs et stratégie judiciaire transfrontalière appuyée par le président élu et légitime S.E. Issa Tchiroma Bakary, plongée au cœur d’un huis clos crucial où les droits humains deviennent l'arme de destruction massive de la tyrannie.

Il est exactement 14 heures, ce mercredi 16 septembre 2026, lorsque le pavé du 7 Rue Georges Lardennois voit fouler le pas déterminé des figures proues de la contestation camerounaise à l'étranger. Le cadre est feutré, presque austère, niché dans ce 19ᵉ Arrondissement de Paris où s’écrivent souvent en sourdine les plaidoiries de la conscience universelle. Mais l’ambiance est d'emblée électrisée par le décorum. En tête de cortège, une silhouette détonne et attire les regards : le Commandant Collins Nana, arborant une tenue militaro-civile qui annonce d'emblée la couleur politique de cette démarche. À ses côtés, la garde rapprochée de la résistance intellectuelle et opérationnelle ne manque pas d'allure. Le Général Wanto, figure tutélaire du mouvement, conduit la délégation avec l'assurance des vieux briscards du combat politique. À sa droite, l'Amazone-en-chef Madeleine Lahmi Savannah, incarnation de la détermination féminine en exile, ferme le rang auprès d'une figure que le landerneau médiatique et intellectuel africain ne présente plus : le journaliste-écrivain Abdelaziz Mounde. Initialement calibrée pour un protocole strict d'une petite heure, la réunion va rapidement basculer dans une session d’analyse au long cours. C’est que le dossier camerounais, alourdi par des mois de tensions sociopolitiques et de répression féroce suite au présidentielle d'octobre 2025, ne se prête guère aux amabilités d'usage. Pendant plus de deux heures d’horloge, les deux parties vont décortiquer, pièce par pièce, l'engrenage d'une crise dont l'onde de choc traverse désormais le golfe de Guinée pour résonner sous les plafonds des ONG européennes.

Sourires d'accueil et gravité des enjeux juridiques
Dès l'entame des échanges, la Direction de l'ACAT pose le cadre, non sans une pointe d'esprit destinée à déprimer la tension ambiante. En observant la prestance martialement civile du Commandant Collins Nana, les hôtes parisiens lancent dans une atmosphère bon enfant : « Nous espérons que vous ne venez pas nous solliciter pour un accompagnement révolutionnaire... » La saillie fait sourire l'assistance, mais la réplique de la délégation, prompte et subtile, recadre immédiatement les projecteurs sur le terrain du droit international. Non, il n'est nullement question d'appeler à la prise d'armes sous les fenêtres de la rue Georges Lardennois. Le véritable cheval de Troie de la délégation porte un nom formel : l'accompagnement et le soutien juridiques. Au centre de la démarche figure le suivi minutieux de la double plainte déposée par le Président élu et légitime du Cameroun, S.E. Issa Tchiroma Bakary, par-devant les Tribunaux de Grande Instance de Paris et les juridictions spécialisées de Berne, en Suisse. Cette précision méthodologique actée, le terrain d'entente est immédiatement trouvé. L'ACAT, fidèle à sa vocation historique de rempart contre l'arbitraire et les violences d'État, écoute alors le diagnostic sans concession posé par les visiteurs sur les origines véritables du séisme post-électoral en cours au Cameroun. Un constat alarmant qui appelle, selon la délégation, une implication chirurgicale et sans complaisance de la communauté internationale pour stopper l'hémorragie des libertés fondamentales.
La démonstration du prétoire et l'épreuve des larmes
C'est au journaliste-écrivain Abdelaziz Mounde que revient la charge d'exposer la chronologie des faits et la mécanique précise des litiges. Introduit formellement par le Général Wanto comme le porte-parole officiel de la délégation, l'homme maîtrise ses classiques. Et pour cause : il cumule le privilège d'avoir œuvré en première ligne lors de la campagne victorieuse du peuple camerounais, tout en ayant collaboré étroitement avec le collège d'avocats du Réseau Respondere Advocatus. Ce sont ces hommes de loi qui, de concert avec le Cabinet du président élu, ont ciselé le tracé technique des plaintes déposées dans les capitales européenne et helvétique. La parole glisse ensuite vers l'Amazone-en-Chef Lahmi Savannah, portée au crachoir par le Chef de délégation pour apporter la charge émotionnelle et factuelle du dossier. En sa qualité de Présidente des Femmes Camerounaises Combattantes des Libertés en Diaspora, son intervention va plonger la salle dans une atmosphère d'une gravité poignante. Évoquant le quotidien dantesque des prisonniers politiques disséminés dans les bagnes du régime de Kondengui à Yaoundé en passant par New-Bell à Douala, sans oublier les centres de détention de Bertoua, Bafoussam, Foumban, Ngaoundéré, Garoua ou Maroua, elle dresse un tableau glaçant. L'énumération des conditions d'incarcération, des privations de soins et des sévices subis par les contestataires politiques pousse les participants aux portes des larmes. La torture n'est plus un concept abstrait gravé dans les conventions de Genève, mais un cauchemar incarné qui se vit au quotidien dans l'arrière-pays camerounais.

Un mémorandum de l'infamie et de nouvelles lignes de front
Pour étayer ces accusations lourdes, la délégation ne s'est pas contentée de discours passionnés. Un mémorandum volumineux et documenté a été officiellement remis à la Direction de l'ACAT France. Ce document consigne l'ensemble des données, témoignages et chaînes de responsabilité visant directement plusieurs hautes autorités administratives et sécuritaires camerounaises, impliquées directement ou par procuration dans les massacres ciblés et les actes de torture commis depuis le basculement électoral. Au terme de cet exposé méthodique, la séance de travail s'est muée en un remue méninges stratégique. Plusieurs pistes de collaboration directe ont été esquissées entre l'ONG française et les relais de la diaspora, tout comme ont été identifiées d'autres fenêtres d'opportunités judiciaires à activer au niveau des instances supranationales (Nations Unies, Union Européenne, Cour Interaméricaine ou instances africaines des droits de l'homme).
À l'issue de cette rencontre marathon clôturée peu après 16 heures, les visages fermés du début ont laissé place à la fraternité des combats partagés. Après une brève visite guidée des locaux et une traditionnelle séance photo scellant cette alliance de circonstance, la délégation a repris son bâton de pèlerin. Selon des sources bien introduites, ce passage à la rue Georges Lardennois n'est que la première étape d'un marathon diplomatique à haute intensité. Le prochain arrêt de la Diaspora Combattante pour le Changement devrait, sous peu, la mener dans les salons de haut vol d'une grande institution multilatérale de renommée mondiale. Une chose reste certaine au sortir de ce conclave parisien : dix mois après le scrutin contesté du 12 octobre 2025, la bataille pour la restitution de la vérité des urnes et la restauration de la souveraineté populaire camerounaise est loin d'avoir rendu ses armes. La guerre de positions juridiques et diplomatiques ne fait que commencer. Et la diaspora entend bien porter le fer jusque dans les derniers retranchements des prévenus.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste spécialisé des Questions de Droits Humains



.jpeg)
Commentaires