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Vers un naufrage qui annonce un nouveau report malgré la mascarade de dernière minute

26 juil.
4 min de lecture

DOUBLE RECENSEMENT GENERAL

Il est des tragédies administratives dont le dénouement ne surprend personne, tant la mise en scène initiale respirait l’amateurisme, la suffisance et l’impréparation. Le quatrième Recensement Général de la Population et de l'Habitat (RGPH), malicieusement couplé au Recensement Général de l’Agriculture et de l’Élevage (RGAE), s’achemine à grands pas vers sa date butoir du 31 juillet 2026. À seulement une semaine de l’échéance fatidique, le constat n’est plus simplement amer : il est cinglant, implacable, dévastateur. Nous assistons, médusés mais nullement étonnés, au spectacle désolant d’un fiasco opérationnel en règle, maquillé à coups d'éléments de langage technocratiques

Dès le lancement de cette grande messe du dénombrement, les voix critiques dont la nôtre s’étaient élevées pour dénoncer les failles structurelles d'un dispositif boiteux. On nous opposait alors le mépris habituel, l'assurance béate des bureaucrates de la capitale et ces éternelles promesses d'efficience numérique. « Nous avons tout prévu », jurait-on dans les salons feutrés des ministères. Aujourd'hui, le verdict du terrain est tombé, brutal et indiscutable. Il a fallu attendre la 15ème session du Comité technique des activités mutualisées de recensements, tenue ce 24 juillet 2026 à Yaoundé, pour que les vérités, même travesties, commencent à effleurer la place publique. Par la voix du Coordonnateur dudit comité, Jean Tchoffo, l’aveu est désormais officiel, bien qu'enrobé de précautions oratoires : à quelques jours du terme de la collecte, le taux national de couverture plafonne à moins de 60 %. Un chiffre qui, ramené à la réalité du terrain, relève du pur désastre. Comment s'étonner d'un tel naufrage quand la moitié des quartiers de nos grandes métropoles n’ont jamais vu la couleur du gilet d’un Agent recenseur ? À Yaoundé comme à Douala, la réalité dément avec véhémence les discours lissés. Dans la capitale économique, de la pénétrante Est aux étirements marécageux de l'axe PK 14 à PK 24, les populations attendent toujours. Dans ces zones enclavées où la voirie relève du mirage et où la moindre averse transforme les pistes en fondrières glissantes, le recensement est resté une vue de l'esprit.

Pour justifier ce fiasco, Jean Tchoffo invoque sans ciller un chapelet d'excuses bien commodes : l'absence des citoyens à leur domicile, la réticence des populations, les difficultés d'accès aux localités et d'inévitables « contraintes logistiques ». Quelle déconcertante naïveté ! Comment prétendre dénombrer des citoyens quand les agents sur le terrain, lorsqu'ils existent, sont abandonnés à leur propre sort ? En pleine saison des pluies, ces jeunes recrues sillonnent les sous-quartiers sans le moindre équipement de protection. Ni imperméables, ni parapluies. On leur demande de manipuler des tablettes électroniques sous des trombes d'eau, sans logistique de transport adéquate ni garanties financières motivantes. À cette indigence matérielle s'ajoute une méprise méthodologique affligeante. Les agents effectuent leurs rondes au beau milieu de la journée, aux heures où les chefs de ménage se battent hors du foyer pour arracher leur subsistance quotidienne. Sur le pas des portes, les recenseurs ne trouvent que des enfants désemparés, incapables de répondre à un questionnaire fleuve, souvent perçu par les adultes comme une inquisition fiscale déguisée. Car là réside le cœur du blocage : la rupture de confiance totale entre l'État et le citoyen. Lorsque le questionnaire aborde la propriété foncière, le bétail ou les revenus, le citoyen se braque, redoutant l'assommoir fiscal.


Légende : Le Préfet du Wouri Sylyac Marie Mvogo sur le terraijn de la sensibilisation

L'esbroufe du MINAT et l'inévitable report 

Face à cette défaillance généralisée, le pouvoir technocratique s’est livré à son exercice favori : l'agitation stérile et la réunionite aiguë. Alors que les sessions du Comité technique se succèdent à Yaoundé pour entériner des rallonges budgétaires budgétivores se comptant en dizaines de milliards de FCFA débloqués dans l'urgence, la réponse des autorités administratives frise le ridicule. Pour tenter d'enrayer l'hémorragie statistique à sept jours du couperet, le Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT) est sorti de sa torpeur par des instructions martiales. À travers une agitation servile transmise par messages-portés, injonction est faite aux Gouverneurs, Préfets et Sous-Préfets de se muer en chefs de chantier du dénombrement, sommés de sillonner personnellement la boue et les sous-bois jusqu'au 31 juillet pour inciter les foules à se faire recenser. Quelle touchante et naïve comédie ! Voir des autorités administratives, escortées à la hâte de chefs traditionnels et de leaders religieux, battre le pavé à la dernière minute relève de l'esbroufe pure et simple. C'est le réveil tardif d'une bureaucratie aux abois, qui confond la gesticulation autoritaire avec l’ingénierie statistique. On exige de la territoriale qu'elle accomplisse en une semaine ce qu'un appareil technique n'a pas su orchestrer en plusieurs années de préparation et de prorogations.

Les incantations officielles répétant qu'il s'agit d'une « opération d'utilité publique sans visée fiscale » ne trompent plus personne. La prorogation accordée par le gouvernement s'achevant ce 31 juillet 2026 n'aura servi qu'à prolonger l'agonie d'un dispositif vicié à la base. Vouloir mailler plus de 40 % du territoire national restant en sept jours est une imposture intellectuelle, une injure au bon sens et un outrage à la rigueur scientifique. Persister à vouloir clôturer cette opération aux forceps au soir du 31 juillet ne produira qu'un résultat : livrer à la nation une banque de données biaisée, tronquée et inutilisable pour l'orientation des politiques publiques de développement, actant ainsi un gaspillage effarant des deniers publics. Le diagnostic est posé, l'échec est consommé : - Reconnaître le naufrage : Admettre ouvertement que la méthodologie et la logistique déployées ont échoué face aux réalités sociologiques et géographiques du pays. - Stopper la mascarade : Suspendre immédiatement ces opérations de rattrapage bâclées qui ne font que liquider des crédits sans garantie de fiabilité. - Reprendre le processus sur des bases saines : Repenser l'approche de fond en comble en adoptant une stratégie inclusive, sécurisée, véritablement adaptée au quotidien et au calendrier des populations. Tant que les décideurs s'enfermeront dans le déni et privilégieront la cosmétique administrative sur l'efficacité du terrain, le Cameroun continuera d'hypothéquer son avenir en planifiant son développement sur la base de chiffres fantômes. Le rendez-vous du 31 juillet ne sera pas le couronnement d'un succès national, mais l'acte de décès officiel d'une ambition technocratique manquée.

Mathieu Nathanaël NJOG (avec Delphine Nkengni N.)​

 
 
 

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