Viviane Demefack Nguimeya promeut la paix à l’école pour désarmer les esprits et réinventer le « vivre-ensemble »
LITTERATURE
Le 02 octobre 2026, l’Hôtel Lewat a servi de théâtre à la dédicace solennelle de l’ouvrage « Éducation à la paix et aux droits de l’homme en milieu scolaire : Guide des méthodes et activités », écrit par Viviane Clémence Demefack-Nguimeya. Entre vibrant appel à l'action civique, autopsie scientifique des violences en milieu scolaire et plaidoyer pour une refonte globale de la gouvernance éducative, cet événement pose les jalons d’un aggiornamento d'urgence. Le milieu éducatif tient désormais sa boussole contre la déliquescence des valeurs.

Dans la salle d’apparat de l’Hôtel Lewat, la moiteur tropicale de ce début d'octobre s'est effacée devant une solennité toute républicaine. Les képis des autorités militaires croisaient les étoffes des dignitaires traditionnels, tandis que la rigueur des hauts commis de l'État s'harmonisait avec la pourpre des autorités religieuses et le faste du corps diplomatique. Autour d'eux, un parterre de délégués régionaux, de chefs d’établissements, d'enseignants et d’élèves. Tous s'étaient donné rendez-vous pour assister à l'éclosion d'un instrument pédagogique attendu comme une délivrance. L’atmosphère oscillait entre ferveur militante et rigueur académique. Car il ne s’agissait pas d’une simple kermesse littéraire de plus. L'enjeu dépassait les formalités d'usage : répondre à l'assombrissement du climat scolaire dans nos villes, miné par les discours de haine, les incivilités galopantes et l’érosion dramatique du respect de l'autorité. La cérémonie de dédicace du guide pédagogique signé par Viviane Clémence Demefack-Nguimeya a agi comme une étincelle dans un paysage éducatif en quête désespérée de repères.
Le cri du cœur de la Présidente de Peace Bus Association
Au pupitre, Juliette Chembou Voutsop epse Kenfack, la Présidente de Peace Bus Association a pris la parole avec une émotion palpable. « Aujourd’hui est un jour béni. Aujourd’hui, notre Centre de Ressources à l’Éducation à la Paix met au monde son tout premier enfant. Et quel enfant magnifique ! », s'est-elle exclamée devant une assistance recueillie. Puisant dans les registres de la gratitude et de la responsabilité collective, l'oratrice a rendu un hommage appuyé à l'auteure, Mme Demefack Nguimeya Viviane Clémence, Coordinatrice du Centre de Ressources à l'Éducation à la Paix et Réponses aux Violences Basées sur le Genre (CEREP/RVBG). Présentée comme le cœur et la cheville ouvrière de cette structure fondée en 2006, l'auteure a été saluée pour sa constance remarquable : « La paix ne signifie pas simplement l’absence de conflit. La paix, c’est aussi et surtout notre capacité à gérer nos différences, à dialoguer et à résoudre nos conflits sans violence. » Reliant l’ouvrage aux réalités quotidiennes du pays, la dirigeante a martelé la portée politique et sociale de cet outil. Face aux violences récurrentes qui balayent les salles de classe, elle a rappelé une vérité fondamentale : la paix n'est pas un don du ciel, elle est une discipline. On peut vouloir la paix en préparant la paix, et celle-ci doit désormais s'inscrire dans le quotidien de chaque salle de classe. « L'école doit redevenir ce sanctuaire où l'on apprend à vivre ensemble », a-t-elle affirmé, détaillant le travail quotidien du Centre des ateliers de contes et peinture jusqu'à la formation continue des pédagogues. L'appel final résonne encore comme un ordre de mobilisation générale : acheter ce manuel, l'offrir aux bibliothèques, le faire entrer d'autorité dans les classes pour investir irréversiblement dans la paix durable.

l'ancrage des traditions et de la pédagogie différentielle
Si le vieil adage romain intimait de préparer la guerre pour obtenir la paix, les travaux présentés ce jour renversent le paradigme : on peut vouloir la paix en préparant minutieusement la paix. Cette préparation exige d'enseigner la paix dès le berceau, d'irriguer la petite enfance avant même que les réflexes de rejet et d'intolérance ne viennent altérer la conscience des jeunes citoyens. Dans cette quête, les fondations ne sont pas à chercher dans des formules importées : la paix s'enseigne et se transmet d'abord par nos valeurs traditionnelles. L'ouvrage fait ainsi la part belle au patrimoine immatériel africain — contes, proverbes, sagesses ancestrales et ressources linguistiques locales — afin de redonner à l'éducation son rôle d'enracinement et d'humanisme. Mais pour toucher chaque apprenant dans sa singularité, l'ouvrage convoque les exigences de la pédagogie différentielle. Parce que chaque enfant arrive dans l'enceinte scolaire avec son histoire, ses traumatismes et son rythme propre, l'apprentissage des droits de l'homme et du vivre-ensemble exige d'adapter les méthodes, de varier les outils d'animation et de reconnaître la diversité des profils psychologiques pour bâtir une harmonie collective durable.
Du sanctuaire scolaire au foyer familial
Parmi les interventions marquantes de la rencontre, la grille de lecture de Raoul Simplice Lemopi, Enseignant-syndicaliste a apporté un éclairage décapant en déplaçant le curseur du cadre strictement institutionnel vers la sphère sociale et familiale. Évoquant les données statistiques sur le profil socio-éducatif des jeunes entrepreneurs (où une large proportion n'a franchi que les étapes du primaire ou du secondaire), l'intervenant a interpellé l'assistance sur le lien intrinsèque entre formation, étude et capacités entrepreneuriales ou citoyennes : on ne saurait prétendre transformer la société sans mettre en vitrine des outils concrets de formation. Pour Raoul Lemopi, la portée du livre dépasse de loin les seuls « sujets » des établissements scolaires. Dans une approche holistique, la cellule familiale nucléaire constitue le véritable premier laboratoire de l'éducation à la paix. C’est à la maison, auprès de nos propres enfants, que les bases de cette culture doivent être posées. S'adressant à l'ensemble des décideurs, responsables politiques, forces de l'ordre et citoyens, il a souligné que l'ouvrage offre un guide d'activités praticable par tous. La paix, a-t-il rappelé, est une vertu qui s'entretient pour éviter que les différends ne dégénèrent. En fournissant des outils concrets permettant de penser la paix en dehors du prisme traditionnel de la guerre, l'auteure initie une démarche fondamentalement radicale : nous donner les moyens, à tous les niveaux de la société, de faire advenir la paix en la pratiquant au quotidien. « On peut vouloir la paix en préparant la paix » parce que « La paix s'enseigne et se transmet par nos valeurs traditionnelles », souligne Raoul Lemopi. Avant de soutenir avec emphase que : « c’est un libre important et c’est un livre à consommer ».

Autopsie paratextuelle et scientifique
L'un des temps forts de la journée est revenu au Dr Sébastien Nguepi, venu disséquer l'ouvrage sous le prisme méthodique des théories de la réception critique. S'appuyant sur les travaux de Gérard Genette relatif aux « Seuils », l'universitaire s'est d'abord arrêté sur le paratexte auctorial et éditorial. Du patronyme Demefack-Nguimeya ancré dans le terroir camerounais jusqu'à l'illustration de couverture montrant deux enfants tenant un rameau d'olivier, allégorie subtile d'une égalité des genres et d'une pédagogie participative, le critique a mis en lumière la richesse sémiotique de l'ouvrage. S'agissant du texte lui-même, l'analyse a révélé la puissance théorique d'un guide structuré en quatre chapitres structurants : - Chapitre 1 : Pourquoi éduquer à la paix ? Une cartographie sans complaisance des violences scolaires s'étendant du Cameroun à l'Afrique du Sud, prouvant la dimension continentale du diagnostic. - Chapitre 2 : Les notions clés. Une clarification conceptuelle essentielle sériant la communication non-violente, la médiation et la tolérance en responsabilisant élèves, parents et enseignants. - Chapitre 3 : L’art d’éduquer à la paix. Une méthodologie concrète destinée aux facilitateurs pour dompter les blocages de terrain. - Chapitre 4 : La boîte à outils. Le cœur opérationnel du manuel, alignant 17 méthodes, 4 techniques et 25 activités adaptées au contexte local (notamment l'usage des proverbes africains, « Le jus de la paix » ou « La paix dans nos langues maternelles »). Mettant en exergue la double caution intellectuelle internationale apportée à l'ouvrage par le Pr Tony Jenkins de Georgetown University et Lucie S. Matsouoka, le Dr Nguepi a conclu sa note de lecture par une mention d'excellence tout en formulant un vœu : que ce travail magistral soit systématiquement escorté par des modules de formation continue à l'échelle nationale.
Pour une alliance éducative globale et une gouvernance renouvelée
Au-delà de la présentation du livre, la journée du 2 octobre aura jeté les bases d'une refonte paradigmatique du système scolaire. L'ouvrage pose en effet un constat sans équivoque : aucun chef d'établissement ne saurait porter seul le fardeau de la sérénité du climat scolaire. Une véritable « alliance éducative » s'impose de toute urgence. Celle-ci doit articuler les efforts de tous les acteurs de la communauté : - Les enseignants doivent être formés aux techniques de prévention des humiliations et des violences, adeptes d'une pédagogie adaptative. - Les élèves doivent être élevés au rang de co-acteurs de leur sécurité via les clubs de paix et la médiation par les pairs. - Les parents doivent devenir les piliers de la continuité éducative entre la maison et l'école pour transmettre ces valeurs dès le foyer. - Les décideurs et partenaires sont garants des ressources et des politiques publiques d'accompagnement. Il s'agit là d'abandonner l'obsession exclusive du rendement académique pour embrasser une conception holistique de la réussite, liant performance intellectuelle et développement humain. Le dirigeant scolaire moderne n'est plus un simple exécutant des sanctions disciplinaires ; il devient un stratège de la prévention, remplaçant l'autorité purement verticale par un leadership participatif. Pour prémunir ces engagements contre le piège des incantations vaines, des indicateurs d'évaluation rigoureux ont été soumis aux autorités : mesure objective du sentiment de sécurité, évolution des cas de harcèlement, taux de fréquentation des clubs de paix, mais aussi impact direct sur la ponctualité, l'assiduité et le recul du décrochage scolaire. L'ouvrage de Viviane Clémence Demefack-Nguimeya n'est donc pas un livre de plus à ranger sur l'étagère de nos nostalgies éducatives. C'est une arme de construction massive. Face à la montée des périls dans nos établissements, la boussole est désormais disponible. Il reste aux décideurs et aux praticiens à s'en emparer pour que l'école redevienne, enfin, le temple inviolable du civisme et de la concorde nationale.
Mathieu Nathanaël NJOG
Journaliste d'Investigation, Grand Reporter & Analyste des Enjeux et Questions Culturelles



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